En Thaïlande, une image très contrôlée avant la crémation du roi jeudi

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 Cérémonie de crémation du roi de Thaïlande Bhumibol Adulyadej

Cérémonie de crémation du roi de Thaïlande Bhumibol Adulyadej

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AFP, publié le mardi 24 octobre 2017 à 12h43

A l'approche de la crémation jeudi du roi de Thaïlande, les boutiques vendant des portraits du défunt souverain font recette, représentant ces images du "père de la Nation", très contrôlées par le palais, qui inondent déjà le pays.

En costume d'apparat dans un cadre doré ou en simple chemisette en pleine discussion avec des paysans, le défunt roi Bhumibol est partout: en médaillon sur les ponts, au coin des rues, dans les écoles, sur les calendriers...

Mais à l'approche de sa crémation jeudi, un an après sa mort, les ventes de son portrait, élément de décoration incontournable des foyers thaïlandais, redoublent.

Au moins 250.000 personnes sont attendues jeudi dans les rues de Bangkok, mais aussi en province, où des reproductions du site de la crémation ont été construites pour permettre à la foule d'exprimer son deuil collectif.

La police a cependant interdit que soient vendus des T-shirts avec le portrait du roi ou l'impressionnant site de la crémation, qui représente le mont Meru, montagne mythique représentant l'axe du monde dans la mythologie bouddhiste: "inapproprié" de porter sur son corps l'image de celui qui a un statut de demi-dieu ou de sa dernière demeure terrestre.

Le souci de brandir un portrait "approprié" du roi jeudi, lors du passage du convoi funéraire jeudi, fait donc la bonne fortune des marchands de portraits du roi.

Dans une boutique du centre historique de Bangkok, une habitante, Somsree, hésite entre des dizaines de portraits du roi. Certains le représentent grandeur nature, d'autres sont aussi petits que des icônes.

La sexagénaire se souvient d'avoir vu passer le convoi du roi, un jour où elle se rendait dans un temple bouddhiste du quartier.

"Cela m'a laissé un souvenir indescriptible", dit-elle, les yeux embués, même si elle n'a fait que deviner la présence du roi derrière les vitres de son véhicule.

Devant la boutique, un chauffeur de tuk-tuk prend livraison d'un immense portrait en pied du roi, soigneusement emballé dans du papier bulles, qui occupe tout l'espace passager.

D'autres portraits le montrent interrogeant des villageois sur des projets de développement agricole, vêtu d'une simple chemisette, des images au coeur du culte de la personnalité mis en place depuis des décennies par le palais.

Les photos officielles le montrant sur le terrain dans sa jeunesse, vérifiant des projets de barrages hydroélectriques, jumelles à la main, se mêlent aux photos en costume d'apparat, donnant un subtile mélange de suzerain proche du peuple et de surhomme.

C'est une des photos du roi proche du peuple qui arrête le regard de Somsree, dans une pile d'autres, dans le magasin: le roi Bhumibol est assis sur un pont de bois, le dos contre un camion, parlant à des habitants de façon détendue.

"Il tient une carte dans ses mains. Il est assis près des gens, si terre-à-terre", s'enthousiasme Somsree.

Une image paradoxale qui tranche avec celle de demi-dieu devant lequel les sujets devaient se prosterner. Les images de dignitaires, généraux ou Premiers ministres, allongés sur le sol ou recroquevillés dans une pose foetale, devant son portrait, ne choquent personne ici.

Même l'ex-Première ministre Yingluck Shinawatra, renversée par un coup d'Etat militaire réalisé au nom de la défense de la monarchie, s'y pliait.

L'omniprésence du visage du roi, exposé pendant des décennies dans chaque école, administration ou foyer, a fortement contribué à créer son image de Père de la Nation, dont la société est imprégnée.

Ces dernières semaines, la télévision, qui consacre déjà d'habitude de longs documentaires élégiaques sur la façon dont le roi a oeuvré au développement du pays, a redoublé d'ardeur.

Outre les tableaux, on peut acheter des pendentifs ou boucles d'oreilles en or à l'effigie du roi dans les centres commerciaux ultra-modernes de Bangkok.

Il s'agit toujours de portraits officiels: mis à part quelques voyages à l'étranger, dont une tournée notable dans les années 1960 aux Etats-Unis, seuls les photographes du palais pouvaient approcher le souverain, permettant un contrôle très efficace de son image depuis des décennies et la mise en place  d'images culte.

"Il y a beaucoup d'hagiographie et de perceptions officielles sur les institutions traditionnelles de la Thailande, mais cela n'aurait pas marché sans la personnalité du roi Bhumibol", défend Thitinan Pongsudhirak, professeur à l'université Chulalongkorn.

Pour l'heure, les portraits officiels de son fils, le nouveau roi Maha Vajiralongkorn, ont commencé à remplacer les siens. Mais le nouveau roi passant l'essentiel de son temps à l'étranger, les photos de lui en pleine discussion avec des paysans ne sont pas encore arrivées dans les boutiques de souvenirs. 

 
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