A Malte, les journalistes promettent de ne pas se laisser intimider

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 Des policiers et experts de la police scientifique sur les lieux d'une explosion qui a détruit la voiture de la blogueuse Daphne Caruana Galizia, le 16 octobre 2017 à Bidnija, à Malte

Des policiers et experts de la police scientifique sur les lieux d'une explosion qui a détruit la voiture de la blogueuse Daphne Caruana Galizia, le 16 octobre 2017 à Bidnija, à Malte

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© AFP, STR
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AFP, publié le jeudi 19 octobre 2017 à 20h36

Les journalistes maltais se sont rassemblés en nombre jeudi devant le Parlement pour promettre de ne pas se laisser intimider, trois jours après l'assassinat à la voiture piégée de Daphne Caruana Galizia, la plus virulente d'entre eux.

Rassemblés devant le Parlement à La Valette, des centaines d'employés des médias ont brandi des messages et des pages de journal comme maculés de sang, tandis que les fils de Daphne Caruana Galizia appelaient le Premier ministre travailliste, Joseph Muscat, à démissionner.

"C'est l'un des actes les plus méprisables jamais commis dans ce pays. Personne ne mérite de mourir pour avoir exercé son droit à prendre la parole", a déclaré Herman Grech, rédacteur en chef du site du Times of Malta.

"Nous sommes ici pour donner de l'espoir à la société. Cette attaque contre l'une d'entre nous ne nous empêchera pas de braquer la lumière là où d'autres veulent la pénombre. L'attaque contre l'une d'entre nous ne nous musèlera pas", a-t-il ajouté.

"Nous ne cèderons pas à l'intimidation (...). Nous n'aurons pas peur", a-t-il conclu, sous de vifs applaudissements.

Portant un drapeau maltais maculé de rouge sang, les journalistes ont défilé jusqu'au Palais de justice, où ils ont déposé une requête afin que l'enquête sur l'assassinat de la blogueuse garantisse la protection des sources avec lesquelles elle était en contact.

Souvent qualifiée de "Wikileaks à elle toute seule", la journaliste et militante anti-corruption de 53 ans, qui avait révélé de nombreux scandales, a été tuée lundi par l'explosion d'une bombe sous sa voiture.

Dans une démarche rarissime, les journaux maltais -- y compris les médias issus de partis politiques -- ont décidé de publier tous la même Une dimanche, qui sera aussi diffusée à la télévision et sur les sites d'information.

"Nous avons convenu d'une campagne nationale derrière le slogan: +le stylo vainc la peur+", a annoncé à l'AFP Norma Saliba, directrice de l'Institut des journalistes maltais.

- 'Démissionne' -

"Beaucoup de journalistes se sont sentis menacés. Mais nous devons informer sur ce que les gens veulent et doivent savoir", a-t-elle insisté.

L'assassinat de Mme Caruana Galizia a provoqué une vague d'indignation à l'étranger et une forte émotion à Malte, où il a mis en lumière les dessous peu glorieux d'un boom économique alimenté par les jeux de hasard en ligne et les sociétés offshore, et accompagné selon certains d'un développement du crime organisé et d'une culture du pot-de-vin.

Pour Mark Wood, rédacteur en chef du Sunday Times of Malta, il sera "très difficile" de remplacer la journaliste disparue. Mais son assassinat "nous a rassemblés, comme un défi. Si quelque chose de bien peut sortir de tout ça, c'est ce sentiment que nous devons continuer son travail".

Une nouvelle manifestation a par ailleurs été convoquée pour dimanche par les journalistes qui s'attendent à des milliers de personnes réclamant justice et liberté de la presse.

M. Muscat, qui est parti jeudi matin pour le Conseil européen de Bruxelles, a annoncé que le gouvernement allait proposer une forte récompense pour retrouver les responsables de l'assassinat de celle qu'il a présentée comme sa "plus grande adversaire".

Le chef de la police, Lawrence Cutajar, a tenu jeudi une conférence de presse au cours de laquelle il n'a pratiquement rien dit pour des raisons légales, assurant juste que la police faisait son possible pour résoudre ce crime et que l'autopsie aurait lieu vendredi


Les fils de Mme Caruana Galizia, Matthew, Andrew et Paul, ont révélé sur Facebook que M. Muscat envisageait une récompense d'un million d'euros et avait fait pression en vain sur eux pour qu'ils soutiennent cette initiative.

"Nous ne sommes pas intéressés par une condamnation en justice qui permette seulement aux responsables au gouvernement ayant bénéficié du meurtre de notre mère de tourner le dos et de dire que la justice a été rendue", ont-ils écrit.

La justice "ne sera rendue que quand ce pour quoi notre mère s'est battue -la responsabilité en politique, l'intégrité dans la vie publique, une société ouverte et libre- aura remplacé la situation désespérée dans laquelle nous nous trouvons", ont-ils expliqué.

"Le Premier ministre a demandé notre soutien, voici comment il peut l'obtenir: fais preuve de responsabilité politique et démissionne", ont-ils insisté.

 
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