De la prison à la WorldPride: 40 ans de lutte LGBT en Espagne

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Empar Pineda, 73 ans, devant une image d'une exposition commémorant le 40e anniversaire du premier Marché de la fierté célébré en Espagne, le 16 juin 2017

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© AFP, Josep LAGO
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AFP, publié le samedi 24 juin 2017 à 12h06

Il y a 40 ans, leur orientation sexuelle pouvait les conduire en prison. Les lesbiennes, gays, bi et trans (LGBT) espagnols célèbrent aujourd'hui la WorldPride et rendent hommage aux 4.000 qui osèrent manifester dès 1977 à Barcelone.

"Je croyais qu'on serait trois pelés et deux tondus mais il y avait foule" ce 26 juin 1977, se souvient Josep Maria Radua, 73 ans, qui participa à la toute première manifestation en Espagne pour des droits des homosexuels et transgenres, sur une avenue emblématique de Barcelone, la Rambla. 

Sur les photographies, des trans apparaissent en tête du défilé revendicatif, puis des hommes torse nu à moustache épaisse, des femmes montrant leurs fesses et toute sorte de pancartes dénonçant la répression de l'homosexualité.

Ce jour-là, "j'ai pleuré", avoue Joan Andreu Bajet, 66 ans. "Non seulement nous sortions d'un long silence mais nous assumions: nous disions +je suis homo+ pas seulement à nos amis mais à tout le monde".

La police fit usage de matraques, de fumigènes et de balles en caoutchouc... Mais une lutte militante imparable était lancée qui allait convertir une société intolérante en référence internationale du respect des LGBT.

- "Mort sociale" -

L'Espagne vivait alors une explosion des libertés, après les 36 ans de dictature de Francisco Franco (1939-1975), des années noire de répression de tout ce qui sortait du cadre du national-catholicisme.

Les premières élections démocratiques venaient tout juste d'avoir lieu quand le mouvement LGBT décida d'organiser cette manifestation au grand jour. 

Maria Giralt, tout juste âgée de 18 ans, découvrit alors que d'autres étaient comme elle. "Depuis mes 14 ans, je savais que j'aimais les femmes mais je ne connaissais même pas le mot +lesbienne+! La question était taboue, tu la vivais dans la solitude et l'incompréhension".

Le franquisme punissait l'homosexualité de trois mois à trois ans d'emprisonnement: 3.000 à 5.000 personnes furent ainsi envoyées en prison, divisées entre actifs et passifs, pour leur "réhabilitation". 

"Ce ne fut pas une chasse massive mais plutôt sélective, en guise d'avertissement", explique Arturo Arnalte, auteur d'un livre sur cette répression. "On nous considérait malades, vicieux, anormaux", ajoute-t-il. Le pire, c'était "le stigmate social, perdre son travail, être ridiculisé, soumis à la pression familiale, abandonné par ses amis".

"Etre gay, c'était ta mort sociale", insiste Joan Andreu Bajet, du Front de libération gay de Catalogne, qui organisa - en secret - la manifestation sur la Rambla où étaient concentrés les établissements pour gays. 

- La révolution espagnole -

L'année suivante, la première marche des fiertés était organisée à Madrid.

En 1979, la loi sur la dangerosité et la réhabilitation sociale était abrogée. 

Puis en 1987, l'Espagne reconnaissait la transsexualité en autorisant le changement de sexe même sans opération chirurgicale. Cette même année, Pedro Almodovar sortait son film "La loi du désir", contant l'histoire d'un cinéaste gay et de sa soeur trans, scène de sodomie incluse.

Enfin, en 2005, l'Espagne fit sensation quand le gouvernement socialiste de José Luis Rodríguez Zapatero légalisa le mariage entre personnes de même sexe, en dépit de la farouche opposition de la droite et de l'Eglise. 

C'était le troisième pays au monde à le faire, après les Pays-Bas et la Belgique, et la même loi autorisait l'adoption par les couples homosexuels. 

"Toute une révolution", s'émeut aujourd'hui Evelyne Paradis, dirigeante en Europe de l'Association internationale LGBT (ILGA), soulignant que "l'exemple de l'Espagne, où l'influence de la religion était forte(...) eut un grand impact".

A présent, 90% des Espagnols acceptent l'égalité des droits pour les LGBT et c'est le troisième meilleur résultat en Europe, derrière la Suède et les Pays-Bas, selon une étude de la Commission européenne. 

Mais le pays descend de plusieurs échelons quand il s'agit d'accepter qu'un dirigeant politique ou un collègue soit homosexuel. "Nous sommes encore loin de l'égalité réelle", dit Maria Giralt.

Selon la FELGBT, 30% du collectif souffre de discriminations au travail. Et en 2016, les autorités ont enregistré une augmentation de 36% des délits de "haine" motivée par l'orientation ou l'identité sexuelles.

Mais "nous avons tellement changé!", s'enthousiasme Josep Maria Radua. "Il y a 40 ans, la police nous matraquait. Et il y a un mois, elle a remis une plaque de reconnaissance à notre fondation" d'aide aux personnes LGBT âgées.

Le 1er juillet, une association de police LGBT participera d'ailleurs à l'immense marche des fiertés de la WorldPride madrilène.

 
2 commentaires - De la prison à la WorldPride: 40 ans de lutte LGBT en Espagne
  • Franco et le poids de l'église ont fait tant de mal à ce pays, encore plus pour les homosexuels-les, sans parler des républicains....

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    Steppenwolf  (privé) -

    dans cet article à l'analyse incomplète (même si il est souhaitable que les homosexuel(le)s ne soient pas en situation aussi difficile que ces personnes l'étaient auparavant) il y a un anachronisme : en 1977 personne ne parlait de "transgenre" le terme n'existait même pas. et je crois même que la chirurgie n'avait pas dans ses pratiques ce genre d'opération.

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