Le Talk
Laurent Guimier - Bonsoir, Nicole Borvo. Madame Borvo, dans quel état est le Sénat, ce soir, à la veille d'un échec annoncé?
Nicole Borvo
Nicole Borvo - On ne sait pas encore si c'est un échec annoncé, mais c'est effectivement déjà un échec de ne pas arriver à une réforme constitutionnelle qui fasse consensus. Évidemment, la majorité UMP est fébrile, parce que le fait que la réforme ne soit pas votée le jour du Congrès, ce serait un échec très important et personnel du président de la République. Il a voulu cette réforme pour pouvoir s'adresser directement au Parlement même et en particulier à sa majorité de façon à donner la feuille de route au Congrès. Ça lui tenait beaucoup à coeur. Le gouvernement et la majorité ont essayé d'agiter le leurre d'un renforcement des droits du Parlement. De fait, il n'y a pas de renforcement des droits du Parlement. En plus, il n'y a rien qui soit une avancée démocratique, ni la proportionnelle qui était souhaitée par la gauche.
Le Talk
Est-ce une fixation pour vous?
Nicole Borvo
Il y avait la proportionnelle, la modification du scrutin sénatorial, le vote des étrangers aux élections locales. En fait, on sait très bien qu'une constitution doit faire le consensus le plus large possible, même si elle ne peut pas satisfaire tout le monde. Il a semblé, en tout cas pour mon groupe, qu'il pouvait être acté dans notre loi fondamentale des mesures qui sont aujourd'hui majoritaires dans la population, c'est-à-dire démocratiser le Sénat, qui est une anomalie en démocratie.
Le Talk
Le Sénat actuel aujourd'hui est-il une anomalie?
Nicole Borvo
Pas le Sénat comme assemblée mais son mode d'élection. Je crois qu'il y a consensus sur le fait qu'une deuxième chambre au fond n'est pas inutile.
Le Talk
Vous y êtes élue. Vous n'allez pas dire que vous êtes inutile.
Nicole Borvo
En démocratie, avoir une assemblée qui a des pouvoirs législatifs importants, qui peut bloquer une loi et qui est à l'inverse des collectivités territoriales qu'elle est censée représenter qui sont aujourd'hui majoritairement à gauche, alors que le rapport de force au Sénat est de 60 % pour la majorité et de 40 % pour la gauche, c'est complètement anormal.
Le Talk
En un mot sur cette réforme, sincèrement c'était un toilettage assez sérieux d'une Constitution que vous avez combattue depuis le début. Si elle ne passe pas, ça restera un énorme gâchis?
Nicole Borvo
Pour moi, c'était une évolution que moi-même ainsi que mon groupe parlementaire et mes amis politiques ne souhaitions pas parce qu'elle accentue la présidentialisation qui était déjà en germe dans la Constitution de 1958?
Le Talk
Il ne fallait pas de réforme?
Nicole Borvo
Si, mais une réforme, encore une fois, qui prenne en compte des évolutions majoritaires dans le pays ? je l'ai dit sur le mode d'élection, sur le vote des étrangers aux élections locales ? et qui équilibre réellement les pouvoirs au profit du Parlement qui aujourd'hui en est fort dépourvu.
Le Talk
Vous savez que vous avez au moins un point commun avec François Bayrou, c'est que vous aussi vous mettez en doute les conditions dans lesquelles l'affaire Tapie-Crédit lyonnais s'est conclue. J'ai vu le communiqué que vous avez publié hier. C'est extrêmement violent?
Nicole Borvo
Oui, parce qu'il y a deux choses très choquantes dans cette affaire: l'une concerne les tractations, sur la place publique puisque la presse et vous-même en avez parlé, l'autre concerne les cadeaux au Parti radical de gauche, au Centre pour essayer de les convaincre. Je trouve ça très choquant. Ensuite l'affaire Tapie est très singulière et c'est la raison pour laquelle nous avons poussé un cri d'alarme.
Le Talk
Vous parlez de «dérive affairiste». C'est grave parce que vous parlez du président de la République.
Nicole Borvo
Oui, parce que l'on règle de façon privée une affaire qui relève de la justice.
Le Talk
Mais vous n'avez pas de preuve du lien entre les deux, entre ce que vous appelez «les cadeaux faits au Parti radical» et le règlement de cette affaire?
Nicole Borvo
Il n'y a jamais de preuve de ce type mais ça tombe fort à propos, ne trouvez-vous pas?
Le Talk
C'est vous qui faites le lien.
Nicole Borvo
C'est moi qui fait le lien, bien sûr.
Le Talk
Et l'assumez-vous encore ce soir?
Nicole Borvo
Oui, je l'assume.
Le Talk
Vous avez rencontré l'ancienne Brigade rouge, Marina Petrella, il y a quelques jours en prison. Vous y êtes allée. Elle sera bientôt extradée. En quoi son cas est-il exemplaire? Pourquoi vous y êtes-vous intéressée?
Nicole Borvo
Je m'y suis intéressée. C'est la deuxième fois que je vais la voir. Je connais maintenant sa famille et je suis très triste parce qu'elle va très mal et qu'elle peut mourir parce qu'elle est atteinte d'un syndrome suicidaire très important. Je me suis intéressée à elle ainsi qu'à d'autres, parce que ce n'est pas la première qui serait extradée, italiens de l'époque, non pas que je soutienne le terrorisme, loin s'en faut. Je crois qu'effectivement ces gens ont commis des actes à la fois horribles et impardonnables, mais c'était l'époque d'une Italie particulièrement troublée, où ils ont eu des procès collectifs, puisque cinq mille personnes ont été en procès en même temps avec des condamnations collectives. Il suffisait d'être membre d'une organisation qui avait commis des crimes, etc. pour être condamné. En 1986, si François Mitterrand a donné le droit d'asile aux Italiens qui renonçaient au terrorisme et qui voulaient se reconstruire en France, parce que ça n'était pas possible en Italie, compte tenu de la crise dans laquelle était le pays et de la façon dont ils traitaient les procès, c'est bien pour des raisons humanitaires et parce qu'on pense que tout le monde peut se racheter.
Le Talk
Aujourd'hui elle va être extradée.
Nicole Borvo
La droite depuis 2002 a rompu cet engagement puisqu'aucun gouvernement n'avait rompu cela.
Le Talk
Nicolas Sarkozy dit: «On l'extrade et on demande le pardon.» Est-ce une position équilibrée?
Nicole Borvo
Non, c'est une fiction parce que d'abord quel chef d'État peut admettre qu'un autre pays lui donne l'ordre de gracier quelqu'un ou en tout cas lui intime de gracier quelqu'un?
Le Talk
Alors là je vais faire allusion à ce dont vous me parliez tout à l'heure, peut-être qu'on peut s'entendre au-delà des formes?
Nicole Borvo
Pour l'instant, ils n'ont pas répondu. En tout cas les commentaires qu'a fait le président italien ne sont pas très encourageants. Ensuite c'est une question qui n'est pas réglée en Italie comme nous nous avons pu le faire à des moments aigus de notre histoire, y compris avec les factions d'Algérie, par exemple, nous avons amnistié. L'Italie n'a pas réglé les problèmes.
Le Talk
Vous dites donc que si elle est extradée?
Nicole Borvo
À l'heure actuelle, si elle est extradée, elle va en prison. Cette femme, elle ne veut pas supporter cela. Elle est en train de se laisser mourir de faim. Ce n'est pas digne de notre tradition, si vous voulez. Ici, elle n'est pas dangereuse. L'accueil qui a été fait pour les Italiens doit être poursuivi. En tout cas, pour ceux à qui on l'a donné. Qu'aujourd'hui le gouvernement ne soit plus dans le même état d'esprit, c'est autre chose. À titre individuel, une personne à qui on a accordé l'asile, qui s'est reconstruite en France, qui a des enfants français? il faut tirer le trait nous-mêmes et la garder.
Le Talk
Un mot avant de passer aux questions des internautes, une question d'actualité sur le nucléaire : les projecteurs sont braqués sur Areva depuis quelques jours, encore un incident mineur aujourd'hui. Cela doit-il remettre en cause les modifications éventuelles du capital d'Areva?
Nicole Borvo
Je considère qu'on ne peut pas avoir du privé qui gère nos capacités énergétiques en général, qui plus est le nucléaire. Il est vrai, d'une part, que la sécurité nucléaire demande des investissements extrêmement importants et je crois que le public se doit d'être en capacité de faire ces investissements. Et, d'autre part, il est vrai que si on veut avoir une sécurité contrôlée publiquement, mieux vaut que ce soit par le public.
Le Talk
On termine, comme promis, avec les questions des internautes déposées sur le figaro.fr et Orange Actu. Première question de Vincent: «Faut-il que les Irlandais revotent sur le traité de Lisbonne?»
Nicole Borvo
Non. Ils ont voté non, c'est non.
Le Talk
Deuxième question de Marcel: «Êtes-vous pour ou contre le projet du Grand Paris?»
Nicole Borvo
Pas celui du président de la République.
Le Talk
Enfin question d'Henri: «Comment qualifieriez-vous en un mot Olivier Besancenot?» En un adjectif, si ce n'est un nom commun?
Nicole Borvo
De gauchiste.
Le Talk
Merci beaucoup, Nicole Borvo, c'est la fin du Talk Orange-Le Figaro, l'actualité en direct tous les soirs à 18 heures, je vous dis à très bientôt.
Nicole Borvo