Le Talk
Guillaume Tabard - Bonsoir. La crise économique et financière, les embarras de Dominique Strauss-Kahn au FMI, le congrès du Parti socialiste, dans trois semaines, à Reims : trois bonnes raisons d'inviter le député PS de Paris, Jean-Christophe Cambadélis, proche de DSK, supporter aujourd'hui de Martine Aubry. Il apporte aussi sa réflexion sur l'histoire du socialisme dans un livre au titre qui sent bon son Chateaubriand « Le Génie du socialisme ». C'est un livre paru chez Plon. Jean-Christophe Cambadélis, bonsoir.
Jean-Christophe Cambadélis
Jean-Christophe Cambadélis - Bonsoir.
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Nicolas Sarkozy vient d'annoncer aujourd'hui plusieurs mesures pour soutenir et relancer l'économie. Un fonds souverain pour investir dans les entreprises dites stratégiques, mais aussi d'autres mesures. On l'écoute tout de suite (passage vidéo). Ce retour en force de l'État, l'applaudissez-vous ?
Jean-Christophe Cambadélis
Oui, c'est assez amusant pour quelqu'un qui a fait toute sa campagne en disant qu'il fallait que l'État reste à sa place, que l'État se désengage. Aujourd'hui, face à la crise, on voit bien qu'il faut de la régulation et pour la régulation, il faut de l'État. Encore faudrait-il dire vraiment de quoi il en retourne, parce que là on annonce des chiffres et des chiffres. On se demande comment tout cela va s'articuler. On parle de trois ans. On ne reste pas sur sa faim, mais on est un peu interrogatif sur la manière dont le gouvernement et le président de la République veulent mettre en forme tout cela.
Le Talk
Pour permettre à la France de sortir de cette crise, seriez-vous prêt à soutenir un certain nombre de mesures et de plans, comme vous l'avez fait, hier, sur le Grenelle de l'environnement ?
Jean-Christophe Cambadélis
Pour cela, il faudrait que le gouvernement rectifie un peu sa copie. Il ne peut pas dire à l'ensemble des gouvernements d'Europe qu'il faut une politique où l'État puisse intervenir. Et puis, avoir une politique budgétaire qui coupe les ailes de l'État avec son paquet fiscal. Nous sommes prêts, si ça va dans le sens des intérêts des Français, à faire un bout de chemin. On ne parle pas d'union nationale. On est prêt à le faire, mais pour cela il faut que le gouvernement change de politique. Sinon, ce n'est pas possible.
Le Talk
Nicolas Sarkozy soutient l'un des vôtres, en l'occurrence Dominique Strauss-Kahn à la tête du FMI. Le FMI qui est au centre de sa réflexion sur la refondation du capitalisme. Et puis en plein dans cette crise, patatras ! une affaire sentimentale un peu ancienne qui débarque dans le débat et vise à déstabiliser Dominique Strauss-Kahn. Craignez-vous que cette affaire ainsi que d'autres qui sortent au fur et à mesure l'affaiblissent au point de le contraindre à quitter la tête du FMI ?
Jean-Christophe Cambadélis
Non, pas du tout. Nous sommes dans une fin de comète. Le problème est simple : y a-t-il eu favoritisme ou pas ? Visiblement, il n'y a pas eu de favoritisme. On va s'apercevoir qu'il y a une offensive derrière. À partir du moment où le FMI a dit pourquoi pas être un facteur de régulation avec la Banque mondiale. Il y a l'OMC, l'Organisation mondiale de la santé, le BIT (Bureau international du travail) et au niveau de la finance il n'y a rien. Pourquoi pas une organisation mondiale de la finance qui s'appuierait sur le FMI et sur la Banque mondiale, mais un certain nombre d'acteurs de la finance, qui se trouvent aussi bien aux États-Unis qu'en Russie, ne sont pas très favorables.
Le Talk
Vous êtes l'un de ses plus proches amis politiques en France. L'avez-vous eu au téléphone depuis le déclenchement de cette affaire ?
Jean-Christophe Cambadélis
Oui, je l'ai eu.
Le Talk
Comment réagit-il ?
Jean-Christophe Cambadélis
Il est bien sûr désolé de ce qui se passe, mais il est à sa tâche parce qu'aujourd'hui la question importante est d'essayer de réguler le système financier qui part dans tous les sens.
Le Talk
La seule personne en France qui ne l'a pas franchement défendu, c'est Ségolène Royal. Cela vous surprend-il ?
Jean-Christophe Cambadélis
Pas franchement défendu? elle a simplement dit que s'il était « condamné », ça serait mauvais pour la France. Il ne le sera pas.
Le Talk
Il y a un paradoxe parce que Dominique Strauss-Kahn est aujourd'hui l'un des hommes politiques les plus populaires en France, y compris parmi les militants socialistes, mais les strauss-kahniens n'ont plus d'existence propre au sein du PS. Vous-même vous êtes avec Martine Aubry. Pierre Moscovici est avec Bertrand Delanoë. Ce n'est pas très simple et un peu dur à comprendre, non ?
Jean-Christophe Cambadélis
Non, il y a un désaccord sur ce que devrait être la colonne vertébrale du Parti socialiste, ce qu'il fallait faire dans ce congrès. On reste tous les uns les autres, du moins je l'espère, strauss-kahniens.
Le Talk
L'étiquette a encore un sens au sein du PS aujourd'hui ?
Jean-Christophe Cambadélis
Pas autant qu'à l'époque où nous étions ensemble dans la même motion et autour de Dominique Strauss-Kahn. Mais cela a toujours une résonance, une manière d'aborder les problèmes, une perspective d'un socialisme vraiment de gauche mais moderne. Tout cela existe toujours.
Le Talk
Sur votre propre parcours au sein du PS, un internaute vous pose directement et sans ambages la question : « Comment passe-t-on du trotskisme à DSK et de DSK à Aubry ? »
Jean-Christophe Cambadélis
On prend en compte les situations politiques telles qu'elles sont. À partir du moment où on a des principes qui sont ceux dont je parle dans mon livre : la transformation de la société ; on prend la situation telle qu'elle est et on cherche à transformer la société. Au départ on commence avec François Mitterrand, puis on soutient Lionel Jospin, ensuite Dominique Strauss-Kahn et enfin on se dit que dans la situation actuelle, celle qui est la mieux à même de rassembler l'ensemble des socialistes, d'ailleurs elle est en train de le démontrer avec cette nouvelle alliance qu'elle a fait entre nous, les amis de Laurent Fabius, ses propres amis et ceux de Montebourg, eh bien ! c'est Martine Aubry.
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Vous êtes à l'aise avec son alliance avec Fabius et un peu cette course à la gauche du parti que l'on sent aujourd'hui, notamment dans le contexte de crise économique ?
Jean-Christophe Cambadélis
Oui, parce que l'idée de la motion, c'est d'être authentiquement à gauche mais totalement crédible. Il ne s'agit pas d'être dans la contestation et le témoignage par rapport au système. Les Français nous demandent des solutions. On n'est donc pas dans « plus à gauche que moi tu meurs » mais on est dans une gauche capable de répondre à la crise. Je viens de donner un exemple sur la question internationale mais ça peut exister sur la situation politique française.
Le Talk
À trois semaines presque jour pour jour du congrès de Reims, où en est-on entre les motions Aubry, Royal, Delanoë et celle de Benoît Hamon ? Quel est, à votre avis, l'ordre d'arrivée ?
Jean-Christophe Cambadélis
Je n'en sais rien. Cela dépendra beaucoup de la mobilisation. Pour l'instant, je crois que les militants sont attentifs. Ils écoutent.
Le Talk
Martine Aubry peut-elle être, à votre avis, en tête ?
Jean-Christophe Cambadélis
Martine Aubry peut être en tête. Si j'en juge la manière dont elle est agressée depuis quelques jours par un certain nombre, c'est bon signe.
Le Talk
Cela dit personne ne sera majoritaire à lui seul au soir du 6 novembre du vote des militants. Comment à partir de là construire une majorité ?
Jean-Christophe Cambadélis
Sur les textes. C'est ça l'intérêt, parce que dans le Parti socialiste il y a la phase des textes. Dans le congrès, chacun a son texte et on essaie de discuter pour trouver une vraie synthèse. C'est pour cela qu'il faut mettre en tête une motion et je propose que celle de Martine Aubry soit en tête parce que c'est une vraie colonne vertébrale pour l'ensemble du Parti socialiste.
Le Talk
Tous les mariages sont-ils possibles ?
Jean-Christophe Cambadélis
Le problème est le texte. Ensuite? ce que vous induisez c'est qui peut être premier secrétaire. On choisira en fonction de ceux qui sont regroupés sur le texte.
Le Talk
Il n'y a rien d'irrémédiable?
Jean-Christophe Cambadélis
Il n'y a jamais rien d'irrémédiable au Parti socialiste parce que c'est une grande formation qui a une grande histoire comme je le développe dans mon ouvrage et qui a su surmonter toutes ses divisions.
Le Talk
Deux questions sur Paris, puisque vous êtes député de la capitale. Le tribunal administratif vient de suspendre la décision de Bertrand Delanoë qui avait menacé de ne pas appliquer le service minimum d'accueil à l'école. Un internaute nous demande : « Est-ce une attitude républicaine de ne pas appliquer la loi ? »
Jean-Christophe Cambadélis
Les socialistes pouvaient se demander ce qu'était le service minimum. On cherche à critiquer les mairies socialistes parce que soit ils appliquent une mesure qui est inapplicable et donc les parents viennent les houspiller parce qu'ils ne peuvent pas accueillir les enfants ; soit ils ne le font pas parce qu'ils ne veulent pas mettre les enfants en danger en les mettant dans des mains qui ne sont pas obligatoirement des mains pédagogiques et on leur dit qu'ils ne respectent pas la loi. Honnêtement il y a beaucoup de tartufferie là-dedans. C'est une mauvaise loi qui est inapplicable. On est confronté à cela aujourd'hui et la mairie de Paris a fait appel de la décision.
Le Talk
Tout à fait. Enfin François Fillon, on le dit de plus en plus, pourrait être éventuellement le candidat de l'UMP à la mairie de Paris en 2014. Est-ce un rival dangereux pour Bertrand Delanoë ?
Jean-Christophe Cambadélis
Je croyais qu'il avait mal au dos parce qu'il avait trop de travail. Je crois qu'il faudrait qu'il se concentre sur son rôle de premier ministre qui n'est pas simple, j'en conviens. 2014? on verra bien.
Le Talk
Un candidat sérieux, Fillon, à Paris ?
Jean-Christophe Cambadélis
Je n'en sais rien. C'est à lui qu'il faut poser la question.
Le Talk
Jean-Christophe Cambadélis, merci. Bonsoir.