Le Talk
Guillaume Tabard - Bonsoir et bienvenue pour le dernier rendez-vous de la semaine du Talk Orange-Le Figaro dont l'invitée aujourd'hui est Marine Le Pen, vice-présidente du Front national et qui c'est, peut-être dans deux ans, présidente tout court du parti. Marine Le Pen, bonsoir.
Marine Le Pen
Marine Le Pen - Bonsoir.
Le Talk
Comme beaucoup à droite ou à gauche d'ailleurs, vous vous battez pour conquérir le pouvoir en France mais lorsqu'on voit la déflagration qui se passe actuellement dans les banques américaines et dans l'économie mondiale, est-ce que l'on ne se dit pas que finalement le pouvoir politique, en tout cas dans notre pays, est bien peu de chose pour peser sur le cours de la vie ?
Marine Le Pen
Mais le pouvoir politique est bien peu de choses aujourd'hui parce que les politiques l'ont bien voulu. Et c'est bien contre cela que nous nous battons et que nous attirons là-dessus l'attention des Français depuis de nombreuses années. Nous voulons à l'évidence, nous au Front national, et je crois que nous sommes les seuls à le vouloir, que le politique reprenne le pas sur l'économie et que l'homme soit au centre de l'économie. Or, aujourd'hui, c'est l'inverse. C'est l'économie qui est la reine de tout, c'est l'économie qui dirige le politique et même j'allais dire et c'est peut-être plus grave, qui dirige les politiques. Cela donne ce que nous vivons depuis quelques jours.
Le Talk
Et dans une crise comme celle-là, qu'est-ce qu'on peut faire et en France, a-t-on les moyens d'agir ou de limiter cette crise ?
Marine Le Pen
Il y a des moyens mais il faut repenser les structures mêmes de notre économie, il faut repenser son indépendance, il faut repenser sa souveraineté. Le constat de cette crise, c'est quoi ? C'est en fait, l'avidité, le laisser-aller, et le surendettement. C'est l'avidité, parce que l'on voit bien qu'aujourd'hui on demande aux entreprises de faire des bénéfices qui vont au-delà de la richesse réelle qu'elle crée, avec toutes les conséquences en matière évidemment de spéculation, c'est le laisser-aller du schéma libéral et je crois que la crise invalide totalement le schéma libéral et c'est le surendettement dans lequel on a poussé les Français, tout cela doit faire l'objet d'une vraie réflexion de fond, mais ce qui est très révélateur, c'est que qui sort le système bancaire aujourd'hui de la crise aujourd'hui ? Les nations. C'est bien ce que nous disons donc depuis des années.
Le Talk
L'Amérique ?
Marine Le Pen
Non, les nations. Les Banques centrales nationales, en réalité sauvent cette crise bancaire. On voit donc bien que dès qu'il y a une difficulté, c'est le laisser-aller, la dérégulation. On nous a expliqué le marché allait s'autoréguler, en réalité, il implose et on appelle, à ce moment-là, la nation à la rescousse. C'est donc bien que seule la nation est capable d'assurer la protection mais elle ne va pas venir à la rescousse comme cela, ad vitam aeternam. Cela ne peut pas durer comme cela indéfiniment. Pourquoi ? Parce qu'il y a une profonde injustice et je conclurai par cela : nous sommes dans une situation où il y a une privatisation des profits et une mutualisation des risques c'est-à-dire que lorsqu'il y a des profits, ce sont les établissements bancaires et les financiers qui récupèrent ces profits mais lorsqu'il y a un risque, c'est l'ensemble des citoyens à qui on demande de venir rembourser. Donc cela ne peut pas durer évidemment une éternité.
Le Talk
Autre sujet national cette fois sur lequel les citoyens vont sans doute être amenés aussi à payer, c'est tout le débat sur la fiscalité écologique. Le fameux bonus-malus que Jean-Louis Borloo voudrait instaurer. Pour l'instant, on semble comprendre qu'il y a plutôt un gel au niveau du gouvernement. Vous, êtes-vous favorable à l'extension du bonus-malus sur d'autres produits que les automobiles ?
Marine Le Pen
D'abord, je ne suis pas favorable à la multiplication des taxes.
Le Talk
Mais là, l'idée, c'est d'équilibrer le bonus-malus ?
Marine Le Pen
Non, c'est une taxe supplémentaire et on le sait parfaitement parce que le malus, on le voit toujours, le bonus, on le voit beaucoup moins en l'occurrence et l'on voit bien que, cet état d'esprit, est un état d'esprit de multiplication des taxes mais c'est dérisoire par rapport à l'objectif qui est poursuivi. On est en train de nous expliquer que parce que l'on va mettre une taxe sur les assiettes en plastique, on va sauver le monde mais c'est le modèle mondialiste qui est en train de tuer le monde. La vraie écologie, c'est quoi ? La vraie écologie, c'est de produire au plus près et de retraiter sur place. Le modèle mondialiste qu'on nous a vendu et que l'on applique au monde aujourd'hui, est un modèle exactement inverse. On produit à 20 000 kilomètres, on rapatrie, on renvoie les déchets à 10 000 km, vous voyez bien que c'est un système qui est profondément anti-écologique et ce n'est pas avec des taxes vertes telles qu'elles sont imaginées par M. Borloo que l'on va changer cette donne, je crois que c'est un écran de fumée, que tout cela, c'est du show business, si je puis me permettre, et que c'est surtout un moyen supplémentaire de taxer les Français qui n'en peuvent plus.
Le Talk
Alors il y a une semaine, le Front national tenait son université d'été et Jean-Marie Le Pen a créé la surprise en levant un coin du voile sur sa succession. On l'écoute, il était sur France 2, il y a quelques jours :
Marine Le Pen
Vidéo web du jour : Jean-Marie Le Pen. France 2. 11/09/2008.
Le Talk
«C'est vraiment un beau sujet, il faut le dire, j'en suis assez fier, mais je n'ai pas de parti pris dans cette affaire. Je souhaite que ce soit le meilleur qui soit choisi, tant pour la direction du mouvement que pour la candidature à la présidence de la République».
Le Talk
Un beau sujet, il faut quand même préciser, Jean-Marie Le Pen parlait de vous et de votre candidature pour lui succéder à la tête du Front national. Est-ce que vous vous attendiez à ce qu'il soit aussi clair et si tôt par rapport à l'échéance de 2010 ?
Marine Le Pen
Non, je ne m'y attendais pas mais ce que je sais parce que je connais Jean-Marie Le Pen, c'est qu'il est tout à fait évidemment attaché non seulement à l'avenir du Front national mais surtout à l'avenir des idées qui sont défendues par le Front national, que par conséquent, je pense que le jour venu, il dira ce qu'il pense des éventuels candidats à sa succession pour le bien de son mouvement et pour le bien des idées que nous défendons tous d'ailleurs. Je ne suis pas très étonnée de cela, il l'avait d'ailleurs fait pendant un certain nombre d'années en disant que Bruno Gollnisch devait lui succéder s'il était amené à disparaître, il tient compte aujourd'hui de ma candidature de manière sérieuse, je pense que c'est une marque de confiance qu'il me fait mais je ne prends absolument pas cela pour un fait accompli d'abord parce que je sais que ce sont les adhérents qui choisiront le jour venu et surtout, je sais que le travail, le combat, il est quotidien.
Le Talk
Il y a beaucoup de questions d'internautes sur votre stratégie si vous étiez à la tête du Front national, il y a des remarques souvent opposées les unes par rapport aux autres. Certains, c'est le cas de Charles, qui vous demande : «Si à force de vouloir dédiaboliser le Front national, vous n'avez pas laissé Olivier Besancenot le monopole de la révolte contre le système en place ?».
Marine Le Pen
Je crois que l'on a beaucoup glosé sur ce terme de dédiabolisation mais, en réalité, c'est parce qu'il était extrêmement vague. D'abord, la diabolisation est une injustice qui a été faite à l'égard du Front national. On nous a mis au ban des partis, on nous a mis au ban des médias, on nous a même souvent mis au ban de la République, alors que nous ne le méritions pas. Et que un très grand nombre de nos analyses, se sont avérées justes, que nous avons toujours respectées les règles démocratiques et donc qu'il n'y avait pas une seule bonne raison pour que nous soyons traités aussi mal que nous l'avons été pendant des années. Donc lutter contre cette injustice me paraît être parfaitement naturel, cela est la première chose. Deuxièmement, ma stratégie, c'est celle qui consiste à ancrer le Front national dans une réalité extrêmement mouvante qui est la réalité d'aujourd'hui c'est-à-dire face aux enjeux, aux nouveaux enjeux, il est évident que le Front national comme tous les autres partis ne peut pas être le même qu'il y a vingt ans parce qu'il y a vingt ans, il n'y avait pas la mondialisation et qu'aujourd'hui, nous sommes en plein dans la mondialisation et que cela, c'est un nouveau défi, et que cela entraîne une réflexion qui est différente de celle que l'on pouvait avoir il y a vingt-cinq ou trente ans. C'est du réalisme, c'est la lutte contre une injustice, je ne vois pas ce qu'il y a d'extraordinaire dans ma démarche.
Le Talk
Du réalisme, dites-vous et d'autres, à l'inverse, vous proposent une évolution à l'italienne, sur le modèle de Gianfranco Fini qui partant de l'extrême droite, a fini comme allié de Sivlio Berlusconi et président aujourd'hui de la Chambre des députés italienne ?
Marine Le Pen
Pour faire quoi ?
Le Talk
Est-ce que, aujourd'hui, pour un jour accéder au pouvoir, il ne faudra pas vous allier avec la droite, avec l'UMP ?
Marine Le Pen
Est-ce que pour arriver au pouvoir, il faut s'allier avec des personnes qui pensent exactement l'inverse de vous, c'est cela la vraie question. Parce que, moi, je ne vois pas pour faire quoi ? Si c'est pour avoir un marocain ministériel, objectivement, cela ne m'intéresse pas. Et je crois que cela n'intéresse pas beaucoup les gens du Front national.
Le Talk
Pour faire bouger les lignes en politique.
Marine Le Pen
Mais on les fait beaucoup plus bouger figurez-vous, semble-t-il, en poussant, en ayant des électeurs de plus en plus nombreux à l'extérieur qu'en étant à l'intérieur et c'est si vrai d'ailleurs, cher Monsieur, que pourquoi Nicolas Sarkozy est venu parler de nation ? Pourquoi est-il venu parler d'Europe protectrice ? Pourquoi est-il venu parler de régularisation de l'immigration si ce n'est parce qu'il a tenu compte de ce que le Front national faisait pression sur lui. Alors, vous me direz, il s'est rapidement débarrassé de ces considérations du jour où il a été élu et il a fait exactement la politique inverse. Mais, moi, je ne vois pas aujourd'hui, le Front national s'associer à un gouvernement qui est un gouvernement mondialiste, qui est un gouvernement qui contribue par l'ensemble des décisions qui sont les siennes et par l'ensemble de la politique qui est celle de Nicolas Sarkozy à faire disparaître la nation dont nous pensons nous qu'elle est justement une idée moderne, et que c'est elle qu'il va falloir pousser, développer dans les années à venir.
Le Talk
A propos des nations, une dernière question sur un sujet d'actualité : si vous étiez députée, est-ce que lundi vous voteriez en faveur du maintien des troupes françaises en Afghanistan ?
Marine Le Pen
Bien sûr que non parce que nous considérons que nous n'avons rien à faire en Afghanistan, que les intérêts français ne sont pas défendus par la présence des soldats en Afghanistan et que c'est là la révélation d'un alignement de Nicolas Sarkozy sur la politique internationale américaine dont on connaît les erreurs passées et dont on subodore les erreurs futures.
Le Talk
Marine Le Pen, merci. Bon week-end et rendez-vous lundi pour une nouvelle édition du Talk.
Marine Le Pen
-