En Serbie, un centre humanitaire russe soupçonné d'espionnage

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 Le centre humanitaire russo-serbe de Nis en Serbie, le 4 juillet 2017

Le centre humanitaire russo-serbe de Nis en Serbie, le 4 juillet 2017

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© AFP, ANDREJ ISAKOVIC
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AFP, publié le lundi 10 juillet 2017 à 11h18

Viacheslav Vlasenko rit de bon coeur si on suggère que son centre humanitaire russo-serbe de Nis, dans le sud de la Serbie, puisse être un nid d'espions comme le soupçonnent les Occidentaux. 

Codirecteur de ce complexe proche de l'aéroport de la deuxième ville de Serbie, ce septuagénaire cordial montre les lits de camps, les tentes, le matériel de secours. Il énumère les opérations humanitaires auxquelles son équipe a pris part: inondations de 2014 dans les Balkans, crise migratoire, déminage, approvisionnement en électricité de zones montagneuses...

"Vous avez vu tous les coins et recoins de notre centre", "est-il possible de l'utiliser à des fins militaires?", demande-t-il avant de répondre: "Insensé!"

Depuis que les gouvernements serbe et russe ont signé un accord pour l'ouvrir en 2012, ce centre humanitaire suscite la suspicion des Occidentaux qui y voient un possible nid d'espions, voire un embryon de base militaire.

Ces doutes sont renforcés par la demande de Moscou d'octroi d'une immunité diplomatique qui, souhaite le centre, s'appliquerait au personnel et au site lui-même. Cette requête n'aurait comme objectif que de baisser les impôts, affirme Viacheslav Vlasenko.

Les autorités de Belgrade observent un attentisme prudent. Certains responsables se prononcent épisodiquement pour l'octroi d'un tel statut. Mais l'homme fort du pays, le président Aleksandar Vucic, ne s'engage pas.

"Je pense que la Serbie est très attentive à ne pas franchir de lignes rouges, d'un côté comme de l'autre", analyse Aleksandra Joksimovic, qui dirige le Centre sur la politique étrangère, un centre de réflexion serbe. Selon elle, les tensions entre Moscou et l'ouest placent les petits pays comme le sien sous "une immense pression". 

- La Serbie, seule carte de Moscou -

Candidate à l'Union européenne, la Serbie ne peut se permettre de se fâcher avec le grand frère orthodoxe, son allié historique. 

Moscou est son principal soutien dans son refus de reconnaître l'indépendance du Kosovo, son ancienne province albanaise. Belgrade refuse de s'associer aux sanctions économiques contre Moscou.  

Mais dans les Balkans, la Serbie est un atout bien isolé dans la manche de Moscou. Le Monténégro voisin a rejoint l'Otan, le nouveau gouvernement macédonien ne cache pas son intention de reprendre ses discussions d'adhésion. Tous les autres voisins, Albanie, Croatie, Grèce, Hongrie, Bulgarie et Roumanie sont déjà membres de l'Alliance atlantique.

Les Balkans "pourraient facilement devenir un échiquier des grandes puissances", a mis en garde en mars la patronne de la diplomatie de l'UE Federica Mogherini.

A Nis, rien pour suggérer ces grandes manoeuvres. Quelques hommes revêtus de l'uniforme du ministère russe des situations d'urgence, y entretiennent le matériel dans la bonne humeur. Ils effectuent des roulements de trois mois.

Une vingtaine de personnes au total, des Serbes et des Russes, sont employées dans le Centre explique Viacheslav Vlasenko. En cas de nécessité des renforts viendront de Russie, poursuit le responsable selon qui Moscou a investi plus de 40 millions d'euros pour mettre en place le centre.

Le mois dernier, un haut responsable du Département d'Etat, Hoyt Brian Yee, en charge de l'Europe du sud-est, est allé dire au Sénat américain le mal qu'il pensait de ce "prétendu centre humanitaire".

Le diplomate craint "non pas tant" ce qu'est ce Centre "aujourd'hui, mais ce qu'il pourrait devenir s'il reçoit ce que la Russie demande de la Serbie, une sorte de statut spécial pour le protéger, un statut diplomatique ou une quelconque immunité".

- 'Tester la loyauté serbe' -

Hoyt Brian Yee a relevé la proximité de Nis avec le Kosovo, où est stationnée une importante force de l'Otan (Kfor). 

"Si la Serbie autorise la Russie à créer une sorte de centre spécial pour l'espionnage ou de quelconques activités infâmes, elle perdra le contrôle d'une partie de son territoire", a-t-il mis en garde.

Espionnage ou non, le Centre permet à la Russie de soigner son image en Serbie comme en témoignent les nombreux certificats de remerciement placardés à l'entrée du complexe.

Dans les sondages, la Russie apparaît régulièrement plus populaire que l'UE en dépit d'une présence économique incomparablement plus faible.

Pour l'analyste militaire serbe Aleksandar Radic, qui ne croit pas à la volonté de Moscou d'édifier une base secrète aussi près de territoires contrôlés par l'Otan, l'Ouest utilise ce sujet pour "tester la loyauté de la Serbie".

 
7 commentaires - En Serbie, un centre humanitaire russe soupçonné d'espionnage
  • Toujours , partout , dès que possible les Russes sont " soupçonnés " d'espionnage , ce qui est possible . Mais dans le même temps par un mot sur les interventions de la CIA dans tous les pays du monde où elle peut influencer quoi que ce soit . Reste que pour Trump par exemple ils sont toujours à la recherche de preuves . Des mois qu'ils recherchent . Belle efficacité des services de renseignement ! Parano ou intox ?

  • Steppenwolf  (privé) -

    les serbes n'ont pas la mémoire d'un poisson rouge (contrairement à certains) ils savent et se rappellent que l'otan les a bombardé. et les serbes sont des slaves orthodoxes comme les russes; et ça ni l'otan ni l'ue n'y changeront rien./
    quant aux menaces américaines du style : "Si la Serbie autorise la Russie à créer une sorte de centre spécial pour l'espionnage ou de quelconques activités infâmes, elle perdra le contrôle d'une partie de son territoire" que eux fassent bien attention aussi avant d'agresser à nouveau la Serbie. La Russie d'aujourd'hui n'est pas la Russie de 1999. elle ne restera pas les bras croisés dans ce cas.

  • parce que les americains n'utilsent pas et n'ont jamais utilise la couverture humanitaire pour leurs activites d'espionnage et leurs actions clandestines? mais quand le soccidentaux s'offusquent c'est l'hôpital qui s e fout d ela charite, TOUTES le snations ayant un tant soit peu de capacités le font l'ont fait ou le feront, n epas le savoir ne pas le croire? c'est faire preuve d'une incommensurable betise ou naivete au choix!

  • Pas plus que les fameux "chalutiers russes"... qui n'avaient même pas de filets ( chalut ou autre) ni ne serait-ce qu'une canne à pêche.

    Steppenwolf  (privé) -

    et les "autres" utilisent quoi ? des pédalos peut être ! ou des plombiers.

    "Les autres", tu les conspues alors...

    Les '' petits poissons '' qui espionnaient le Nimitz ? c'est celà alphaomega ?

    Certes, même si c'est la version cinéma ( les bateaux étant bien plus loin en réalité)

  • La yugoslavie a été démantelée comme l'URSS par l'Otan et l'UE pour renforcer l'Otan et affaiblir la Russie.

    Et maintenant avec Trump qui veut redonner à l'amérique toute sa grandeur selon ce qu'il a dit, la russie va devenir encore plus petite barbentane.

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