Le Talk
Anne Fulda - Antoine Bernheim, Bonsoir. Nous allons commencer par une vidéo de Christian Noyer (passage vidéo). Antoine Bernheim croyez-vous à la solidité du système bancaire français ? Est-il un des plus sûrs du monde comme le dit sur RTL Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France ?
Antoine Bernheim
Antoine Bernheim - Je l'espère.
Le Talk
Vous l'espérez mais vous n'êtes pas sûr.
Antoine Bernheim
Je l'espère. Vous savez, toutes les difficultés sont apparues lorsque l'on a examiné les bilans et j'espère qu'il y a la plus grande transparence possible. Si les comptes et les bilans de certaines sociétés manquent de transparence, on ne peut pas se prononcer.
Le Talk
Lorsque Christian Noyer dit que personne ne doit avoir peur pour ces dépôts de banques, êtes-vous d'accord avec lui, avec cette confiance absolue qu'il affiche ?
Antoine Bernheim
J'espère.
Le Talk
Au lendemain du rejet du plan Paulson, du plan américain de relance de Wall Street, peut-on dire aujourd'hui que notre système bancaire est plus sûr que le système américain ?
Antoine Bernheim
Il y a des effets de contagion. Le système bancaire américain et le système bancaire français communiquent. Nous sommes dans une crise financière qui n'avait rien d'inéluctable et qui a été créée par certains banquiers qui ont construit des produits sophistiqués, toutes sortes de dérivés, des produits structurés auxquels les gens ont souscrit et qui ont acheté sans bien comprendre de quoi il s'agissait.
Le Talk
Il y aurait donc eu des actes irresponsables de la part de certains banquiers, vous-même n'avez-vous jamais été tenté par ces produits quand vous étiez banquier ?
Antoine Bernheim
Moi, je n'ai jamais été tenté par le produits que je ne comprends pas. Quand je ne comprends pas, je ne fais pas. Du reste, Generali n'a jamais acheté le moindre subprime et n'a pas participé à tout cet engouement passager.
Le Talk
Vous le disiez à l'instant, l'Europe risque d'être touchée par la contagion. Ce matin, on a assisté à un sauvetage de Dexia, pensez-vous qu'il y en aura d'autres ? L'État va-t-il devoir intervenir de plus en plus pour sauver des banques ?
Antoine Bernheim
Les banques qui connaissent des difficultés les plus fortes, ce sont des banques qui ne font pas de détails. Les banques d'affaires et les banques d'investissement ont du mal à se refinancer puisque les banques commerciales ont cessé de prêter. Tout est possible.
Le Talk
Tout est possible et pensez-vous qu'on va vers une récession ?
Antoine Bernheim
Si l'économie n'est plus alimentée pas les crédits, si les entreprises ne peuvent plus financer leur croissance et leur expansion, ça risque de ralentir l'activité.
Le Talk
Ce matin, il y a eu une réunion à l'Élysée à laquelle étaient invité autour du président de la République, de Christine Lagarde, des banquiers mais aussi des assureurs, vous n'y étiez pas bien que vous soyez le numéro deux d'assurance en France et le troisième en Europe?
Antoine Bernheim
Je n'y étais pas parce que je n'y étais pas invité. J'en ai été fort marri parce que Generali est tout de même la troisième compagnie d'assurance européenne et Generali France est une société française qui est la deuxième compagnie du marché.
Le Talk
Ces réunions de crise sont-elles utiles ou n'entretiennent-elles pas un vent de panique ?
Antoine Bernheim
Je ne sais ce qui s'y est dit ou ce qui s'y est fait, donc je ne peux pas vous répondre. Je pense que le métier d'assureur est un métier tout à fait essentiel et fondamental dans l'activité économique et social d'un pays. Je pense le rôle des compagnie d'assurance peut s'accroître énormément puisque ce sont les instances qui sont les mieux à même de contrôler les risques. Risques du reste que les banquiers n'ont pas suffisamment contrôlé, notamment aux États-Unis, dans les crédits immobiliers.
Le Talk
Le secteur des assurances peut être lui aussi touché par la crise. On a vu aux États-Unis que le groupe AIG a dû être sauvé par l'État, concernant Generali, avez-vous des inquiétudes ?
Antoine Bernheim
Je n'ai pas d'inquiétudes. Simplement, ce que j'observe c'est que les compagnies qui n'ont pas fait d'erreurs souffrent des conséquences de cette crise, parce que les provisions techniques sont investies en obligations, bien entendu de première catégorie, mais les taux ont remonté, donc les cours ont baissé, les titres ont baissé et que, par conséquent, comme on est obligé avec les nouvelles dispositions comptables de mettre pour nos bilans les titres à leur valeur du jour, ça crée des pertes fictives, mais des pertes quand même.
Le Talk
Quand Nicolas Sarkozy dans son discours de Toulon prend l'engagement solennel que l'État garantira la sécurité et la continuité du système bancaire et financier français en cas de problème, est-ce réaliste ?
Antoine Bernheim
Je trouvais que ce discours était excellent et que toutes les analyses auxquelles il avait procédé étaient assez justes. Les autorités françaises ont participé dans le sauvetage de Dexia. Simplement, compte tenu des difficultés budgétaires et des déficits, je crois qu'il ne vaut mieux pas que l'État soit mis à contribution, ce n'est pas souhaitable. Personne n'a entendu parler de difficultés nouvelles d'établissements strictement français.
Le Talk
Dans ce discours, le président de la République a aussi appelé à une certaine moralisation du capitalisme. Vous avez pendant longtemps incarné un certain capitalisme à la française, pensez-vous aussi que le capitalisme doit être moralisé ? Faut-il limiter les stock-options des grands patrons ? Faut-il supprimer les « golden parachutes » ?
Antoine Bernheim
Je considère que le système capitalisme, le système libéral est le meilleur du monde à condition qu'il y ait des règles du jeu. S'il n'y a pas de règles du jeu, c'est la jungle et l'anarchie. Pour le reste, si les gens ont pu faire des profits extraordinaires dans des opérations avec effet de levier, c'est probablement parce que les réglementations n'existaient pas ou si elles existaient, elles n'étaient pas appliquées. Sur les rémunérations des dirigeants? vous savez il y a deux catégories de dirigeants : il y a des dirigeants qui ont des salaires normaux à qui on donne un bonus si les objectifs des projets industriels ou du budget sont respectés ; et puis, vous voyez quelquefois en Amérique, des dirigeants qui a la fin du bilan touchent trente millions, quarante ou cinquante millions de dollars.
Le Talk
Qu'est-ce un salaire normal ?
Antoine Bernheim
Un salaire normal ?
Le Talk
La norme se situe où ?
Antoine Bernheim
Je ne peux pas vous dire. C'est un ou quelques millions pour les dirigeants, mais pas des dizaines de millions. Ça c'est énorme. Mais ce n'est pas ça qui a créé la crise financière. La crise financière a été créée par des pratiques regrettables.
Le Talk
Le risque n'est-il pas que Nicolas Sarkozy qui, au début de son quinquennat, a voulu un peu rétablir et remettre à l'honneur la réussite, qu'on n'est pas honte de l'argent, qu'on crie haro sur le capitalisme ?
Antoine Bernheim
Dans son discours il ne crie pas haro sur le capitalisme, il dit que le capitalisme doit être régulé, et il a raison. Sur les histoires des rémunérations, des bonus, il part du principe que les gens qui ont mal fait doivent être punis et qu'ils ne doivent pas avoir de bonus et qu'on peut toujours les renvoyer, les mettre à la porte.
Le Talk
Nous allons en venir aux questions des internautes. Il y a Menil qui vous demande : « Existe-t-il un modèle financier européen ? Et dans l'affirmative, en quoi serait-il positivement ou négativement différent du modèle anglo-saxon ? »
Antoine Bernheim
Je crois que le modèle européen doit être créé. Il n'existe pas.
Le Talk
Bibi vous demande : « L'immoralité du capitalisme, un patron payé mille fois plus que son employé et l'utopie du socialisme, suppression de l'entrepreneur privé qui est nécessaire, ne conduiront-elles pas à des cycles alternatifs, donc à des crises inévitables ? »
Antoine Bernheim
Je ne peux pas vous parler des crises inévitables. Je pense que celle-là aurait parfaitement pu être évitée, c'est tout.
Le Talk
Lalet vous demande : « J'ai plusieurs produits financiers chez vous, Generali, dont un en Bourse et vous êtes partenaire avec Dexia, y a-t-il des risques ? »
Antoine Bernheim
Les assurances souscrites chez Generali ne courent aucun risque.
Le Talk
Vous qui êtes souvent d'un naturel pessimiste, êtes-vous pessimiste ou optimiste ?
Antoine Bernheim
Je ne suis ni pessimiste ni optimiste, j'essaie d'être objectif. J'espère que cette crise ne durera pas trop longtemps. Je ne sais pas comment elle va s'arrêter.
Le Talk
Antoine Bernheim, merci et à demain pour une nouvelle édition du Talk Orange-Le Figaro.