Le Talk
Anne Fulda - Bonsoir, bienvenue au Talk Orange-Le Figaro, nous recevons ce soir Henri Emmanuelli, député socialiste des Landes et qui présente une motion intitulée Reconquête lors du Congrès de Reims, du Parti socialiste. Bonsoir Henri Emmanuelli.
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Anne Fulda - Bonsoir, bienvenue au Talk Orange-Le Figaro, nous recevons ce soir Henri Emmanuelli, député socialiste des Landes et qui présente une motion intitulée Reconquête lors du Congrès de Reims, du Parti socialiste. Bonsoir Henri Emmanuelli.
Henri Emmanuelli
Henri Emmanuelli - Bonsoir.
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Tout de suite, nous allons regarder ces quelques images :
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Le président de la République a annoncé qu'il allait faire appel puisque finalement, sa poupée vaudoue reste en vente, est-ce que vous trouvez qu'il n'a pas d'humour, notre président ?
Henri Emmanuelli
Écoutez, je ne le comprends pas franchement, moi je trouve ça plutôt amusant ou bien on juge cela amusant ou bien on juge cela inintéressant en disant cela n'amuse que les gogos qui ont acheté la poupée mais de là à mobiliser les foudres de la justice.
Le Talk
Vous ne croyez pas qu'on peut essayer de respecter l'image du président de la République, cela n'a aucun rapport ?
Henri Emmanuelli
Je ne pense pas qu'elle est atteinte par ce genre de chose, il y aurait eu des injures publiques mais écoutez, la poupée vaudoue, c'est pour amuser.
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François Mitterrand n'aurait pas fait cela ?
Henri Emmanuelli
François Mitterrand, la poupée vaudoue, je me demande s'il n'aurait pas consulté un connaisseur pour savoir comment on pouvait se servir de la poupée vaudoue.
Le Talk
Pour une fois, vous devez être d'accord avec Ségolène Royal : elle a dit ce matin que la prochaine fois il attaquera Le Canard Enchaîné ou Les Guignols de l'Info ?
Henri Emmanuelli
Je ne sais pas pourquoi il réagit comme cela, franchement parce que on est président de la République, on ne peut pas tout prétendre régenter y compris les détails, alors on sait bien qu'on prendra des coups, que dans ces coups, il y en aura qui seront de plus ou moins bonne qualité mais je pense qu'il faut se tenir au-dessus de ça, au-dessus de la mêlée.
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En tout cas, il y a un endroit où il faut avoir de l'humour, c'est le Parti socialiste en ce moment parce qu'il est décrit comme un parti moribond, sans ressort parce que les coups partent dans tous les sens. Lorsque Nicolas Sarkozy, à la faveur de la crise financière, défend l'interventionnisme de l'État, lorsqu'il plaide pour un capitalisme refondée, finalement il marche sur vos plates-bandes, finalement ce n'est pas évident ?
Henri Emmanuelli
Non, il préserve ses copains, ce n'est pas tout à fait pareil parce que moi, je regarde le détail de ce qui est fait et on peut en parler si vous voulez parce que c'est un sujet vraiment d'actualité, M. Strauss-Kahn vient de faire une interview et aurait des choses à dire aussi. Non, on n'est pas en train de refonder le capitalisme ou de redessiner l'architecture du système financier, on est en train d'essayer de sauver les acteurs du système financier, les acteurs actuels. Je prends un exemple concret : on dit, on va mettre 10,5 milliards pour venir en aide aux banques, la fameuse société de participations mais que fait-on ? Est-ce qu'on prend du capital dans les banques, pas du tout, on émet des titres qui s'appellent les TSS, je ne vais pas entrer dans les détails techniques c'est entre l'action et l'obligation mais cela a un avantage formidable pour les banquiers, c'est que cela leur rapporte de l'argent mais que cela ne touche pas au capital, donc cela ne dissout pas leur pouvoir dans l'entreprise. Donc, en réalité, on a puisé - je ne dirai pas dans la caisse publique parce que, en l'occurrence il s'agit plutôt d'une signature - mais on puisé dans la sécurité publique pour venir conforter la situation de (inaudible). Deuxième exemple : on dit, on fait une société pour aider les banques à se prêter entre elles, la SFEF, mais là, c'est pareil, cette société ne repose que sur la signature de l'État, c'est-à-dire sa garantie publique. Cette société emprunte avec la signature de l'État et prête aux banques donc c'est la signature de l'État qui lui donne 100 % de sa raison d'être et de sa justification économique. Qui est majoritaire dans cette société ? L'État, non ? C'est le secteur privé, 64 % pour les banquiers et amis, et 34 % pour l'État, c'est aberrant. On n'a jamais vu, dans le privé, le minoritaire être le patron.
Le Talk
Vous parlez des banquiers amis, néanmoins, il y a des banquiers qui ont été sacrifiés !
Henri Emmanuelli
J'ai dit amis au sens large, je ne parle pas des personnes une par une.
Le Talk
A la Caisse d'Épargne, il y a des présidents de banque qui ont été sacrifiés sur l'autel de la crise et du temps où vous, vous avez commencé il y a longtemps, une éternité à la Banque Rothschild, jamais on n'aurait imaginé un tel scénario ?
Henri Emmanuelli
C'est-à-dire, qu'à la banque Rothschild, à l'époque où j'y étais
Le Talk
Ce que l'on ne sait pas beaucoup d'ailleurs !
Henri Emmanuelli
On n'aurait pas imaginé appeler l'État au secours pour venir renflouer nos bêtises. J'en ai connu des bêtises, j'ai connu des amendes fortes, j'ai connu des échecs aussi sur certaines opérations industrielles ou financières, on n'allait pas pleurer chez l'État pour se faire renflouer. Alors aujourd'hui, je conviens que c'est différent, il y a une crise internationale, un risque systémique mais ce que je constate, je répète, et je me mets en garde toutes celles et ceux qui pourraient s'imaginer que M. Sarkozy s'est converti à la social-démocratie, non, ce n'est pas fait pour refonder le système, c'est fait pour sauver les «amis», pris au sens générique du terme.
Le Talk
Hum, hum !
Henri Emmanuelli
Vous dites hum ! Vous n'avez pas l'air convaincu.
Le Talk
Je dis passons à la question suivante !
Henri Emmanuelli
Une société qui prête, qui doit tout à l'État et où c'est le privé qui est majoritaire, c'est quand même, jamais on n'aurait rêvé de cela chez Rothschild.
Le Talk
Chez Rothschild, vous rêviez d'être un jour à la tête d'une motion qui s'appelle Reconquête avec Benoît Hamon, de la gauche de la gauche, vous l'auriez imaginé ?
Henri Emmanuelli
Non, pas forcément, à l'époque je ne rêvais de rien, je faisais mon métier.
Le Talk
C'est assez étonnant comme parcours !
Henri Emmanuelli
Je gagnais ma vie, et je la gagnais bien, je gagnais autant d'argent qu'aujourd'hui, vous voyez, à 32 ans, j'ai eu tort, quoi.
Le Talk
Vous regrettez ?
Henri Emmanuelli
J'ai eu tort de ne pas y rester parce que je serais bourré de stock-options, aujourd'hui.
Le Talk
Vous regrettez ?
Henri Emmanuelli
Non, pas du tout, à quoi ça sert de regretter sa vie lorsqu'on l'a vécue, non.
Le Talk
Est-ce que, parce que lorsqu'on vous entend, vous êtes pour une vraie gauche, vous n'êtes pas très à l'aise dans le Parti socialiste, aujourd'hui. Pourquoi vous n'allez pas chez Besancenot ? D'ailleurs on va écouter quelques paroles de Besancenot :
Henri Emmanuelli
La vidéo web du jour :
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«La vraie force de Sarkozy, dans cette rentrée, ce n'est pas qu'il est partout, c'est qu'il y a une partie de la gauche qui est nulle part et qu'on aimerait enfin voir dans la rentrée, dans les luttes (applaudissements)».
Le Talk
Voilà pourquoi je ne suis pas chez Besancenot.
Le Talk
Cela était en novembre.
Henri Emmanuelli
Parce que l'objectif de sa formation politique, ce n'est pas de gouverner la France, ce n'est pas de prendre ses responsabilités ou comme on dit de mettre les mains dans le cambouis, c'est de faire de l'agitation tribunitienne et vous avez vu que son premier adversaire, ce n'est pas Sarkozy, c'est le Parti socialiste.
Le Talk
Oui
Henri Emmanuelli
Évidemment, c'est pour cela d'ailleurs que les médias français l'aiment bien, et que M. Sarkozy, à mon avis, doit faire passer le message, surtout vous le montrez le plus souvent possible.
Le Talk
Je vous dis qu'on ne répond pas aux messages de M. Sarkozy.
Henri Emmanuelli
Mais pas ici, pas au Figaro, pas ici !
Le Talk
Bien sûr, voilà.
Henri Emmanuelli
Pas ici !
Le Talk
On ne répond pas aux messages de M. Sarkozy, on n'a pas besoin de M. Sarkozy pour voir que n'empêche que c'est une sacrée épine dans le pied du Parti socialiste.
Henri Emmanuelli
Épine, non. Écoutez, il vient d'y avoir les élections, deux fois, là au mois de mars, vous avez eu l'impression de l'émergence d'une force politique, non. L'émergence, je la vois dans les sondages, je la vois dans certains médias, je retire médias en général, je suis d'accord, la presse écrite, c'est différent mais en fait, certains médias télévisuels me paraissent quand même assez sous influence. Je retire donc pour la presse écrite mais franchement, vous avez le sentiment que après ces élections, vous avez vu émerger une force politique, moi, je n'en ai pas vu !
Le Talk
On a quand même l'impression qu'au Parti socialiste, il y a une course à l'échalote vers la gauche de la gauche.
Henri Emmanuelli
Aux législatives, vous avez vu ce que donnait l'extrême gauche. Aux municipales, élection nationale, vous avez vu ce que cela donnait aux élections présidentielles, ensuite vous avez vu les élections locales, et on maintient la fiction de l'émergence d'une force considérable sur notre gauche. Sur la gauche gauche, comme vous dites vous, c'est vous qui dites cela, moi je ne dis jamais, la gauche gauche, je dis la gauche tout court, je vais même plus loin, je dis que à gauche toute, si on fait cela sur un bateau, si on met la barre à gauche toute, on fait des ronds dans l'eau. Je n'ai jamais dit à gauche gauche. Simplement, ce qui m'a amené à gauche, c'est l'idée fondamentale que la richesse doit être distribuée sinon on va vers des systèmes invivables et nous sommes en train de le vivre parce que, concrètement à ce que l'on raconte, la crise, ce n'est pas seulement l'hypertrophie du crédit, la vraie question, c'est pourquoi on a dû recourir à l'hypertrophie du crédit ? Parce que le salaire médian américain, depuis quinze ans, n'a pas progressé en pouvoir d'achat donc comme il n'y avait plus de pouvoir d'achat, une fois que les Américains ont eu «bouffé leur épargne», ils leur restaient plus qu'à emprunter et pour alimenter la chaudière de la croissance, on a lâché le crédit, on a fait baisser les taux parce qu'il fallait que la machine continue à tourner.
Le Talk
Qu'est-ce que vous auriez prôné comme solution ?
Henri Emmanuelli
Au lieu d'avoir 10 % de la richesse qui est passé des salaires aux actionnaires, si on avait appliqué le principe de M. Ford, qui n'était pas un gauchiste, à savoir que si on veut que les salariés achètent des voitures, il faut bien les payer, on n'en serait pas là. Si on avait aussi appliqué le critère de M. Morgan, le fondateur de la banque Morgan, au XIXe siècle qui disait : «Je considère que les salaires, cela ne doit pas être dans une échelle supérieure de 1 à 20, moi fondateur de la banque, je ne dois pas gagner 20 fois plus que le moins payé de ma banque, on n'en serait pas là.
Le Talk
Dernière question, Michel Rocard a indiqué hier qu'il n'excluait pas de quitter le Parti socialiste si Ségolène Royal devenait premier secrétaire, et vous ?
Henri Emmanuelli
Moi Michel Rocard, j'ai envie de lui dire : arrête un peu, quoi !
Le Talk
Donc, vous, vous restez !
Henri Emmanuelli
Arrête un peu, cet été, au mois d'août, j'ai vu Michel Rocard, à la tête d'une manifestation anticorrida à Bayonne où il y avait 30 personnes.
Le Talk
C'est-à-dire qu'il faut savoir décrocher !
Henri Emmanuelli
J'ai envie de lui dire : repose-toi un peu et repose-nous ! (Rires).
Le Talk
Vous, vous restez au PS si Ségolène Royal est le premier secrétaire.
Henri Emmanuelli
Je ne lance pas ce genre d'anathème sur une personne, Ségolène Royal, ce n'est pas le problème de la personne Ségolène Royal, parce qu'elle n'est pas toute seule Ségolène Royal, si Ségolène Royal était toute seule, on n'en parlerait pas d'abord, donc ce n'est pas elle le problème, le problème, c'est une ligne politique, si la ligne politique d'alliance avec le MoDem devait l'emporter au Parti socialiste, je m'y sentirais mal, cela je peux le dire, oui.
Le Talk
Merci Henri Emmanuelli et à demain pour une nouvelle édition du Talk Orange-Le Figaro, au revoir.
Henri Emmanuelli
C'est déjà fini ?
Le Talk
C'est déjà fini.