le talk orange - le figaro

L'actualité en interview et vidéo

mardi 1er décembre 2009

Interview vidéo de

Mohammed Moussaoui

Président du Conseil français du culte musulman (CFCM)

Les religieux critiquent l'interdiction des minarets

Le vote suisse a provoqué une onde de choc sur toute l'Europe.

Mohammed Moussaoui, le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), est inquiet, "consterné" même. L'interdiction des minarets en Suisse a traversé les frontières comme une traînée de poudre, enflammant des débats partout en Europe. Si les grands partis condamnent ce vote, l'opinion est plus indécise. "Il y a des craintes irrationnelles. La visibilité nouvelle de l'islam est perçue comme une agression", a reconnu Mohammed Moussaoui, invité du "Talk Orange-Le Figaro". "Avec ce vote, les forces extrémistes ont déjà gagné un combat, puisqu'elles ont amené une grande démocratie comme la Suisse à restreindre un droit fondamental." Pour éviter cette crispation en France, Mohammed Moussaoui entend donner des gages et rassurer : "Ce vote doit interpeller les musulmans." Mais le responsable du CFCM redoute que la réflexion sur la place de l'islam et sa visibilité ne soit parasitée par le débat sur l'identité nationale. Autant la burqa lui paraît problématique puisqu'elle "suscite du rejet", "gène" celle qui le porte et sa famille, empêche une vie "normale". Autant "les minarets sont extrêmement rares et n'ont rien de violent ni d'extrémiste". "On sent la tentation de faire disparaître par la loi toute visibilité de l'islam. Ce serait une régression", s'est inquiété Mohammed Moussaoui. Les représentants des autres religions ont également condamné le vote suisse : "On ne peut restreindre la liberté de religion d'une minorité ou empêcher un groupe de personnes d'avoir sa propre église", a estimé le Vatican. "On note un sentiment d'aversion et de peur un peu partout, mais un chrétien doit savoir dépasser cela, même s'il n'y a pas de réciprocité." De son côté, le grand rabbin, Gilles Bernheim, estime que "toute décision qui aboutit à donner moins de droits aux fidèles d'une religion qu'aux fidèles d'une autre religion est une décision inique. Ceci vaut en Suisse comme dans le reste du monde". En filigrane, pour le Vatican, comme pour les juifs, perle la question de la "réciprocité", du statut des autres religions en terre d'islam. Benoît XVI l'avait évoqué devant les ambassadeurs de pays musulmans dès 2006. Dans l'immédiat, la Suisse redoute des représailles. "Notre sécurité n'est plus garantie", a averti mardi la ministre suisse des Affaires étrangères, devant les ministres de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) réunis à Athènes. "Chaque atteinte à la coexistence de différentes cultures et religions met aussi en danger notre sécurité." Les pays musulmans ont vivement réagi, condamnant une décision qu'ils jugent discriminatoire. Le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, souhaite que le résultat du référendum puisse être remis en cause par des voies légales. En Egypte, le ministre des Biens religieux, Mahmoud Hamdi Zaqzouq, s'est inquiété pour sa part des risques de voir la mesure rééditée dans d'autres pays européens, déclarant à la télévision égyptienne que "le pire" était "à venir". Cécilia Gabizon

réagissez à l'interview
 

les dernières réactions à l'article

voir mon journal de réactions aide
Aucune réaction encore postée
Soyez le premier à réagir