Bangladesh: un an après une prise d'otages, la renaissance du café de Dacca

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 Des employés de la Holey Artisan Bakery, le 22 juin 2017 à Dacca, au Bangladesh

Des employés de la Holey Artisan Bakery, le 22 juin 2017 à Dacca, au Bangladesh

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© AFP, Sam JAHAN
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AFP, publié le vendredi 30 juin 2017 à 08h50

Les bavardages des consommateurs et l'odeur de pain chaud qui emplissent la Holey Artisan Bakery pourraient presque faire oublier la sanglante prise d'otages qui a visé il y a un an ce café huppé de Dacca.

Le 1er juillet 2016, cinq jeunes hommes bardés d'armes à feu et de couteaux ont investi ce restaurant de la capitale du Bangladesh, faisant des dizaines d'otages et tuant 22 personnes - principalement des étrangers. Nombre de victimes sont mortes égorgées.

Depuis, le boulangerie a rouvert à un nouvel emplacement et les clients s'y pressent pour déguster ses fameux pains, cookies et autres pâtisseries.

"C'est super d'avoir récupéré cet endroit. Rouvrir le café était un grand acte de courage", estime Laura Jenkins, une Américaine qui vit au Bangladesh depuis cinq ans, en venant y acheter un croissant frais.

Les consommateurs loyaux, un mélange d'étrangers et de Bangladais de la haute société vivant principalement dans l'enclave diplomatique, sont revenus en masse, se félicite le propriétaire des lieux Sadat Mehdi.

"Leur attitude est notre meilleur encouragement", confie-t-il à l'AFP.

- Campagne de répression -

Une bonne partie des otages pris au piège dans ce siège - l'un des attentats jihadistes les plus meurtriers de l'histoire du Bangladesh - étaient des étrangers travaillant pour l'industrie du textile, l'un des piliers de l'économie de ce pays pauvre d'Asie du Sud.

Le groupe jihadiste État islamique (EI) a revendiqué l'attaque. Les autorités nient cependant la présence de l'organisation extrémiste internationale sur leur sol et soutiennent que l'attentat est le fait d'un groupe jihadiste du cru.

La montée de l'extrémisme islamiste s'attribue en partie au pourrissement d'une interminable crise politique qui a conduit à la radicalisation de l'opposition au gouvernement.

La prise d'otages de Dacca a été le point d'orgue d'une série d'assauts contre les étrangers, athées et minorités religieuses. À sa suite, nombre de ressortissants étrangers sont partis s'installer en Inde ou en Thaïlande.

Craignant de voir son économie durement impactée, notamment son secteur du textile pesant 30 milliards de dollars, le gouvernement s'est depuis lancé dans une vaste campagne de répression contre les mouvements jihadistes.

Au cours de l'année écoulée, les forces de sécurité ont tué près de 70 jihadistes présumés, dont l'organisateur présumé de la prise d'otages contre la Holey Artisan Bakery. Bien davantage encore ont été interpellés.

Les extrémistes "n'ont plus beaucoup de forces. Progressivement, nous avons réussi à les achever", assure à l'AFP le ministre de l'Intérieur Asaduzzaman Khan.

Les détracteurs de la Première ministre, Sheikh Hasina, l'accusent cependant d'instrumentaliser ces attaques pour diaboliser ses adversaires politiques.

Si le Bangladesh ne parvient pas à une démocratie plus apaisée, "le discours extrémiste proliférera toujours sur les vieilles querelles politiques", prévient Shahab Enam Khan, expert du terrorisme à l'université bangladaise Jahangirnagar.

- Gardes armés -

Rassurés par la présence accrue de soldats dans les rues, la plupart des étrangers qui avaient fui cette nation de 160 millions d'habitants y sont revenus.

Beaucoup de restaurants et de clubs d'expatriés sont désormais gardés par des hommes en armes et ont disposé des barricades de sacs de sable devant leur entrée.

"Ce n'est pas la chose la plus agréable au monde de voir un homme avec un fusil automatique derrière un bunker pendant que vous buvez votre thé du matin", estime le résident britannique Andy Froud.

"Mais au moins je sais qu'il est juste là pour essayer de me protéger", complète-t-il.

Pour Shahriar Ahmed, les constantes patrouilles de policiers armés devant le café Holey sont autant de réminiscences de la tragique nuit du 1er juillet 2016.

"Ça revient souvent en cauchemar. Mais je veux oublier", raconte ce responsable des ventes qui a survécu à la prise d'otages.

"Nous faisons de notre mieux pour oublier."

 
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