6 février 2012

Harcèlement à l’école : quelles solutions ?

Jeux violents, moqueries : le harcèlement scolaire se développerait de plus en plus. Quelles sont ses nouvelles formes ? Baisse d’attention en classe, dépression : quelles sont les conséquences ? Quelles sont les solutions ?

photo : Harcèlement à l'école

Insultes répétées, coups… Un enfant sur dix serait victime de harcèlement scolaire, selon Eric Debarbieux, président de l’Observatoire international de la violence à l’école. Pour lutter contre ce phénomène, le ministère de l’Education nationale vient de lancer une campagne contre le harcèlement scolaire. Trois spots sont diffusés sur Internet et dévoilent différentes formes de harcèlement: violence, moqueries, rumeurs…

« Les enseignants sont témoins, mais ils ne disent rien », affirme Romain, qui a été la cible de harcèlement durant trois ans au collège. Il a été victime notamment du jeu du « flipper » : ses camarades le poussant dans tous les sens comme une boule. Les moqueries ne s’arrêtaient selon lui que durant les cours des professeurs les plus sévères. Elles ont vraiment pris fin à son entrée au lycée. « J’ai reçu un tas de coups de poings, dont un sur le nez, j’étais en sang », raconte Pierre, un élève de CM1. Pour Julien, le traitement a été radical : des harceleurs l’ont emmené dans les toilettes, puis lui ont « mis la tête dans la pissotière et appuyé sur la chasse d’eau ». Le nombre d’élèves victime de harcèlement scolaire a augmenté durant ces dernières années : c’est ce que pensent 83% des Français, selon un sondage Ipsos publié en janvier. C’est un sujet préoccupant, pour 94% des personnes interrogées.

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« Timides et anxieux »

« Les formes les plus répandues du harcèlement sont d’abord tout ce qui concerne l’insulte, la moquerie : « Tu es gros, tu es petit, tu es trop grande » », indique le pédopsychiatre Marcel Rufo, sur le site gouvernemental « Agir contre le harcèlement à l’école ». Des agressions physiques peuvent suivre, tout comme un nouveau style de persécution : « filmer quelqu’un qu’on attaque, et le passer en boucle pour que tout le monde soit témoin de son harcèlement ».

Les enfants harcelés seraient souvent « vulnérables, timides et anxieux ». Ils vont être rapidement repérés par un harceleur qui aura lui aussi une fragilité: les harceleurs seraient parfois eux-mêmes battus, maltraités ou mal-aimés. Après leurs années de scolarité, ils connaîtraient un parcours peu enviable. Une étude récente a démontré que ces harceleurs « étaient beaucoup plus que d’autres au chômage, avaient des jobs mal payés, ou étaient maltraitants dans le couple », indique Eric Debarbieux.

Convivialité

Pour les élèves victimes de harcèlement, les conséquences directes seraient de connaître un stress limitant les capacités d’attention ou de concentration en classe. Cela pourrait également engendrer des conduites suicidaires, et un manque de confiance en soi. Une fois à l’âge adulte, ils auraient davantage de risques de connaître des troubles dépressifs, affirme la pédopsychiatre Nicole Catheline.

Pour prévenir le harcèlement, Eric Debarbieux préconise « une politique globale d’amélioration du climat scolaire ». « Tout ce qui va augmenter la convivialité, le vivre ensemble dans une école est la meilleure prévention possible ». Mais les adultes devraient veiller à ne pas aggraver la situation, comme le recommande Bertrand Gardette, conseiller principal d’éducation en lycée professionnel et spécialiste du harcèlement (voir interview).

Léon Valmy
ParisMatch.com
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