Tests ADN: Eric Besson admet qu'il recule sur ce "sujet sensible qu'il faut manier avec tact dans certaines périodes".
Invité du Talk Orange-Le Figaro, Éric Besson revient sur plusieurs projets très contestés du ministère de l'Immigration. En ce qui concerne les tests ADN, le ministre temporise et envisage que le décret ne soit jamais signé. Quant à la dénonciation des passeurs, il redit qu'elle vise à "protéger les victimes d'un esclavage".
Ancien secrétaire d'Etat chargé de l'évaluation des politiques publiques, Éric Besson revient également sur les propositions de Nicolas Sarkozy aux partenaires sociaux. Il défend la politique d'immigration choisie menée par Nicolas Sarkozy qui, selon lui, a permis à la France d'éviter la montée des xénophobies qu'on constate dans d'autres pays. Enfin, il dénonce avec force l'idée d'un conflit d'identité nationale au coeur de la crise dans les Antilles.
Le Talk
Guillaume Tabard - Bonsoir. En ce moment même, Nicolas Sarkozy et les partenaires sociaux sont toujours réunis à l'Élysée. Mais on sait déjà que le chef de l'État a mis beaucoup de propositions sur la table, dont notamment 2,65 milliards d'aide aux ménages. Éric Besson, vous êtes ministre en charge de l'Immigration. Mais, jusqu'à encore peu, vous étiez en charge de la Prospective, et puis les questions économiques vous restent, je crois, familières. Pour calmer l'inquiétude sociale, ne pensez-vous pas qu'on est en train de charger la barque des dépenses publiques de manière un peu déraisonnable.
Éric Besson
Éric Besson - Je ne crois pas. Il faut soutenir la croissance et il faut utiliser le potentiel de croissance que nous avons pour aller vers l'investissement, vers ce qui prépare l'avenir : les infrastructures, la recherche, l'éducation, la formation tout au long de la vie.
Le Talk
Ce n'est pas dans les questions aujourd'hui ?
Éric Besson
Non. Mais c'est le socle sur lequel le président de la République s'appuie. Par ailleurs, il dit que la consommation tient (0,5 sur le quatrième trimestre). Ce n'est pas extraordinaire, mais c'est beaucoup mieux que certains de nos voisins et certains grands pays. Il veut que la consommation tienne et il veut que les classes moyennes, et celles et ceux qui sont les plus fragilisés par la crise soient le mieux protégés. C'est pour ça qu'il avait déjà pris un certain nombre de dispositions, que le gouvernement a pris un certain nombre de dispositions et qu'en ce moment même, au moment où nous parlons, sont discutées d'autres propositions qu'il devrait annoncer en fin d'après-midi.
Le Talk
Se priver de recettes fiscales, avec notamment ce geste fait sur l'impôt sur le revenu, n'est-ce pas un peu dangereux ? Cela ne prive-t-il pas la France de ressources nécessaires pour doper la croissance ?
Éric Besson
Keynes qui n'est pas là cet après-midi mais dont on a tiré les leçons depuis la grande crise de 1929, a dit que, dans les grandes crises, il faut que l'État assure son rôle d'assureur en dernier ressort, notamment sur le crédit et un certain nombre d'éléments ; qu'il soit l'investisseur en dernier ressort, c'est-à-dire que par des dépenses d'avenir, des dépenses d'infrastructures, il relance la machine économique lorsqu'elle s'essouffle et qu'il fallait tout faire pour soutenir la consommation et, notamment, la consommation des ménages modestes. Que cela veut-il dire ? Quand la circonstance, la recherche d'efficacité économique rejoint les préoccupations de justice. Efficacité et justice c'est ce que cherchent à faire le président de la République et le gouvernement.
Le Talk
Pour l'heure, le chômage remonte. Ne craignez-vous pas que l'opinion se demande pourquoi le gouvernement a décidé de favoriser, d'organiser l'immigration de travail en signant un certain nombre d'accords avec un certain nombre de pays pour permettre que des étrangers arrivent en France dans certaines professions données ?
Éric Besson
L'idée du président de la République, qu'il avait définie en campagne, était de dire qu'il faut rééquilibrer les parts relatives du regroupement familial et de l'immigration de travail, ce qu'il avait appelé l'immigration choisie, termes qu'utilisent exactement les Britanniques au passage par Getting Immigration : exactement les mêmes mots. Ce qui est vrai, c'est que, sur le regroupement familial, la France applique les conventions internationales et la loi met des conditions de ressources et de logement mais elle respecte les règles du jeu du regroupement familial.
Le Talk
Mais au moment où l'immigration remonte, il ne faut pas dire : « Soyons plus stricts sur l'immigration de travail ? »
Éric Besson
Il y aura effectivement un moindre besoin de main-d'oeuvre, c'est prévisible. Ça n'empêche pas qu'il y a des métiers en tension. Il faut manier cela avec beaucoup de précaution parce que vous avez noté que, partout dans le monde et un peu en Europe, on est en train d'assister à des montées de xénophobie. C'est l'une des autres grandes leçons de la crise de 1929 : tout faire lutter contre le protectionnisme, je ne dis pas la protection des emplois, et tout faire pour éviter la montée de la xénophobie. Vous noterez que, pour l'instant, la France est épargnée par cette montée de la xénophobie. Moi, j'y vois l'un des résultats positifs de la doctrine initiée par le président de la République qui est de dire que si on veut favoriser l'immigration légale, l'intégration et la mise en valeur de la diversité, il faut en même temps lutter avec détermination contre l'immigration illégale.
Le Talk
Sur le volet immigration familiale, Brice Hortefeux avait fait voter une loi à l'automne 2007 qui prévoyait notamment la mise en ?uvre de fameux tests ADN. Vous avez dit, jeudi dernier, que le décret permettant la mise en ?uvre de ces tests serait signé, je vous cite : « Probablement dans un mois et demi ou deux mois, pas davantage. » Maintenez-vous ce délai ?
Éric Besson
Je n'ai pas dit ça comme ça, vous êtes trop attaché au verbatim pour ne pas le regarder. La question qui m'était posée par l'un de vos collègues, Christophe Barbier, si je me souviens bien, était « Dans quel délai pensez-vous avoir fini cette phase de concertation ? ». Et j'avais dit : « Dans un mois et demi, deux mois. » Pour le reste, revenons au fond, même si je trouve personnellement qu'on attache à cette question une importance bien excessive par rapport à ce qu'est l'ensemble de la politique de mon ministère et par rapport à la préoccupation d'actualité. Mais je viens à votre question. Il y a deux choses simples : la loi. La loi dit qu'il faut prendre des décrets d'application et, en même temps, la loi est complexe parce qu'elle a tellement voulu, à juste titre, circonscrire les conditions dans lesquelles les tests pouvaient être faits, qu'elle est très complexe pour le décret d'application. Je consulte, à titre privé, un certain nombre de responsables politiques, un certain nombre de responsables associatifs, de spécialistes de ces questions, pour vérifier que les projets de décret d'application respectent à la fois l'esprit et la lettre de cette loi.
Le Talk
Les deux mois, c'est le temps nécessaire pour vérifier que le décret est conforme à cet esprit ?
Éric Besson
C'est un ordre de grandeur. Je ne sais si ça sera quatre, six, huit, dix semaines. Je ne veux pas me figer et par la suite quand vous m'inviterez une prochaine fois que vous me disiez que j'ai dit la semaine dernière que? C'est le délai d'une concertation pour vérifier pourquoi. Parce qu'il y avait des personnes de bonne foi s'étaient posé des question. Il faut les rassurer. Il faut leur montrer, si le décret un jour doit être signé, qu'il est bien conforme à ces préoccupations.
Le Talk
Ces précautions prises, votre attention est une fois toutes ces garanties données d'arriver à un décret que vous allez signer ou d'attendre de voir ?
Éric Besson
Comment pourrais-je avoir un a priori avant d'avoir fini cette phase de concertation.
Le Talk
Il n'est pas obligatoire qu'un décret soit un jour signé ?
Éric Besson
Nous verrons. Je veux absolument que vous me réinvitiez. Il faut que nous puissions en reparler.
Le Talk
Vous avez été en Angleterre pour étudier la mise en ?uvre de ces tests. Qu'avez-vous retenu de l'expérience anglaise ?
Éric Besson
J'ai retenu qu'ils l'utilisaient moins que leurs propres données officielles l'avaient suggéré, puisque le ministre précédent de l'Immigration avait dit : « Nous réaliserons 10 000 tests ». Finalement il s'avère que c'est 2 000 tests. Et puis la comparaison est partiellement biaisée parce que même si c'est sur une base facultative, ça ne s'applique pas comme la loi française l'a voté : uniquement à la mère. C'est très difficile d'avoir des éléments de comparaison qui nous soit réellement utiles.
Le Talk
Vous aviez également prévu d'aller en Finlande qui met en oeuvre ces tests. Il y avait certains pays africains qui avaient accepté la mise en oeuvre à titre expérimentale de ces tests. Quand irez-vous dans ces pays ?
Éric Besson
C'est en train d'être programmé. J'ai beaucoup de voyages prévus puisque je vais aller au Sénégal, au Bénin, au Mali, en Égypte, en Algérie, en Tunisie, au Brésil puisque nous avons des questions de frontières communes avec La Guyane. Je ne sais pas vous dire instantanément quand je vais le faire.
Le Talk
Compte tenu du climat actuel de tensions dans la société et de la polémique que l'on a connue à l'automne 2007, en clair n'êtes-vous pas en train de gagner du temps pour éviter de remettre sur le tapis un sujet polémique ?
Éric Besson
Je pense effectivement qu'il y a des sujets sensibles qu'il faut manier avec tact et mesure dans certaines périodes et je souscris assez volonté à votre analyse.
Le Talk
Ce n'est pas un recul ?
Éric Besson
Ce n'est pas un recul, c'est de faire attention. On a une crise économique. On a des préoccupations sociales. On a une crise majeure dans les Antilles. Il y a des sujets qu'il faut manier avec précaution.
Le Talk
Les Antilles justement parce que vous êtes également ministre de l'Identité nationale. Au-delà de la composante sociale du conflit ou des problèmes d'ordre public qui se posent en ce moment, le mouvement de Guadeloupe ne pose-t-il pas une vraie question sur l'identité nationale ?
Éric Besson
Je ne le crois pas et je ne veux pas le croire. Les Antilles, c'est la France. Pour moi c'est une crise économique et sociale, et je ne voudrais pas, je ne suis pas dupe des agissements et des thèses d'une toute petite minorité localement qui voudrait le transformer en combat colonial supposé. Les Antillais, Guadeloupéens, Martiniquais veulent rester français, se sentent français à cent pour cent. Nous, nous considérons que les Antilles, c'est la France. Il ne doit pas y avoir de débat d'identité sur cette question.
Le Talk
Quand Élie Domota, le leader du mouvement qui monte l'agitation en Guadeloupe, accuse l'État de casser du nègres, cela appelle quelle réaction de votre départ ?
Éric Besson
C'est grotesque, et tout ce qui est grotesque est insignifiant.
Le Talk
Mais une grande part de la population le suit. On constate des affrontement durs entre les Noirs et les Békés sur place.
Éric Besson
Ramenons-le à ce que c'est, à mon avis, une préoccupation sociale, une préoccupation de pouvoir d'achat sur lesquelles le gouvernement par les négociations menées par Yves Jégo a déjà beaucoup bougé : le RSA par anticipation, la baisse du prix de l'essence, toutes les mesures que vous connaissez. Beaucoup a été fait, ça a chopé sur une revendication salariale : cette fameuse demande de 200 euros supplémentaires. Qui peut dire le rôle de l'État d'accorder?
Le Talk
L'enjeu n'est pas le sentiment d'appartenance à la France des populations locales.
Éric Besson
Je vous l'ai dit. Je ne le crois pas et je ne veux pas entrer dans ce type de débat. La France est métissée. La France est colorée. Elle l'est notamment par les Antilles. Il serait extrêmement dangereux d'entrer dans ce type de débat.
Le Talk
On termine par un autre sujet sensible, la proposition que vous avez faite d'offrir à des clandestins d'être régularisés en échange d'une dénonciation de leurs passeurs. Combien de filières espérez-vous ainsi démanteler ?
Éric Besson
Le Talk
Éric Besson, merci.