Pour Jean-François Lamour, il faut "profiter de cette crise profonde pour mener à bien les réformes"
Jean-François Lamour détaille dans son interview au Talk Orange-Le Figaro ce qu'il attend de l'intervention télévisée du chef de l'Etat alors que "les Français ne voient pas d'issue à la crise". Il estime indispensable de rester ferme sur les réformes à mener.
Par ailleurs, le président du groupe UMP au Conseil de Paris dénonce la gestion de Bertrand Delanoë et propose notamment de gérer le service minimum d'accueil au niveau des mairies d'arrondissement. En ce qui concerne l'avenir, il refuse d'évoquer le leadership à droite pour les prochaines municipales mais reconnaît les qualités de François Fillon. Pour les régionales, il soutiendra Roger Karoutchi.
Le Talk
Guillaume Tabard - Bonsoir, le Talk Orange-Le Figaro reçoit ce soir le président du groupe UMP au Conseil de Paris, Jean-François Lamour. Jean-François Lamour, bonsoir.
Jean-François Lamour
Jean-François Lamour - Bonsoir.
Le Talk
On va parler de Paris mais avant, dans deux heures maintenant, Nicolas Sarkozy va s'adresser à la télévision. Bien sûr, on ne peut pas encore commenter son intervention mais qu'est-ce que vous pouvez nous dire de ce que vous ressentez de l'inquiétude de l'opinion face à la crise ?
Jean-François Lamour
Les Français ne voient pas l'issue de la crise. Tout l'enjeu pour cette émission de ce soir pour le président, c'est faire de la pédagogie et il l'a toujours dit : surtout bien rappeler qu'il ne lâchera rien sur les réformes. Notre pays en a besoin, donc c'est cette articulation entre le besoin de réforme, la continuité de l'action du gouvernement, et François Fillon, puis ce besoin de pédagogie, d'accompagnement dans une période dont on sait qu'elle est loin d'être finie et que je ne dirai pas que le pire est devant nous mais en tout cas, que les inquiétudes sont de plus en plus profondes chez les Français.
Le Talk
On a eu entre 1 et 2 millions de personnes dans la rue. Aujourd'hui, les chercheurs et les enseignants-chercheurs qui demandent le retrait de la réforme Pécresse, est-ce qu'on peut encore réformer aujourd'hui la France ?
Jean-François Lamour
Il faut ! Ce n'est même pas la peine de se demander si on peut, il faut réformer. L'autonomie des universités est en route, le statut des enseignants-chercheurs doit également évoluer alors est-ce que l'évaluation faite par les présidents d'université doit être maintenue, Valérie Pécresse le souhaite parce qu'elle estime que c'est un gage de proximité et j'allais dire de dialogue avec les enseignants-chercheurs. Il y a certainement là aussi à travailler sur un certain nombre de mesures d'accompagnement mais vraiment je crois que si notre pays ne profite pas de cette crise profonde pour continuer son train de réformes alors vraiment, nous allons au-devant de gros gros problèmes dans les années qui viennent ?
Le Talk
Un mot sur l'affaire Kouchner c'est-à-dire sur les révélations de contrats obtenus avant qu'il ne soit ministre avec le Congo ou le Gabon. Bernard Kouchner s'est expliqué hier à l'Assemblée nationale et ce matin dans Le Figaro, est-ce qu'il vous a convaincu ?
Jean-François Lamour
Il a été - j'étais dans l'hémicycle bien sûr hier et j'ai écouté avec beaucoup d'attention comme beaucoup d'entre nous sa réponse - assez convaincant. Je dis simplement une chose sans connaître vraiment les tenants et les aboutissants, je n'ai pas lu le livre de Péan qui est très violent, brutal, semble-t-il par rapport à Kouchner, que tout ça va se terminer devant la justice. Je vois mal comment Bernard Kouchner va laisser entendre effectivement toutes ces allégations mais je vous dis il a été effectivement assez convaincant, on l'a vu peut-être légèrement excessif sur un certain nombre de ses positions mais plutôt convaincant.
Le Talk
Mais réclamer encore le dû de ces contrats encore aujourd'hui, intervenir pour cela en tant que ministre des Affaires étrangères, le risque de confusion avec le rôle de Christine Ockrent à la tête de France 24 et de RFI.
Jean-François Lamour
On voit bien la limite, l'équilibre est toujours très fragile, en particulier quand un ministre n'est pas fonctionnaire et qu'il ne revient pas ensuite dans le corps d'État qu'il a quitté pour devenir ministre de la République, donc c'est toujours très fragile, on le voit, l'enseignement principal, c'est toujours d'être le plus regardant et le plus précis possibles dans la fin de ces contrats et effectivement la prise en compte de l'intérêt général au travers une action ministérielle mais, je vous le répète hier, dans son propos qui était à la fois fort et équilibré, il a été assez convaincant, cela a été partagé par nombre de mes collègues qui étaient à côté de moi dans l'hémicycle.
Le Talk
Et donc selon vous, un départ du gouvernement ne s'impose pas à la fois pour préserver le gouvernement.
Jean-François Lamour
J'ai entendu François Fillon rappeler le soutien total du gouvernement et donc du premier ministre pour Bernard Kouchner. J'entends ce propos et au travers de cette réponse apportée à la question de Jean Glavany hier, il a, semble-t-il, les arguments à la fois pour répondre aux attaques, encore une fois, je pense que aujourd'hui, il est nécessaire qu'il aille devant la justice pour expliquer et s'exprimer encore plus fort et demander réparation mais en tout cas, pas quitter le gouvernement aujourd'hui.
Le Talk
A Paris, cela se tend entre l'UMP et le maire, Bertrand Delanoë. Lundi, vous avez claqué la porte du Conseil de Paris alors même que le maire proposait d'accorder de nouveaux pouvoirs aux maires d'arrondissement dont 8 sur 20 d'ailleurs sont UMP, c'est un peu paradoxal, non ?
Jean-François Lamour
La grande technique de Bertrand Dela noë, c'est le soi-disant qui se transforme en une simple séance d'information au Conseil de Paris. En gros, je vous présente le projet ficelé, vous l'acceptez tel quel et le débat n'existe pas. Nous avions fait un certain nombre de propositions, c'est d'ailleurs le vrai changement au sein du groupe UMP, c'est-à-dire que nous nous opposons mais nous faisons en permanence des contre-propositions. Nous avons une proposition de délibération.
Le Talk
Que demandez-vous qu'il ne vous pas accordé ?
Jean-François Lamour
De vrais pouvoirs budgétaires c'est-à-dire que nous demandons une enveloppe globale destinée aux maires d'arrondissement qui auront ensuite le pouvoir de redéployer au sein de ces enveloppes pour servir les intérêts au quotidien des habitants de leur arrondissement premièrement et ce que l'on appelle l'avis conforme c'est-à-dire quand il y a une décision prise, par exemple, sur de la préemption de terrain sur l'utilisation du service et de l'espace public, alors il faut que les maires d'arrondissement puissent donner un avis conforme et que donc le maire de Paris et les maires d'arrondissement convergent vers une décision commune. Or, aujourd'hui, ce n'est pas le cas, le maire de Paris nous propose un vague comité des territoires qui se réunit une fois tous les ans ou tous les six mois, même pas présidé par le maire mais par la première adjointe. Quand les Parisiens nous posent la question mais le maire ne vous voit pas tous les mois en configuration maire d'arrondissement ? Il les rencontre une fois de temps en temps, on voit bien qu'il y a la communication, l'expression soi-disant d'une ouverture et d'une décentralisation mais dans la réalité, le maire de Paris, en particulier après son échec à la tête du PS, veut reprendre Paris en main et centraliser tous les pouvoirs et il nous annonce un certain nombre d'évolutions qui sont finalement que de la poudre aux yeux.
Le Talk
Alors le même jour le tribunal administratif de Paris l'a enjoint de mettre en ?uvre le service minimum d'accueil à l'école, c'est une défaite pour lui et une victoire pour vous ?
Jean-François Lamour
C'est même plus qu'une défaite, c'est un camouflet. On a entendu le maire de Paris nous dire, ce n'est pas possible, on ne peut pas organiser le service minimum d'accueil. Je rappelle qu'en tant de crise, cela permet aux parents d'aller au travail en laissant leurs enfants dans de bonnes conditions d'encadrement, c'est un peu le bon sens. Le maire de Paris, pour des raisons purement idéologiques s'est opposé à la mise en place du service minimum d'accueil, il a prétexté des problèmes de sécurité, des problèmes d'encadrement mais tout ça, ce ne sont vraiment que des arguties, il est en capacité d'organiser en faisant appel à tout un bataillon d'animateurs qui disposent de diplômes nécessaires comme le Bafa ou le Bafd, vous savez, ce qui sert pour encadrer les colonies de vacances. Il y a un vivier incroyable à Paris donc maintenant le tribunal administratif lui demande?
Le Talk
Il en a les moyens !
Jean-François Lamour
Lui demande de déposer cette liste devant le recteur pour qu'ensuite, effectivement, le service minimum d'accueil puisse être organisé.
Le Talk
Il a dit qu'il le ferait. De son côté, elle la droite parisienne.
Le Talk
Il a dit qu'il le ferait, on attend de voir quand même parce que, à chaque fois, oui, oui, on va essayer et puis après oui, je suis désolé, on ne peut pas, ça, c'est du baratin, maintenant on veut et puis s'il ne veut pas, nous avons déposé un amendement qui a été voté dans le cadre de la loi sur le SMA, qu'il le confie aux maires d'arrondissement, les maires d'arrondissement sauront le mettre en place, sans aucun problème.
Le Talk
Alors la droite parisienne, elle de son côté, doit toujours régler son problème de leadership, la question est simple : en 2014, qui pour conduire la droite à Paris ?
Jean-François Lamour
Ce n'est pas la question aujourd'hui.
Le Talk
Mais cela se prépare à l'avance une élection !
Jean-François Lamour
Mais si nous mettons la charrue avant les boeufs, je crois que nous faisons mauvaise route. Aujourd'hui, il faut que nous soyons crédibles, audibles dans notre opposition. Nous l'avons été quand il a fallu combattre l'option du maire de Paris qui es d'augmenter de 9 % les impôts locaux pour 2009, nous avons fait des propositions, des contre-propositions crédibles, donc c'est à la fois une opposition qui est constructive dans un premier temps, un projet également et ensuite on pourra évoquer le leadership, si nous faisons l'inverse, alors le possible leader se fera couper la tête immédiatement puisqu'il ne pourra pas être porteur d'un projet crédible pour les parisiennes et les parisiens.
Le Talk
On a cité l'hypothèse d'un engagement sur Paris du premier ministre François Fillon, on parle aujourd'hui de Rachida Dati qui part comme numéro deux en Ile-de-France?
Jean-François Lamour
Pour le premier ministre, je vous réponds très clairement, le premier ministre, il a l'étoffe évidemment d'être pourquoi pas un jour candidat à cette charge, qui est une charge très lourde mais vous ne pensez pas qu'aujourd'hui, il le dit lui-même il a pas suffisamment à faire à Matignon. C'est son option et on le laisse travailler sous l'autorité du président de la République et le travail ne manque pas, il est totalement concentré sur cette charge mais si vous me demandez, est-ce qu'il en a l'étoffe, la carrure, la réponse est évidemment oui.
Le Talk
Et Rachida Dati ?
Jean-François Lamour
Rachida Dati, Christine Lagarde, ce sont deux nouvelles entrantes comme je le suis moi-même au Conseil de Paris avec beaucoup de tonus, beaucoup de dynamisme, on a besoin de ces nouveaux talents, ils doivent maintenant concrétiser et émerger, se construire un parcours parisien et ça, c'est la grande chance du groupe UMP à Paris, c'est justement de bénéficier à la fois d'élus compétents avec beaucoup d'expériences de terrain et puis de ces nouvelles arrivées qui vont, j'en suis certain, alimenter et construire un projet pour Paris
Le Talk
Avant les municipales à Paris, il y a les régionales en Ile-de-France, c'était mardi soir au Raincy, le premier duel entre Valérie Pécresse et Roger Karoutchi, on en regarde quelques images.
Jean-François Lamour
(Passage de la vidéo web du Figaro).
Le Talk
Ce n'est pas encore le grand amour, alors ma question est simple : le député UMP de Paris, Jean-François Lamour votera pour Roger Karoutchi ou pour Valérie Pécresse ?
Jean-François Lamour
Je fais partie d'une famille politique qui met toujours en avant le mérite, le travail, la connaissance des dossiers. Depuis le début, depuis l'annonce de sa candidature, j'ai dit à Roger Karoutchi qui m'a accueilli, c'était mon premier mandat en tant que conseiller régional en 2004, que je le soutiendrai, je n'ai pas changé d'avis. On a deux très bons candidats, l'intérêt des primaires, c'est que d'une part, cela fait vivre la démocratie dans notre groupe et notre famille de pensée, cela permet aussi aux deux candidats d'exprimer leurs talents.
Le Talk
Donc vous voterez Karoutchi.
Jean-François Lamour
Oui, je l'ai dit, je n'ai pas changé d'avis. Encore une fois, nous avons deux très bons candidats mais Roger a, à la fois, cette compétence et cette connaissance des dossiers, je crois que c'est important quand on veut porter ses valeurs au niveau national de pouvoir les exprimer dans la connaissance des dossiers au niveau régional mais pour autant, je le dis, ce sont d'une part les militants qui trancheront, c'est une très bonne chose pour l'UMP, pour notre façon d'envisager la politique et la démocratie au sein de notre parti, et on a là aussi deux candidats très différents mais qui sont capables d'exprimer, chacun de leur côté, des programmes et encore une fois une dynamique parce que, on parle de nos candidats mais regardons ce qui se passe actuellement avec M. Huchon, c'est le calme plat, encéphalogramme plat, il ne se passe rien à la région. La région est un simple tiroir-caisse pour un certain nombre de communes comme Paris, en particulier.
Le Talk
Verdict de cette primaire, le 22 mars.
Jean-François Lamour
Voilà au mois de mars, tout à fait.
Le Talk
Jean-François Lamour, merci et rendez-vous demain pour une nouvelle édition du Talk Orange-Le Figaro.