Le Talk
Anne Fulda - Bonsoir et bienvenue au Talk Orange-Le Figaro. Nous recevons ce soir Claude Allègre, ancien ministre de l'Éducation nationale qui est aujourd'hui chargé par Nicolas Sarkozy d'une mission sur la recherche et l'innovation. Il vient également de faire paraître un livre Figures de proue chez Plon. Bonsoir, Claude Allègre.
Claude Allègre
Claude Allègre - Bonsoir.
Le Talk
Dans le livre qui vient de paraître, vous retracez le destin de quelques acteurs qui ont, selon vous, transformé le XXe siècle. On trouve de Gaulle, Deng Xiaoping, Mandela ; pas franchement de personnalités de gauche françaises. Il n'y en a aucune qui ait transformé le monde ?
Claude Allègre
Je ne pense pas que Mandela soit une personnalité de droite. Je ne pense pas non plus que Gorbatchev soit une personnalité de droite. Il y a le général de Gaulle pour une raison tout à fait particulière, c'est comme constructeur de l'Europe. Parce que l'Europe est une des grandes choses aujourd'hui dans le monde et il fallait quelqu'un pour la construire. C'est lui qui a construit l'Europe telle qu'on l'a fait, contrairement à tout ce qu'on raconte : Monnet et tout ça. L'Europe réelle, ça a été construit à partir de l'axe franco-allemand, c'est-à-dire du traité de l'Élysée en 1963. C'est lui qui l'a construit.
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Aujourd'hui ces notions droite, gauche ont-elles encore un sens ? Vous n'avez plus votre carte du Parti socialiste depuis le 1er janvier dernier. Comment vous définissez-vous ?
Claude Allègre
Je pense que la gauche et la droite cela a un sens. Cela ne veut pas dire que les gens de droite et que les gens de gauche sont classés où ils devraient être forcément. Oui, il y a toujours dans le monde entier un parti du progrès, un parti qui veut avancer et un parti conservateur, qui ne veut pas changer.
Le Talk
Aujourd'hui le parti du progrès est-ce le PS, est-ce l'UMP ?
Claude Allègre
Je pense que les deux contiennent à la fois des progressistes et des conservateurs. Le problème qui a modifié cette idée générale philosophique, c'est le problème de la gestion économique communiste et libérale. On a mélangé le problème du libéralisme avec la droite, ce qui n'est pas forcément vrai, et la partie de l'étatisme avec la gauche. Je crois qu'il y a un mélange mais les choses sont en train de se clarifier.
Le Talk
Visiblement la carte d'adhérent à 20 euros, ce n'est pas ça qui va vous faire revenir au Parti socialiste. Vous avez donc l'impression qu'il n'y a pas assez de progressistes au Parti socialiste aujourd'hui ?
Claude Allègre
J'ai quitté le Parti socialiste à partir du moment où Ségolène Royal a été désignée comme candidate. Je ne l'ai pas fait officiellement parce que mon ami Jospin m'avait demandé de ne pas le faire pour ne pas troubler. Mais j'ai écrit un livre qui était clair sur le sujet et j'ai fait campagne contre elle. C'est clair. Je considère qu'un parti qui est amené à choisir Ségolène Royal, sans véritable programme mais avec beaucoup de talents de communication, beaucoup d'intelligence de communication mais pas de fond, ça ne m'intéresse plus. Je souhaite qu'il y ait un Parti socialiste fort et je ne trouve pas dans ce qui se passe aujourd'hui des bases idéologiques pour cela. Par ailleurs, je le dis nettement, je suis très favorablement impressionné par le dynamisme et le pragmatisme de notre président de la République. Par conséquent, j'essaie modestement dans cette mission de l'aider parce je crois qu'il est capable de faire bouger les lignes. C'est aussi simple que ça.
Le Talk
Un petit mot encore sur le Parti socialiste. Martine Aubry a gagné la partie à la tête du PS mais on a l'impression que Ségolène Royal se pose en perdante magnifique. Il y a une question d'internaute qui demande à ce sujet, il s'appelle Garogorille : « Êtes-vous sensible au mot fraternité ? »
Claude Allègre
Bien sûr j'y suis sensible.
Le Talk
Et à la fraternité incarnée par Ségolène Royal, non ?
Claude Allègre
Non, c'est une question qui manque au Parti socialiste. Beaucoup trop de gens n'ont pas le sens de la fraternité. Je pense que bien sûr c'est un mot très important pour moi.
Le Talk
Diriez-vous toujours, comme vous l'aviez écrit dans La Défaite en chantant que Ségolène Royal est « égotique, impatiente, inconstante, incompétente et vraiment intéressée par une seule chose elle-même ». Vous n'avez pas changé d'avis ?
Claude Allègre
À votre avis, vous croyez que j'ai changé d'avis ? Non, je n'ai pas changé d'avis. Encore une fois je ne fais pas partie des gens qui pensent qu'elle n'a pas de talent. Elle a du talent, mais ce n'est pas le talent que personnellement j'attends d'un chef d'État.
Le Talk
Vous venez de dire à l'instant que Nicolas Sarkozy est dynamique et pragmatique, allez-vous prendre votre carte de l'UMP ?
Claude Allègre
Non, je ne prendrai plus jamais de carte d'un parti politique.
Le Talk
Plus jamais ?
Claude Allègre
Non. Vous savez c'est très difficile pour un intellectuel de prendre une carte d'un parti politique. Ça a été pour moi très difficile, pourtant j'ai une carte pendant trente-cinq ans au Parti socialiste.
Le Talk
En tout cas l'ouverture est plus tendance que jamais, Nicolas Sarkozy en a fait l'éloge au moment de la fondation du parti de Jean-Marie Bockel, La Gauche moderne, et François Fillon a également abondé dans ce sens et nous allons l'écouter (passage vidéo). Vous n'êtes pas sans l'ignorer. Vous faites partie des noms qui se murmurent dans le microcosme parisien comme l'une des futures recrues du gouvernement Fillon pour illustrer cette ouverture. Alors oui ou non il y a des contacts ? Vous avez déjà refusé une fois.
Claude Allègre
Je n'ai rien à dire là-dessus.
Le Talk
Vous n'avez pas d'opposition viscérale au fait de travailler dans un gouvernement aménagé par François Fillon ?
Claude Allègre
Pour l'instant, ce n'est pas ce qui me préoccupe. Pour l'instant, j'ai cette mission. Ce soir je pars à Londres. Jeudi, je vais aller à Rome. J'essaie de faire en sorte qu'on fasse de l'innovation et de la recherche la base de la relance. J'ai travaillé avec Nicolas Sarkozy directement. Il m'a donné un certain nombre d'arbitrages, de choses sur lesquelles nous travaillons. Je travaille là-dessus car je crois que l'urgence aujourd'hui ce n'est pas les problèmes d'ouverture, le problème c'est la crise. Je voudrais qu'on se mobilise là-dessus et moi je fais le maximum. Je ne suis pas Zorro. Je ne vais pas tout transformer. Je pense qu'il faut transformer cela. Je crois que l'Europe a une potentialité mais je pense qu'elle a aussi beaucoup de défauts et beaucoup de lourdeur psychologique pour aller vers l'innovation comme le font nos amis américains.
Le Talk
Trouvez-vous que Nicolas Sarkozy s'en sort plutôt mieux que s'en sortirait un homme ou une femme de gauche quels qu'ils soient à la tête de l'État en cette période de crise ?
Claude Allègre
Il n'y a pas photo. Ni de droite ni de gauche.
Le Talk
Il s'en sort bien.
Claude Allègre
Il est formidable. Sur le plan de la crise, moi je me promène en Europe, je peux vous dire que c'est l'opinion de tous les gens que je rencontre en Europe. Il n'y a pas de doute là. C'est lui qui a imposé aux Américains le G2.? Il n'y a rien à dire. On peut ne pas être d'accord sur tout forcément, mais là il n'y a pas de discussion. D'ailleurs c'est ressenti par tout le monde.
Le Talk
Il y a quelques mois vous aviez comparé les huit premiers mois de Nicolas Sarkozy à la tête de l'État à ceux de Giscard en 1974 ou à ceux du général de Gaulle en 1958. Vous aviez ajouté que la question était de savoir si Sarkozy allait continuer comme de Gaulle ou s'arrêter comme Giscard. Alors aujourd'hui êtes-vous en mesure de dire qu'il est parti? ?
Claude Allègre
Pour l'instant il continue. Compte tenu de ses qualités, la crise lui permet de les épanouir formidablement, parce qu'il a les qualités pour réagir en tant de crise. C'est bien. En tous les cas, personnellement, je ne fais pas la fine bouche. Ça ne veut pas dire encore une fois que je sois d'accord sur absolument tout.
Le Talk
Justement sur quoi n'êtes-vous pas d'accord ? Par exemple, la réforme de l'audiovisuel ?
Claude Allègre
Ah, non pas du tout.
Le Talk
Vous êtes d'accord ou pas d'accord ?
Claude Allègre
Bien sûr que je suis d'accord.
Le Talk
Vous trouvez normal que le président de la République nomme directement les présidents des sociétés d'audiovisuel.
Claude Allègre
Et qu'a-t-il fait dans le passé ?
Le Talk
Vous trouviez qu'auparavant c'était hypocrite ?
Claude Allègre
Il va avoir beaucoup plus de difficulté maintenant parce qu'il va falloir qu'il l'annonce par avance, que le Sénat et l'Assemblée se prononcent. Cela va limiter son pouvoir.
Le Talk
Le travail dominical ?
Claude Allègre
J'ai milité pour quand j'étais au gouvernement
Le Talk
Le projet qui n'est pas un projet gouvernemental mais de pouvoir mettre en prison des mineurs de 12 ans ?
Claude Allègre
Cela me pose problème, oui. Ce n'est pas un problème facile. En tant qu'ancien ministre de l'Éducation nationale j'ai toujours tendance à penser que la prison n'est pas le meilleur système. Je ne suis pas un fanatique là-dessus.
Le Talk
Dernière question : les négociations sur le climat ont commencé aujourd'hui à Poznan. Craignez-vous, même si vous avez une position un peu nuancée sur le réchauffement climatique, que le combat écologique passe au second plan avec la crise économique ?
Claude Allègre
Non, je pense qu'il faut limiter les émissions de gaz carbonique de toute manière. Il n'y a pas une extrême urgence à le faire, mais ce qui n'est pas bon c'est de reprendre des choses comme le protocole de Kyoto qui n'a servi à rien. Ce n'est pas ça qu'il faut faire.
Le Talk
Le protocole de Kyoto n'a servi à rien ?
Claude Allègre
Bien sûr que non puisqu'il devait réduire les émissions de gaz carbonique et qu'elles ont été multipliées par trois. Ce n'est donc pas la bonne méthode. La méthode c'est de capturer le gaz carbonique et de l'enfuir dans le sol. Ce sont des mesures qui sont des mesures de limitation du gaz carbonique. Je ne suis pas contre qu'on discute de limiter le gaz carbonique. Je dis simplement pas avec le protocole de Kyoto.
Le Talk
On vous invitera une prochaine fois pour que vous nous expliquiez comment on enfouit le gaz carbonique dans la terre. Merci Claude Allègre et à demain pour une nouvelle édition du Talk Orange-Le Figaro.