26 mars 2012

La double vie des escort girls

Escort girls : ces femmes qui se prostituent via Internet mènent souvent une vie cachée. Etudiantes, femmes actives, professionnelles du sexe : qui sont-elles ? Pourquoi exercent-elles cette activité et pourquoi veulent-elles rester discrètes ?

photo : Une vie cachée

Un sexagénaire vient de faire annuler son mariage. Sa femme, âgée de dix ans de moins que lui, menait une double vie. Elle offrait ses charmes sur Internet comme escort girl. Le mari a découvert des moyens techniques dignes d’une entreprise du sexe dans une pièce du domicile de son épouse. Une dizaine de téléphones portables, quatre ordinateurs en réseau… Sa femme utilisait plusieurs adresses Internet où elle se présentait sous des pseudonymes explicites.

Ce type de prostitution n’est pas un cas isolé : les étudiantes en particulier auraient recours à ce genre de pratiques. La plupart du temps, leurs proches ne sont pas au courant. En 2012, plus de 3,5% des étudiant(e)s de l’université de Montpellier III ont accepté de l’argent en échange d’un acte sexuel. Près de deux tiers sont des femmes, selon cette enquête réalisée par l’Amicale du Nid. Outre ces chiffres, les données sur la prostitution en France sont très rares. Ces jeunes filles qui se prostituent pensent souvent que ce n’est pas très grave. « Elles se disent que c’est ponctuel, mais le recours à la prostitution les coupe des étudiants et de la famille », observe Hélène de Rugy, déléguée générale de l’Amicale du Nid. Une coupure qui favorise l’existence d’une double vie, et qui un impact « déstabilisant et destructeur »sur la psychologie de ces jeunes filles.

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1.500 euros la nuit

La plupart d’entre elles utilise Internet pour passer des annonces, et disent ainsi sélectionner leurs clients. Elles se fient pour cela à un échange de courriels et à un bref contact téléphonique. Elles exigent généralement des tarifs de 200 euros l’heure, et de 1.500 euros la nuit. Beaucoup plus que les prostituées de trottoir. « Les annonces d’étudiantes, la plupart du temps, c’est du marketing ! », affirme Yves Charpenel, président de la fondation Scelles, qui dénonce l’exploitation sexuelle. « Le plus souvent, ce sont en réalité des professionnelles du sexe, liées à des réseaux aux manières assez rudes ». Des prostituées se feraient ainsi passer pour des étudiantes afin d’attirer les clients. Ces derniers apprécieraient l’idée de passer la nuit avec des filles cultivées, pratiquant une prostitution relativement occasionnelle.

« Pas uniquement sexuel »

Étudiantes ou professionnelles, les escort girls acceptent très rarement de s’exprimer sur leur double vie. L’une d’elle, Estelle, 24 ans, a bien voulu témoigner. Elle affirme avoir mené des études « d’industrie bancaire ». Elle travaille aujourd’hui dans ce domaine, en Suisse, tout en étant escort girl dans une agence spécialisée. Elle dit fréquenter une clientèle d’hommes « classe et respectueux » (voir interview). Et affirme ressentir du plaisir « pas uniquement sexuel », en appréciant surtout « le côté humain » de ces rencontres.

Enfin, la prostitution existe parfois… au sein du couple. Sandra, 28 ans, mariée à Guillaume depuis huit ans, affirme se prostituer à l’occasion, sous les encouragements de son mari. Elle aurait déjà entretenu des relations avec une vingtaine d’hommes dans des hôtels. L’argent qu’elle obtient ainsi lui permettrait de « se sentir désirée ». Seules ses amies les plus proches sont au courant. Elle dit ne pas se considérer comme « une vraie escort girl » : une double vie qu’elle a du mal à assumer.

Victor Nicolas
LeJDD.fr
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