Au Tadjikistan, les robes traditionnelles contre le hijab

Au Tadjikistan, les robes traditionnelles contre le hijab

Quatre femmes portent des robes Atlas et d'autres modèles pour célébrer le festival de Nowruz, à Douchanbé au Tadjikistan, le 19 mars 2017

A lire aussi

AFP, publié le dimanche 16 avril 2017 à 14h07

Religion: au Tadjikistan, le gouvernement recommande les robes traditionnelles contre le hijab foncé

Avec leurs motifs colorés et symétriques, les robes traditionnelles se vendent comme des petits pains au Tadjikistan. Mais l'arrivée du printemps dans ce pays d'Asie centrale n'y est pour rien.

En s'habillant de la sorte, les femmes tadjikes, qu'elles soient fonctionnaires, enseignantes ou étudiantes, suivent les recommandations de leur gouvernement, qui leur demande de préférer les vêtements traditionnels, comme la robe Atlas, au hijab.

Cet habit, très populaire, de longueur moyenne, en soie ou coton, toujours de couleur vive, est depuis dans toutes les garde-robes.

"Chaque fiancée tadjike doit avoir plusieurs robes comme celle-ci dans son placard", assure à l'AFP Nassiba Anvarova, propriétaire d'une boutique de vêtements à Douchanbé, la capitale.

Depuis 2015, les autorités ont en effet pris plusieurs mesures fortes pour lutter contre la radicalisation religieuse dans ce pays majoritairement musulman: elles ont ainsi obligé les hommes à se raser la barbe et mènent une campagne contre le port du hijab, notamment s'il est de couleur foncée.

Pour le gouvernement, les vêtements islamiques "étrangers" sont en effet perçus comme un "signe de radicalisation", explique à l'AFP Edward Lemon, chercheur à l'Institut Harriman auprès de l'Université  Columbia à New York.

- 'Peur de la religion' -

A l'instar de plusieurs pays d'Asie centrale, le Tadjikistan fournit en effet un contingent important de combattants aux groupes jihadistes, notamment l'organisation Etat islamique, opérant en Irak et en Syrie. Un millier de Tadjiks ont ainsi rejoint les rangs de l'EI, selon le gouvernement.

A la tête du pays depuis les années 1990, le président Emomali Rakhmon a fait de la lutte contre l'intégrisme religieux une priorité au Tadjikistan, où une sanglante guerre civile entre le pouvoir pro-communiste et des rebelles islamistes a fait plus de 100.000 morts entre 1992 et 1997.

Les femmes tadjikes n'ont jamais porté de noir, "même pour les funérailles", a ainsi affirmé l'autoritaire président Emomali Rakhmon, qui a fait à plusieurs reprises l'éloge de la robe Atlas.

En mars, à l'occasion d'un festival à Toursounzoda, une ville à l'ouest de Douchanbé, le président et d'autres hauts responsables ont dansé avec des milliers de femmes en robes traditionnelles. Les hommes étaient eux habillés en tenues occidentales.

Le président a hérité d'une "peur de la religion", déjà présente à l'époque soviétique, lorsque les religions étaient perçues comme "un système de moralité et de légitimité rivalisant avec l'Etat", rappelle M. Lemon.

- Le corps 'champ de bataille' -

Publiées par le ministère de l'Education en mars, les recommandations gouvernementales concernant les vêtements traditionnels féminins visent à "inculquer le style national et le patriotisme", a déclaré à l'AFP un porte-parole du ministère. "Personne ne force les professeurs, les étudiants ou les élèves à porter ces vêtements", a-t-il insisté.

"Le corps de la femme est devenu un champ de bataille où se jouent les luttes politiques", remarque Mohira Souïarkoulova, de l'Institut des études d'Asie centrale auprès de l'Université américaine d'Asie centrale au Kirghizstan.

Le Tadjikistan n'est pas le seul pays d'Asie centrale à lutter contre les hijabs.

Ainsi, au Kirghizstan voisin, le président Almazbek Atambaïev a fait installer l'année dernière une série de panneaux représentant des femmes en robes traditionnelles kirghizes face à celles portant des voiles noirs islamiques. "Pauvre nation, où allons-nous?", pouvait-on lire sur ces panneaux.

Les incitations à porter quotidiennement des robes traditionnelles en soie et en coton ont par ailleurs suscité des craintes concernant la santé des femmes, confrontées à de basses températures, notamment au Tadjikistan, un pays montagneux.

"Les auteurs de cette recommandation stupide n'ont probablement pas de filles", s'est agacé une femme sur Facebook, se disant "indignée" de voir des fillettes aller à l'école vêtues de robes aussi légères.

"Et après on s'étonne que de jeunes filles prennent froid et tombent malades. A quoi pense le ministère de la Santé?", s'est-elle insurgée.

 
14 commentaires - Au Tadjikistan, les robes traditionnelles contre le hijab
  • [=pseudo.pseudo] -

    [=reaction.title]

    [=reaction.text]

[=pseudo.pseudo] -

[=reaction.text]