Le Talk
Guillaume Tabard - Bonsoir. « Diversité » est le mot du jour avec le discours de Nicolas Sarkozy sur l'égalité des chances et la nomination de Yazid Sabeg comme commissaire en charge de la promotion de cette égalité. Je ne sais pas si c'est un collègue de plus, pour vous, Christine Boutin, qui êtes ministre du Logement et l'invitée du Talk Orange-Le Figaro, ce soir. La diversité pour vous c'est quoi ? Est-ce la diversité ethnique telle qu'elle a plutôt été pratiquée en début de quinquennat ou la diversité sociale telle que Nicolas Sarkozy l'a davantage promue aujourd'hui ?
Christine Boutin
Christine Boutin - Vous avez la réponse. Entre l'ethnique et le social, il n'y a pas photo ; moi je choisis bien sûr le social. Je représente la droite sociale et humaine et je pense que, effectivement, il faut aller vers la diversité. Du reste c'est la tradition française : la Constitution française est très claire à ce niveau-là. Nous ne sommes pas les Américains. Nous n'avons pas une histoire à compenser. Il y a eu des discriminations aux États-Unis vis-à-vis des Noirs. Cela n'a jamais été le cas de la France, au contraire la République a assimilé tout le monde. Du reste la discrimination est un mot horrible quand on parle de l'homme et la diversité à laquelle fait appel le président, c'est la diversité qui est pour rétablir l'égalité républicaine.
Le Talk
Et les quotas de boursiers pour l'accès aux grandes écoles, est-ce une forme de discrimination positive ?
Christine Boutin
Moi, je n'ai pas voté la parité quand j'étais député, parce que je ne suis pas du tout favorable à ces quotas. Cela dit, il peut y avoir, pendant une période, nécessité de donner un coup de pouce à ceux qui sont en plus grande difficulté. Pourquoi pas ! Je suis membre du gouvernement donc je n'en dirai pas davantage, mais les quotas ne sont pas une bonne chose pour moi.
Le Talk
Fallait-il un commissaire de plus pour cela ?
Christine Boutin
Je connais très bien Yazid Sabeg. Il était chargé de l'évaluation de l'ANRU. C'est un homme de qualité.
Le Talk
L'ANRU c'est l'Agence de la rénovation urbaine.
Christine Boutin
Absolument. J'ai donc eu l'occasion de travailler avec lui. Il est très sensibilisé à tous ces problèmes de l'égalité. C'est un homme qui manifeste la réussite de ceux qui sont d'origine étrangère. Je trouve que c'est une très bonne nomination, bien sûr.
Le Talk
Venons-en maintenant au logement, votre secteur d'attribution. Le plan de relance, annoncé par Nicolas Sarkozy, tourne beaucoup autour de la question du logement, mais il n'a pas retenu l'une de vos propositions qui était de baisser de manière forte la TVA dans le secteur, de le mettre à 5,5, comme beaucoup de professionnels le réclamaient. Regrettez-vous cet arbitrage ?
Christine Boutin
C'est une apparence. J'avais demandé la TVA à 5,5 pour toute la construction neuve, comme les professionnels. En réalité, le président a pris tous les outils que je lui avais proposés dans ma boîte à outils. La TVA à 5,5, il ne l'a pas prise telle qu'elle. Quand on regarde bien les produits qu'il a retenus, il faut que nous construisions en 2009, 200 000 logements, qui sont sous TVA 5,5. Moi, je dis que c'est très bien. En réalité, il faut déjà réaliser les 200 000 logements à TVA 5,5 et cela permet de flécher bien davantage, puisque nous voulons et le président de la République veut aussi une évaluation de ce plan de relance. Ce n'est pas simplement des affichages, mais il faut suivre la réalisation. Ce qu'il a choisi permet de dire que la TVA à 5,5 est bien là puisque 200 000 logements doivent être construits.
Le Talk
Faut-il faire d'autres mesures pour relancer le logement ? On a vu lundi, vous étiez avec François Fillon, le premier ministre a remis 350 millions d'euros, ce qui n'est pas rien pour la rénovation urbaine. Va-t-il falloir comme ça régulièrement?
Christine Boutin
En ce qui concerne l'Agence de rénovation urbaine, le premier ministre a rajouté 350 millions, c'est une très bonne chose. C'est vrai qu'on s'engage à honorer les 12 milliards sur lesquels des conventions ont été signées. Certains disaient que ce n'était pas suffisant, etc., il a donc été rajouté 350 millions. C'est simplement pour montrer à quel point ce plan de relance n'est pas du vent. Nous, on travaille sur le hard, c'est-à-dire sur le dur, sur ce qui va être construit, ce qui va ajouter du patrimoine à notre société. 350 millions supplémentaires, ce sont pour des projets nouveaux qui doivent être réalisés en 2009 dans le cadre de la rénovation urbaine. Parfois certains projets étaient au point mort pour des raisons administrative. Les 350 millions pourront permettre de dégager cela. Car il faut que ces 350 millions soient consommés en 2009. Cela a été dit très clairement.
Le Talk
Patrick Devedjian y veillera. Cela rentre dans sa fonction. Parallèlement votre loi sur le logement, qui a déjà été votée au Sénat, devait arriver à l'Assemblée. Puis, notamment à cause de l'obstruction sur la loi audiovisuelle, c'est reporté. Savez-vous quand la loi arrivera à l'Assemblée ?
Christine Boutin
Non, je ne sais pas exactement et je suis catastrophée. Je vous le dis clairement parce que la loi a été en urgence donc il y a eu qu'une seule lecture au Sénat et à l'Assemblée. Au Sénat, elle a été votée en octobre et depuis le mois d'octobre j'attends qu'on l'inscrive à l'Assemblée nationale. Au retour, là c'est le dimanche, le 6 janvier ça va être le plan de relance qui est obligatoire. Ensuite il y a la loi organique qui est indispensable pour être en harmonie avec la Constitution et fixer le règlement intérieur de l'Assemblée nationale et du Sénat.
Le Talk
Et cela prime sur le logement ?
Christine Boutin
C'est obligatoire parce que je crois qu'ils ont une date limite. Ils sont obligés de le passer. Ensuite, je ne sais pas si le dimanche ce sera terminé, mais j'espère que si le dimanche n'est pas terminé ? ce qui est possible ?, le logement passera avant. Honnêtement, il y a une urgence, c'est une question de gestion du temps. Le logement, c'est immédiatement qu'il faut avoir les conséquences économiques. Le dimanche, ça a des conséquences économiques mais c'est beaucoup plus étalé dans le temps. Maintenant, ce n'est pas moi qui décide de l'ordre du jour.
Le Talk
Le dimanche, puisqu'on en parle, évoquons-le. Beaucoup de nos internautes s'interrogent là-dessus. Certains vous disent qu'au sein du gouvernement vous représentez la sensibilité chrétienne et qu'on ne vous entend pas énormément sur cette question du travail du dimanche.
Christine Boutin
Il faut faire un petit peu plus attention, je crois que j'ai un suppléant qui a été dans les têtes de files?
Le Talk
Mais vous-même comme membre du gouvernement ?
Christine Boutin
Il y a une solidarité dans le cadre du gouvernement. Je crois qu'il est assez normal de jouer la solidarité. Tout le monde sait très bien que je n'étais pas favorable à ce texte sur le dimanche. Maintenant le texte tel qu'il est présenté aujourd'hui, ce n'est plus du tout celui d'origine. Je crois que le travail parlementaire est là. Maintenant les choses sont acceptables.
Le Talk
Ce qu'il reste de la loi Mallié vous convient ?
Christine Boutin
Oui.
Le Talk
Revenons tout de même au logement. Nos internautes ont également beaucoup de questions ou de solutions à vous proposer. Il y en a un qui vous propose des solutions très concrètes : par exemple de favoriser l'expulsion des mauvais payeurs pour favoriser la mobilité des locations, de combattre la rétention de terrain par les maires, de faire baisser les loyers de manière autoritaire et forte pour lancer la consommation. Est-ce réaliste tout ça ? Il y a beaucoup d'idées.
Christine Boutin
C'est normal on est tous concernés. Il y a trois principes fondamentaux pour l'homme : avoir à manger, avoir un toit et du travail. Moi je m'occupe à la fois de l'alimentaire et du logement. On est tous concernés par le logement et on a tous des tas d'idées. Je ne peux pas rentrer dans le détail, mais, en ce qui concerne l'expulsion des mauvais payeurs, d'abord il faut savoir qu'en ce qui concerne l'expulsion il y en a beaucoup moins que de personnes qui sont en cessation de paiement de loyer. Le problème n'est pas là. On est en train de travailler sur une garantie du risque locatif qui assure au propriétaire de toujours avoir son loyer payé et, quand il y a un accident de loyer, que la personne soit suivie personnellement afin de savoir quel est celui de mauvaise foi et celui de bonne foi de façon à accompagner celui qui est de bonne foi et véritablement tirer les conséquences pour celui qui est de mauvaise foi.
Le Talk
Hier, depuis votre ministère, des représentants des grandes familles religieuses et même de loges maçonniques ont lancé un appel aux propriétaires de logements vacants pour les inciter à louer leurs logements, notamment pour des associations. Combien de logements sont concernés ?
Christine Boutin
C'est très difficile. C'est appel est historique. Il a rassemblé les chrétiens, les juifs, les musulmans, les loges maçonniques, pour un appel aux propriétaires privés pour trois mesures que j'appellerais des outils de générosité afin de rapprocher ceux qui ont des logements des plus démunis, ceux qui ont des logements pour investir dans les logements très sociaux. Ce sont trois mesures de proposer, dont l'intermédiation locative qui est en fait un système prévu dans la loi que je présente et qui va être étendu aux logements sociaux afin de permettre à des associations d'être l'intermédiaire vis-à-vis du bailleur, qui autrement ne met pas son logement sur le marché et les plus démunis. Combien cela représente-t-il ? Je n'en sais rien. Plusieurs milliers. Il est impossible de savoir car vous savez qu'aujourd'hui il y a des propriétaires, qui sont des petits propriétaires bien souvent, qui préfèrent ne pas risquer avoir un impayé de loyer et laisser vacant son logement. Quand on voit la nécessité de loger les gens, il faut trouver toutes les bonnes solutions. Cela aussi c'est une course vis-à-vis du temps.
Le Talk
On sent l'appel aux bonnes volontés finalement.
Christine Boutin
Oui, aux bonnes volontés et aussi un appel moral. On ne peut pas parce qu'on a peur de ne pas être payé ne pas permettre aux plus démunis d'être logés.
Le Talk
Deux autres SDF ont été retrouvés morts dimanche et mardi matin. Cette question on l'abordait lundi, avec Augustin Legrand qui était à votre place et on l'écoute rapidement (passage vidéo). Où en est-on de la réflexion que vous aviez vous-même annoncée sur l'hébergement obligatoire des sans-abri ?
Christine Boutin
Il y a eu une réunion de cabinet, comme le président l'avait proposé, entre le cabinet du Premier ministre, le mien et les associations mais elle n'a pas encore abouti. La véritable question est de savoir où on place le curseur entre la liberté individuelle et la non-assistance à personne en danger, qui relève du pénal.
Le Talk
Mais l'équation est posée depuis le début. Avez-vous trouvé une solution ou pas ?
Christine Boutin
Non. Pour l'instant, la réponse n'est pas donnée parce qu'elle n'est pas simple. J'attends des réflexions des uns et des autres pour apporter une réponse. Mais dès que j'ai posé cette question-là, cela a été la révolution. On a vu tout le monde exploser, parce qu'en France, et moi-même je suis très attachée à la liberté individuelle, mais on ne peut pas laisser mourir les gens dehors, quand on est le cinquième pays du monde. Or, aujourd'hui, on a les possibilités de mettre les gens à l'intérieur. Du reste, quand vous faites allusion à tous ces morts, en réalité ce sont des personnes qui étaient connues des services des maraudes et à qui on avait proposé un hébergement et qui l'ont refusé.
Le Talk
On termine par un petit point de politique. On entend beaucoup de critiques aujourd'hui sur plusieurs femmes du gouvernement. Il y avait aujourd'hui un déjeuner de femmes ministres, était-ce pour vous serrer les coudes dans l'épreuve.
Christine Boutin
Non, Christine Lagarde est une grande dame et en fait elle a voulu nous rassembler. C'était agréable, mais on n'a pas beaucoup de temps parce qu'en fait on a très peu de temps de disponible en tant que ministre. On a parlé de choses sérieuses. Ça fait du bien d'être ensemble, mais on n'a parlé ni de rumeurs ni de ragots.
Le Talk
Vous même êtes-vous assurée sur votre avenir au ministère du Logement ?
Christine Boutin
Vous savez c'est le président de la République qui décide. Moi je suis une femme libre, je fais mon travail à fond. Je pense que je réponds aux objectifs qu'il avait donnés. Je suis très tranquille, vous savez.
Le Talk
S'il ne tient qu'à vous, vous souhaitez rester durablement dans ce ministère ?
Christine Boutin
Bien sûr, je souhaite rester comme responsable, déjà pour mettre ma loi en place, qu'elle soit voter, qu'on aille jusqu'à la fin du cursus. Et puis ensuite le président décidera : ça peut être là, ça peut être ailleurs ou pas du tout. Moi, j'essaie de servir mes concitoyens.
Le Talk
Christine Boutin, merci et rendez-vous demain pour une nouvelle édition du Talk Orange-Le Figaro. Bonsoir.