Colombie: l'ELN et les gangs, pièces manquantes à la paix

Chargement en cours
 Le représentant du gouvernement colombien Juan Camilo Restrepo (g), le ministre équatorien des Affaires étrangères Guillaume Long (c) et le représentant de la guérilla ELN Pablo Beltran (d), à l\

Le représentant du gouvernement colombien Juan Camilo Restrepo (g), le ministre équatorien des Affaires étrangères Guillaume Long (c) et le représentant de la guérilla ELN Pablo Beltran (d), à l'ouverture des dialogues de...

1/2
© AFP, RODRIGO BUENDIA
A lire aussi

AFP, publié le vendredi 30 juin 2017 à 09h22

La Colombie a franchi cette semaine un grand pas en terminant le désarmement de sa principale guérilla, les Farc, mais des obstacles à la paix demeurent: la dernière rébellion active du pays, l'ELN, ainsi que les bandes criminelles comme le Clan du Golfe.

"L'ELN continue de commettre des attentats et des enlèvements, tout en demandant de négocier un cessez-le-feu", s'étonne l'analyste Frédéric Massé, interrogé par l'AFP.

Née comme les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) d'une rébellion paysanne en 1964, l'Armée de libération nationale (ELN) a entamé en février des négociations de paix avec le gouvernement. Mais elle reste un acteur violent en Colombie, pays déchiré depuis un demi-siècle par un conflit interne ayant fait 260.000 morts et 60.000 disparus.

Comptant 1.500 combattants, l'ELN revendique les enlèvements, l'extorsion et les attentats contre des infrastructures comme éléments essentiels de sa lutte. Encore récemment, deux journalistes néerlandais ont été séquestrés presque une semaine par la guérilla.

Ce sont justement ces pratiques qui irritent le gouvernement du président Juan Manuel Santos, qui refuse de céder à ses demandes de cessez-le-feu bilatéral tant qu'elle ne les abandonne pas.

"L'ELN doit être consciente que si elle ne déclare pas de façon publique et unilatérale que les enlèvements sont une erreur et qu'elle interdit cette arme dans la lutte rebelle, ce processus (de paix) ne va pas pouvoir avancer", estime l'expert Carlos Alfonso Velasquez.

La violence vient aussi des bandes criminelles, la principale étant le Clan du Golfe, mouvement de 1.500 hommes issu des milices d'extrême droite, démobilisées officiellement en 2006.

"Ils n'ont aucune sorte de cause politique, sinon, tout simplement, la lutte avec violence. Donc pour faire semblant d'avoir quelque chose de politique, ils poursuivent les dirigeants sociaux ou ils les tuent. C'est le facteur de violence le plus important en ce moment", explique M. Velasquez.

En 2016, 127 militants sociaux ont été assassinés, la plupart dans les territoires de présence historique des Farc, selon l'ONU qui estime que des dissidents de la guérilla, des anciens paramilitaires, des criminels de droit commun et l'ELN sont derrière ces meurtres.

- Sans oublier les dissidents -

Le gouvernement a lancé deux grandes offensives pour démanteler ce gang de narcotrafiquants, dont le chef Dairo Antonio Usuga, alias Otoniel, est désormais l'homme le plus recherché du pays.

Entre janvier et mi-mai, la police a arrêté plus de 1.300 hommes de la bande, abattu 52 de ses chefs et lui a confisqué 90 tonnes de cocaïne.

Malgré cette campagne, M. Massé n'est guère optimiste: ce "groupe continuera de se structurer, car ce ne sont pas des (organisations) pyramidales mais des réseaux criminels armés, qui cherchent à nouer des alliances dans les régions reculées du pays".

Les bandes criminelles gèrent 70% de la cocaïne produite en Colombie, premier producteur de cette drogue selon l'ONU, avec le narcotrafic comme carburant du conflit interne depuis les années 1980.

Enfin, il reste quelque 400 dissidents des Farc qui ont refusé de se joindre à l'accord de paix et sont, selon le gouvernement et les analystes, motivés par des intérêts essentiellement liés au narcotrafic.

Depuis le 3 mai, ils retiennent en otage un fonctionnaire de l'ONU, enlevé dans le département de Guaviare (sud-ouest).

Pour les experts, il est essentiel de canaliser ces dissidents et garantir le retour à la vie civile des ex-combattants des Farc pour éviter qu'ils n'intègrent des gangs.

"Au-delà du nombre de leurs membres, c'est la capacité de ces groupes, qu'il s'agisse des bandes criminelles, de l'ELN ou des dissidents des Farc, de continuer à se financer et à recruter" qui inquiète, selon M. Massé.

Pour l'analyste Ariel Avila, "le grand défi" du post-conflit est de lutter contre les activités clandestines servant de sources de financement comme "l'activité minière illégale" et "la contrebande" à la frontière avec le Venezuela.

"Avec l'accord de paix, c'en est fini des justifications politiques de la violence, mais cela ne veut pas dire que les activités illégales soient terminées", souligne-t-il.

 
1 commentaire - Colombie: l'ELN et les gangs, pièces manquantes à la paix
  • avatar
    [=pseudo.pseudo] -

    [=reaction.title]

    [=reaction.text]

avatar
[=pseudo.pseudo] -

[=reaction.text]