Le Talk
Guillaume Tabard - Alain Lambert, bonsoir. Mercredi vous briguez la présidence du Sénat contre un autre membre de la même formation politique, l'UMP, Gérard Larcher. Puisque vous êtes membre de l'UMP, pourquoi ne respectez-vous pas le choix de votre formation ?
Alain Lambert
Alain Lambert - Parce que je veux respecter les Français. Quand on a des idées pour les aider à faire une France qui réussit, il est nécessaire de proposer ses idées. Il n'y a pas d'exclusivité réservée au groupe parlementaire ou au parti pour présenter des présidents.
Le Talk
En quoi le problème sénatorial de Gérard Larcher ne vous convient-il pas ?
Alain Lambert
Il me convient tout à fait. Ce que je crois est qu'il faut qu'aujourd'hui le Sénat saisisse la chance historique qui lui est offerte d'être la chambre la plus importante du Parlement, parce que la réforme constitutionnelle lui donne la possibilité quasiment d'être l'égal de l'exécutif : l'égal du président de la République et du gouvernement. Moi, je pense que nous devons impérativement redonner de la force au Parlement. Vous avez l'exemple de la crise financière, sur laquelle on reviendra sans doute, aux États-Unis. L'équivalent américain du ministre des Finances a passé quinze jours au Parlement pour convaincre les parlementaires. Si nous étions en France, c'est le président de la République qui aurait fait l'annonce et le Parlement aurait obéi. Le Parlement croupion, le Sénat croupion, c'est fini. C'est un Sénat debout qui veut être l'égal du gouvernement et de l'exécutif et qui entend bien protéger les Français, parce que l'exécutif aujourd'hui n'est pas suffisamment vigilant sur les intérêts des Français.
Le Talk
Mais Gérard Larcher ne dit pas autre chose ?
Alain Lambert
Gérard Larcher est très très respectueux, moi aussi, à l'endroit du gouvernement. Il semblerait qu'il aille même déjà prendre ses instructions à l'Élysée et à Matignon. Moi, je ne le ferai jamais, je tiens à vous le dire.
Le Talk
Un ancien ministre du Budget, ça sait compter. Si on fait les comptes au Sénat, on peut penser que les sénateurs socialistes vont voter pour le candidat du PS, qu'une grande partie des acteurs UMP vont voter pour Gérard Larcher puisque même votre ami, Philippe Marini, a pris acte du choix de Gérard Larcher. Quand on fait les comptes, où trouve-t-on les électeurs d'Alain Lambert ?
Alain Lambert
Moi, je pense qu'on les trouve chez ceux qui se sont portés sur Jean-Pierre Raffarin et ceux qui se sont portés sur Philippe Marini, et eux ont sans doute été déçus par le résultat. Je tiens à vous dire que la somme des deux, Jean-Pierre Raffarin et Philippe Marini, correspond quasiment aux voix de Gérard Larcher à cinq près.
Le Talk
Si vous n'êtes pas élu mercredi, restez-vous au sein du groupe UMP ?
Alain Lambert
Oui, sauf si ça le dérange.Inversement aux élections puisque vous aurez été élu contre le candidat du PS et contre celui de l'UMP avec qui gouvernerez-vous le Sénat ?Pourquoi dites-vous contre ?
Le Talk
Parce qu'ils sont candidats.
Alain Lambert
L'UMP n'est pas un régiment, M. Tabard. L'UMP, c'est une famille. Au sein de la famille, vous avez deux frères qui se proposent à leurs collègues. Ils se trouvent que des collègues vont peut-être préférer une personnalité comme la mienne, peut-être un petit peu autoritaire, disons les choses franchement, alors que celle de Gérard Larcher est peut-être plus souple. Nous sommes en un temps politique où il faut de la fermeté, et j'estime l'incarner.
Le Talk
C'est bien la première fois qu'on voit un candidat revendiquer une présidence autoritaire.
Alain Lambert
Oui, mais je n'en ai pas peur. Je pense que nous sommes dans une période aujourd'hui un peu de confusion et il faudrait remettre l'église au milieu du village, si vous voulez mon sentiment.
Le Talk
Beaucoup d'internautes sur le site du Figaro.fr et d'Orange Actu posent des questions sur le fameux appartement réservé au président sortant, Christian Poncelet, lequel a annoncé aujourd'hui que cet appartement il ne l'occuperait que jusqu'à la fin de son mandat de sénateur des Vosges et non pas à vie comme cela avait été dit, peut-être de manière impropre. Cette précision est-elle suffisante à vos yeux ou faut-il une opération « mains propres » au Sénat comme beaucoup le réclament ?
Alain Lambert
Je crois que les choses sont quand même transparente. Il suffit d'aller sur le site du Sénat, on connaît les indemnités perçues par les parlementaires, etc. Entre nous, sur le service public audiovisuel, on n'a pas les rémunérations des directeurs ni même celles des journalistes. La transparence, je pense que les politiques sont peut-être plus en avance encore que certains autres domaines, lorsqu'ils sont payés par des redevances. S'agissant du fameux appartement, d'abord « à vie », ça n'a jamais existé, c'est une première légende. Deuxièmement, je crois que ce qu'on peut reprocher à Christian Poncelet est de ne pas avoir veillé à entretenir et à faire faire des travaux dans l'appartement qui se trouve au-dessus de son bureau, auquel cas la question de son déplacement de l'autre côté de la rue, rue Bonaparte, ne se serait pas posé. De toute manière, à la fin de son mandat, il quittera cet appartement et on n'en parlera plus. Ce qui est le plus important, à mes yeux, est de bien nous occuper des mille milliards de dépenses qu'on prélève sur le fruit du travail des Français et qui ne sont pas suffisamment contrôlés.
Le Talk
Nous y reviendrons à propos du budget. Vous réclamez beaucoup plus d'indépendance du Sénat et, depuis quelques semaines, vous n'hésitez pas à vous montrer très critique à l'égard de Nicolas Sarkozy. Pourtant, on vous a connu très sarkozyste, y compris dans les moments où bien peu l'étaient. Que s'est-il passé entre vous ? On a une impression, j'allais presque dire, de dépit amoureux entre vous et lui ?
Alain Lambert
De dépit, non. Mais de sincérité. Honnêtement mon affection pour lui est demeurée absolument intacte. Mais je voudrais qu'il réussisse son quinquennat. Je voudrais qu'il le réussisse pour la France et je pense qu'il n'en prend pas toujours le chemin. Je trouve qu'il a organisé ou s'est organisée malgré lui et autour de lui une sorte de cour où plus personne n'ose lui dire éventuellement qu'il se trompe et qu'il y aurait une autre proposition.
Le Talk
Vous parlez comme Bayrou là ?
Alain Lambert
Non, non. Moi, je ne suis pas comparable à François Bayrou qui, à mon avis, hésite entre la droite et la gauche ; moi j'ai jamais hésité à ce point de vue là. On me situe clairement avec des idées libérales, etc. Je voudrais tout simplement que Nicolas Sarkozy nous dise combien de personnes par jour lui tiennent un propos différent du sien, voire critique par rapport au sien. Allez, les doigts d'une main seulement. Je pense qu'il faut que les gouvernants qui ont des pouvoirs considérables réfléchissent à ça. C'est du reste pour ça que je suis en train de vous dire qu'il faut un Parlement très fort, ça ne peut pas être l'Assemblée, puisque les députés sont élus dans la foulée du président. Ça doit donc être le Sénat. Il faut que le président incarne cette autorité naturelle, cet esprit d'indépendance. Il ne s'agit pas d'être contre le président, il s'agit d'être à côté du président et de veiller à ce que ses décisions soient toutes prises dans l'intérêt des Français.
Le Talk
Je le disais vous êtes ancien ministre du Budget, mais le budget dans la famille Lambert est justement une affaire de famille, on le voit tout de suite (passage vidéo). Celle qu'on a vue c'est la petite Pauline qui est votre petite-fille et, on a bien compris que vous visiez le gouvernement. Éric Woerth vient de présenter le budget 2009, depuis cette vidéo le gouvernement a-t-il appris à compter ?
Alain Lambert
Merci, parce que ça me touche beaucoup. Éric Woerth est un très bon ministre. Je le plains parce que je pense qu'il est entouré de dépensiers et ça ne doit pas être très commode. Je pense que le budget de 2009 comporte un inconvénient qui est l'accroissement des déficits, mais je pense qu'il a gagné en sincérité. Ce qu'il faut, c'est traduire les moins-values fiscales probables. En revanche, il faut être très vigilant sur les dépenses. Vous savez l'art budgétaire se résume en un mot : dépenses. S'il n'y a pas de maîtrise des dépenses, c'est la fin du pays.
Le Talk
Peut-on aller plus loin ? 30 000 postes de fonctionnaires en moins dans ce budget, tous les ministères sont invités à faire des économies. Que peut-on faire de plus ?
Alain Lambert
Je pense que les vrais dangers sont dans le budget social. Pourquoi ? Parce que le budget social, c'est par exemple, la santé et la vieillesse. Il n'y a aucune raison que nos dépenses de santé soient moins élevées que celles de l'année prochaine. Il n'y a aucune raison que nos dépenses de vieillesse soient moins élevées l'année prochaine. Elles seront l'une et l'autre plus élevées. Emprunter pour les payer est une ignominie. On n'a pas le droit de faire ça. C'est, je trouve, immoral. Je pense que c'est dans les comptes sociaux qu'il faut impérativement revenir à l'équilibre avant 2012.
Le Talk
Et comment ?
Alain Lambert
En disant aux Français que s'ils veulent continuer à consommer davantage de dépenses de santé, il faut qu'ils s'habituent à l'idée d'avoir plus d'impôts à payer.
Le Talk
Et d'augmenter les franchises, de diminuer les remboursements ?
Alain Lambert
Il faut transformer actuellement les objectifs de dépenses d'Assurance maladie en crédit limitatif. S'il n'y a plus assez d'argent pour payer les dépenses de santé au mois de novembre, on fait un collectif budgétaire, on se tourne vers les Français en leur disant : « Vous avez déjà tout dépensé, en conséquence on vous relève la CSG de 0,1 ou de 0,2. » Et vous verrez que l'année suivante ils dépenseront moins.
Le Talk
Alain Lambert vous assumez d'être un libéral en matière économique. On a le sentiment qu'avec la crise boursière et bancaire qu'on connaît actuellement, le libéralisme ce n'est plus très en vogue. D'ailleurs, certains internautes vous interrogent sur ce sujet et vous disent : « Cette crise est-elle due aux excès du capitalisme ou au contraire aux excès des recettes keynésiennes qui ont contribué à vouloir faire en sorte que tout le monde puisse emprunter pour son logement ? »
Alain Lambert
Pour le deuxième sujet, oui, excès de prêts, hélas à des familles insolvables, mais le capitalisme ou plus exactement le libéralisme, qui est un mot qui me plaît mieux, suppose une forte régulation. Les vrais libéraux demandent des règles. Ils disent : tout jeu ne peut fonctionner que s'il y a des règles. Je pense que les Américains ont vraiment eu un défaut de régulation. Sur le système bancaire, par exemple, les excès que nous avons connus sont liés au fait que les Américains n'ont pas un système de régulation qui soit convenable. En revanche, que le système de régulation français est honnêtement beaucoup plus sérieux. S'il n'y a pas un effet de contagion, je pense que nous pouvons nous en tirer beaucoup mieux que, hélas, nos amis américains. Cela étant, il faut aussi rassurer les Français parce qu'il ne faudrait pas qu'ils précipitent eux-mêmes une catastrophe en s'inquiétant. Il ne faut pas qu'ils aient peur. Il faut savoir que nous prenons toutes les précautions pour éviter que leur épargne soit mise en danger.
Le Talk
Alain Lambert, merci. Une toute dernière question qui concerne votre région, la Basse-Normandie, qui est passée à gauche en 2004. En 2010, serez-vous candidat pour la rendre à la droite ?
Alain Lambert
Çà ne m'habite pas l'esprit pour l'instant.
Le Talk
Alain Lambert, merci, et rendez-vous demain pour une édition du Talk Orange-Le Figaro.