Andrej Babis, le "Trump tchèque" à la conquête du pouvoir

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 Le milliardaire tchèque Andrej Babis, le 21 octobre 2017 à Prague

Le milliardaire tchèque Andrej Babis, le 21 octobre 2017 à Prague

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© AFP, MICHAL CIZEK
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AFP, publié le samedi 21 octobre 2017 à 20h13

En dépit de soupçons de fraude aux fonds européens, le milliardaire Andrej Babis a remporté une large victoire aux législatives tchèques de vendredi et samedi, avec son discours anticorruption et anti-euro.

A la tête du mouvement populiste ANO, qui a obtenu 78 sièges sur 200 à la chambre basse, il devrait être chargé de former un gouvernement de coalition. Cependant cette tâche pourrait s'avérer difficile, huit autres partis entrant au parlement, dont certains refusent d'entrée de jeu de négocier avec lui.

Qualifié de "version tchèque de Trump" par le magazine Forbes, l'entrepreneur de 63 ans aux cheveux courts poivre et sel, magnat de l'agroalimentaire, de la chimie et des média, est le deuxième homme le plus riche du pays.

Entré en politique en 2011 avec son mouvement ANO ("oui"), il réussit une percée grâce à ses promesses d'une politique plus "propre" dans ce pays membre de l'UE de 10,6 millions d'habitants, plus corrompu que le Botswana à en croire l'ONG Transparency International.

Les législatives de 2013 font d'ANO la deuxième force politique du pays. Depuis, Andrej Babis est souvent accusé d'affaires et de transactions douteuses, ce qu'il nie catégoriquement.

Andrej Babis refuse obstinément l'adoption de l'euro, une monnaie "en faillite" selon lui. Et il fait écho à d'autres dirigeants de pays d'Europe de l'Est hostiles aux quotas de répartition des migrants, ce qu'ils voient comme une ingérence de Bruxelles dans leurs affaires nationales. 

En revanche, il ne prône pas un "Czexit", mais se fait plutôt partisan de réformes de l'UE en vue d'encourager la libre circulation des capitaux, des marchandises, de la main d'œuvre et des services.

Lors de sa première conférence de presse après sa victoire électorale, il a répété qu'il était "pro-européen" et ne constituait pas "une menace pour la démocratie".

"Nous faisons partie intégrante de l'UE, et de l'Otan", a-t-il poursuivi, avant d'inviter l'Union à "engager une réflexion" et "cesser de parler d'une Europe à deux vitesses".

- Entreprise familiale -

ANO faisait partie depuis janvier 2014 d'une coalition contre-nature avec les sociaux-démocrates CSSD et les chrétiens-démocrates KDU-CSL.

En mai, M. Babis a perdu le portefeuille des Finances après un conflit avec le Premier ministre social-démocrate Bohuslav Sobotka. Ce dernier voit d'un mauvais œil ses transactions financières douteuses ainsi que de possibles fraudes fiscales et conflits d'intérêt.

Depuis début octobre, il fait aussi l'objet d'une inculpation de fraude aux fonds européens d'un montant de 2 millions d'euros, destinés à financer la construction en 2007 de sa ferme "Nid de Cigogne", avec un complexe hôtelier.

La Cour constitutionnelle slovaque fait quant à elle ressurgir les soupçons de sa collaboration d'avant 1989 avec la police secrète communiste StB.

"Il n'y a aucune preuve, je n'ai rien signé, je n'ai pas collaboré avec la police secrète", répète-t-il. L'accusation doit faire l'objet d'une nouvelle instruction.

Selon M. Babis, toutes ces affaires ne visent qu'à torpiller la popularité d'ANO.

- Plus riche que Trump -

Ex-communiste qui aime distribuer des beignets à ses supporters, Andrej Babis a accumulé selon Forbes une fortune de 3,49 milliards d'euros, dépassant celle de Donald Trump (3,1 milliards de dollars).

Né le 2 septembre 1954 à Bratislava, le jeune Andrej fréquente l'école primaire à Paris et secondaire à Genève, grâce à son père, un "cofondateur du commerce extérieur slovaque" selon lui.

"Je faisais de petits boulots depuis l'âge de 15 ans, je distribuais du lait, je déchargeais des colis, je travaillais sur des chantiers", se souvient-il.

Diplômé d'économie, il se lance lui aussi dans le commerce extérieur et franchit régulièrement le rideau de fer avant la chute du régime totalitaire en 1989. 

Représentant commercial de la Tchécoslovaquie au Maroc de 1985 à 1991, il regagne son pays, divisé en 1993 en deux Etats indépendants, et commence à bâtir son groupe Agrofert. Avant d'être attiré par la politique.

"Je suis un homme riche. J'ai réalisé presque tous mes rêves. J'ai gagné beaucoup d'argent grâce à un travail honnête", affirme ce père de quatre enfants, dont deux avec sa deuxième épouse Monika, de 20 ans sa cadette.

 
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