Etats-Unis: "tuer", un tourment psychologique pour les bourreaux

Etats-Unis:

Une chambre d'exécution à la prison de Lucasville, le 30 novembre 2009, dans l'Ohio

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AFP, publié le dimanche 16 avril 2017 à 09h36

Etats-Unis: exécuter un détenu est une expérience "qui ne vous quitte jamais", confie un ancien directeur d'une prison de Floride

Exécuter un détenu, le "tuer", c'est une expérience "qui ne vous quitte jamais", confie Ron McAndrew. Cet ancien directeur d'une prison de Floride en sait quelque chose, lui qui commençait à en souffrir quand il a quitté son poste en 1998, après huit exécutions.

Il combat désormais la peine de mort et il s'inquiétait particulièrement pour la santé mentale des bourreaux qui devaient exécuter sept prisonniers dans l'Arkansas du 17 au 27 avril. Un rythme inédit pour un Etat américain depuis que la Cour suprême a rétabli la peine de mort en 1976.

Rebondissement samedi matin: une juge fédérale américaine a suspendu ces mises à mort, mais l'Etat du sud devrait rapidement faire appel.

C'est pour devancer la date de péremption, à la fin du mois, d'une substance utilisée dans les injections létales que le gouverneur républicain Asa Hutchinson a accéléré le calendrier des exécutions.

"Nous voulons que le gouverneur comprenne que pendant que lui sera assis bien confortablement dans son bureau, ces hommes participeront à l'assassinat d'un autre être humain", expliquait Ron McAndrew à l'AFP, avant le répit de samedi. Il refuse de prononcer le mot "exécution" qui, pour lui, n'est qu'un euphémisme.

"Ces agents pénitentiaires apprennent à connaître les détenus", a-t-il relevé. "Ils travaillent 24 heures par jour avec ces détenus, ils leur apportent à manger, les emmènent se laver, faire du sport, ils discutent avec eux, devant leur cellule, quand ils se sentent seuls. Et tout à coup, ce sont les mêmes qui doivent emmener les prisonniers dans une autre pièce pour les tuer."

- 'Dommages collatéraux' -

"C'est une expérience qui ne vous quitte pas avant longtemps, je crois même que ça ne vous quitte jamais", a-t-il répété.

Ron McAndrew a participé à la mise à mort de huit condamnés, trois en Floride et cinq au Texas. Les exécutions sont menées par un petit groupe d'environ cinq personnes, et "on ne peut pas changer l'équipe", explique-t-il.

"Les gardiens qui se chargent des exécutions ont répété plusieurs centaines de fois", souligne l'ex-fonctionnaire, âgé de 78 ans. "Un agent volontaire joue le rôle du détenu. Ils vont le chercher dans sa cellule, le mettent sur la table d'exécution et lui mettent l'intraveineuse..." 

Les autorités ont refusé d'indiquer si les mêmes bourreaux devaient s'occuper de cette série d'exécutions, désireux de ne pas révéler leurs identités. 

"Je vous assure qu'ils sont bien formés et qualifiés pour mettre en pratique leurs responsabilités respectives", a simplement indiqué à l'AFP le porte-parole de l'administration pénitentiaire de l'Arkansas, Solomon Graves.

Pour les militants contre la peine de mort, toutes les personnes impliquées dans le processus finissent par souffrir. 

"Nous nous préoccupons du bien-être des détenus, nous nous inquiétons pour les proches des victimes, et pour les employés de la prison qui sont chargés de faire ça", confiait Abraham Bonowitz, directeur d'une organisation basée à New York qui lutte en faveur de l'abolition de la peine capitale, "Death Penalty Action"

"Les dommages collatéraux vont bien au-delà du prisonnier et de la victime", soulignait-il.

- 43 minutes de convulsions -

Même s'ils sont formés, les agents de l'Arkansas n'ont pu observer de "cas pratique" depuis 2005, date de la dernière exécution dans cet Etat.

"Ce calendrier serré va faire peser un poids extraordinaire sur les hommes et femmes qui sont chargés par l'Etat de réaliser un acte aussi solennel", affirmait récemment Allen Ault, ancien responsable des services pénitentiaires de l'Etat de Géorgie, qui a dirigé l'exécution de cinq prisonniers. 

"Cela risque de les poursuivre pour le restant de leurs jours", écrivait-il dans une tribune publiée par le magazine Time le 28 mars.

Ce même jour, un groupe d'anciens responsables pénitentiaires de tous les Etats-Unis avait envoyé une lettre à M. Hutchinson, lui demandant de ne pas faire peser ce poids sur la conscience des agents pénitenciers.

"Même dans des circonstances moins difficiles, mener une exécution peut avoir de graves conséquences pour la santé des gardiens", soulignaient les signataires, parmi lesquels figuraient Ron McAndrew et Allen Ault. 

Personne n'a oublié aux Etats-Unis les récits poignants de récentes exécutions "ratées", comme celle de Clayton Lockett, qui avait succombé en 2014 dans l'Oklahoma après 43 minutes de râles et convulsions. 

 
8 commentaires - Etats-Unis: "tuer", un tourment psychologique pour les bourreaux
  • Vellave  (privé) -

    cela fait du bien de lire ce genres de réactions, les personnes qui préconisent sans arrêt le retour de la peine capitale en France devraient lire cela. " ces hommes participeront à l'assassinat d'un autre être humain" c'est exactement le mot, on est dans la loi du Talion ni plus ni moins, cela ne relève pas de la justice

  • Vellave  (privé) -

    cela fait du bien de lire ce genres de réactions, les personnes qui préconisent sans arrêt le retour en arrière en France devraient méditer. cela ne relève pas de la justice

  • Quel beau pays les USA : toujours plus d'exécutions et toujours plus de criminalité !... Mais on continue à exécuter ..... Quand les juges sont élus on voit où cela conduit .

  • D'autant plus que pour les condamnés à mort ,ils attendent 20 ,voir 30 Ans ,pour les excécuter !!!!! Alors pourquoi , après un tel délai ????

  • C'est sûr, il faut se préoccuper des victimes et de leur famille.
    C'est sûr, il faut empêcher les assassins de nuire.
    C'est sûr, le peine de mort est un acte barbare qui ne sert à rien et surtout pas à dissuader.

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