Le Talk
Anne Fulda - Bienvenue au Talk Orange-Le Figaro. Ce soir, nous recevons Michel Barnier, ancien ministre des Affaires étrangères et actuel ministre de l?Agriculture.
Michel Barnier
Michel Barnier - Et de la Pêche?!
Le Talk
Et de la Pêche, on tend à l?oublier. Bonsoir.
Michel Barnier
Bonsoir.
Le Talk
«Je rêve depuis sept ans de vivre ce moment. Je vous dois tout. Je dois tout à la France». Il y a une heure et demie à peine, Ingrid Betancourt est arrivée sur le sol français et a rendu un vibrant hommage à la France et au président de la République française. Pourtant il y a déjà une polémique. Ségolène Royal dit qu?il ne faudrait peut-être pas trop en faire et que finalement le président français n?a pas joué un rôle si important que cela dans la libération. Et elle s?oppose à toute récupération politique, il va de soi. Qu?en pensez-vous??
Michel Barnier
A propos de Mme Royal??
Le Talk
Oui.
Michel Barnier
Je trouve d?abord que la présidente de Poitou-Charentes n?est pas à la hauteur, voilà ce que je pense. Une fois de plus, elle n?est pas à la hauteur et c?est tout ce que j?ai à dire sur ses déclarations. C?est bien plus important de voir que Ingrid Betancourt est libre avec beaucoup d?autres otages. J?ai été très ému comme tous les Français de la voir, de l?entendre. C?est une femme qui a la force et qui a la foi. Et cela se voit et elle rayonne. J?ai été très heureux pour ses enfants, pour sa famille, que je connais bien parce que, pendant un an et demi et comme ministre des Affaires étrangères, je les ai beaucoup vus et j?ai eu à mon tour, après d?autres et avant d?autres, à chercher à nouer des fils, à créer des dialogues et à récolter des informations dans une situation extraordinairement complexe, celle de la Colombie. C?est un autre contexte que j?ai eu à traiter en Irak, avec Florence Aubenas, Christian Chesnot et Georges Malbrunot mais c?est toujours la même volonté de libérer des gens qui combattent et qui expriment un combat. Ce qui est extraordinaire dans ce qu?on a vu d?Ingrid Betancourt en arrivant, hier encore en Colombie, c?est que cette femme porte le symbole d?un combat, de la ténacité et d?une certaine idée de la démocratie.
Le Talk
Par ailleurs la Radio suisse romande qui a lancé un petit pavé dans la mare, en affirmant tout à l?heure que les dirigeants des Farc auraient reçu en fait une rançon s?élevant à plusieurs millions de dollars versée probablement par les États-Unis. Avez-vous quelque chose à ajouter sur ce point??
Michel Barnier
Non, je n?ai aucune information sur les conditions dans lesquelles l?armée colombienne a monté cette opération, l?a préparée et visiblement très soigneusement et intelligemment comme Ingrid Betancourt l?a dit?: c?est une opération d?intelligence dans tous les sens du terme qui a sans doute eu un certain coût parce que c?est une opération qui a été lourde mais je m?en tiens à ce qu?a dit le ministère des Affaires étrangères en démentant qu?il y ait eu la moindre rançon.
Le Talk
Le pouvoir d'achat, le prix de l'essence, il y a eu énormément de questions d'internautes, évidemment, vous vous imaginez sur cet aspect des choses. La France voulait plafonner la TVA quand le prix du litre s'envole et puis ce matin, l'Eurogroupe et M. Juncker vous a dit : «Non, ce n'est pas possible»?
Michel Barnier
C'est une étape dans la discussion. Le ministres des Finances, des chefs d'État vont se réunir dans le cadre du Conseil européen et le président de la République a bien l'intention de remettre cette question à l'ordre du jour. Que dit-on? On ne dit pas qu'il faut réduire la fiscalité sur les carburants. Chacun sait que la question de l'essence est une question très sérieuse, structurelle, qu'il va falloir résoudre avec des économies d'énergie, avec de nouvelles formes d'énergie. La demande d'essence augmente de façon très importante sur la planète. L'offre, elle, n'augmente pas beaucoup et en plus on sait que les ressources sont limitées dans le temps. Il ne faut pas cacher non plus la vérité aux Français en leur faisant croire que tout cela est une question de fiscalité. On a simplement proposé avec le président de la République que les États ne s'enrichissent pas sans cause et qu'au-dessus d'un certain prix de l'essence, on gèle le différentiel lié à l'augmentation de la TVA. Autant il est normal qu'il y ait une fiscalité sur l'essence pour des raisons en particulier écologiques, autant il serait anormal que plus l'essence augmente, plus les États d'une certaine façon s'enrichissent. C'est une sorte d'enrichissement sans cause et nous nous continuons à demander que cette question soit examinée au Conseil européen.
Le Talk
C'est donc un camouflet que vous allez pouvoir conjurer?
Michel Barnier
Non, ce n'est pas un camouflet, c'est un débat. Quand on n'est pas d'accord avec nous, ce n'est pas un camouflet. Il y a d'ailleurs des pays européens, il se trouve que j'ai fait le tour d'un certain nombre de pays européens ces dernières semaines, il y en a qui sont plutôt ouverts à l'idée que nous avions émise, d'autres qui sont plus réservés. Que les ministres des Finances d'une manière générale soient réservés sur une idée comme celle-là, ce n'est pas étonnant, ils font leur métier. Mais les chefs d'État débattront cette question au prochain Conseil européen.
Le Talk
Alors les 35 heures? Grande manifestation le 17 et puis la loi sera votée le 18 juin sur cet assouplissement.
Michel Barnier
Elle sera proposée au conseil des ministres?
Le Talk
Bernard Thibault veut un million de manifestants le 17 juin pour marquer le coup. Il menace surtout de rompre le dialogue social, vous l'avez vu avec des mots très durs ce matin dans la presse. En passant en force, le gouvernement affirme que nous ne servons à rien?
Michel Barnier
C'est très excessif ce que dit Bernard Thibault. Pourquoi? Parce que j'avais demandé deux choses aux partenaires sociaux : de négocier sur la représentativité syndicale. Ils ont négocié sur la représentativité syndicale et on reprend intégralement l'accord qu'ils nous ont proposé. Je leur avais demandé de négocier sur l'assouplissement des 35 heures, c'est-à-dire sur le maintien des 35 heures mais sur la possibilité plus facile pour les salariés et pour les chefs d'entreprise de négocier les heures supplémentaires. Force est de constater que malgré deux demandes de la part du gouvernement, ils n'ont pas négocié. Quand les partenaires sociaux n'arrivent pas à se mettre d'accord, c'est le rôle du gouvernement et du Parlement de légiférer.
Le Talk
Et de passer en force?
Michel Barnier
Ce n'est pas passer en force. C'est de constater que les partenaires sociaux ne peuvent pas se mettre d'accord sur un sujet aussi essentiel pour l'économie française. On ne va pas rester les bras croisés à attendre que les entreprises délocalisent, à attendre que l'économie française souffre encore un peu plus de cette situation. A voir des salariés, comme j'en connais dans beaucoup de branches - à l'agroalimentaire par exemple qui demandent des heures supplémentaires mais qui ne peuvent pas les obtenir parce que les accords de branche l'interdise dans leur secteur -, on ne va pas attendre les bras croisés. Si demain les partenaires sociaux sont prêts à négocier sur ce sujet et à aboutir à un accord, on sera très intéressés de voir quelles sont leurs propositions. Les partenaires sociaux ne peuvent pas considérer que le dialogue social que nous mettons en place vaut interdiction pour le gouvernement et le parlement de légiférer sur les sujets sur lesquels les partenaires sociaux ne peuvent pas se mettre d'accord.
Le Talk
A Lille, c'est toujours la polémique après l'annulation d'un mariage pour cause de mensonge, en fait de non-virginité. On a appris il y a trente minutes que le parquet allait faire appel de cette décision à la demande de la Chancellerie. Pourquoi?
Michel Barnier
C'est une affaire très délicate et qui choque beaucoup de Français parce qu'elle semble nous ramener à des temps très anciens. Et en même temps la décision de ce juge, si je la comprends bien, elle est liée au fait qu'il a estimé que le consentement des époux, qui est la condition du mariage, n'était pas vérifié, qu'il n'y avait pas de confiance possible, donc il a annulé, comme sur d'autres motifs on annule un mariage pour vice de consentement. Je comprends cette décision du juge et je ne souhaite pas que l'on puisse faire demain de la virginité un élément constitutif de ce consentement du mariage. Il est normal dans ces conditions de demander un nouveau jugement et le cas échéant de demander à la Cour de cassation de se prononcer sur le droit pour que ce jugement ne fasse pas jurisprudence et ne s'impose pas à tous les juges de notre pays.
Le Talk
Les nouvelles et surtout les images vont très vite sur Internet. Ca s'est passé ce matin. Vous avez été accueilli chaudement dans un lycée parisien où vous étiez venu présenter un plan de lutte contre la drogue. On vous a reproché de vous inviter dans un lycée comme ça? sans prévenir. Vous n'êtes pas chez vous dans les lycées de la République?
Michel Barnier
Si, justement, c'est que je dis à ceux qui me reprochent ça. Le premier ministre se déplace comme il veut, quand il veut dans des établissements qui appartiennent à la République et qui sont ouverts à tous. Autant je comprends très bien qu'il puisse y avoir des revendications, que des organisations syndicales de parents d'élèves, d'élèves ou d'enseignants puissent souhaiter rencontrer mes collaborateurs, puissent souhaiter s'exprimer, autant je trouve que cette violence et cette volonté d'interdire au premier ministre l'accès d'un lycée n'est pas conforme à nos traditions républicaines et pour ma part je ne m'y soumettrai pas.
Le Talk
Monsieur Fillon, je vous souhaite bon anniversaire. Ca fait exactement trois ans jour pour jour que vous avez été mis à la porte du gouvernement par Jacques Chirac et que vous avez rallié officiellement Nicolas Sarkozy. C'était le 2 juin 2005, vous l'avez écrit dans un livre. Ca va, le couple va bien, Sarkozy-Fillon?
Michel Barnier
Si je peux me permettre de corriger une petite erreur, j'avais appelé à soutenir Nicolas Sarkozy en janvier 2005, bien avant que je sois sorti?
Le Talk
Oui, mais vous avez écrit dans un livre que ce jour-là vous le ralliez sans condition?
Michel Barnier
J'avais fait le constat en janvier 2005 que le seul candidat qui était capable d'éviter ce qui était devenu la règle, c'est-à-dire l'alternance systématique à chaque échéance électorale, c'était Nicolas Sarkozy, je crois que je ne m'étais pas trompé.
Le Talk
Vous avez compris ma question. Le couple va-t-il encore bien, parce qu'avec tout ce qu'on lit...
Michel Barnier
Oui, mais il ne faut pas écouter tout ce que l'on dit ou on lit.
Le Talk
Une question d'internaute : A quand remonte votre dernier jogging avec Nicolas Sarkozy?
Michel Barnier
La dernière fois que l'on a couru ensemble, c'était en Corse et il ne faisait pas très beau, il pleuvait. Mais il faut aussi reconnaître que par rapport à la situation qui prévalait avant que Nicolas Sarkozy soit président de la République et moi premier ministre, nos emplois du temps sont un peu plus complexes et nos vies sont normalement différentes. Le premier ministre et le président de la République ont des engagements. Je continue à courir à peu près trois fois par semaine, je crois que le président de la République fait de même.
Le Talk
Mais le jeudi matin vous ne courez pas avec lui, il y a cette fameuse réunion avec sept ministres à l'Élysée. Juste une chose : un de vos ministres, Brice Hortefeux a dit hier «nous sommes un septuor pour mettre en musique ce que les chefs d'orchestre nous demandent de faire». Vous êtes quoi dans l'orchestre? Vous êtes le chef d'orchestre ou vous êtes quelqu'un d'autre?
Michel Barnier
C'est moi qui coordonne la politique du gouvernement, les ministres je les vois quasiment quotidiennement, comme l'a rappelé Brice Hortefeux. Quand j'étais moi-même ministre, il m'est arrivé assez souvent de rencontrer le président Chirac sans être accompagné de Jean-Pierre Raffarin.
Le Talk
Dans l'orchestre, vous êtes qui?
Michel Barnier
Dans l'orchestre je suis le chef d'orchestre du gouvernement. Ce n'est pas moi qui écrit la partition si vous voulez qu'on poursuive la comparaison jusqu'au bout. La partition est écrite par le président de la République. On y participe naturellement à l'écriture de cette partition, mais c'est sa responsabilité et ensuite la mienne c'est de mettre en ?uvre quotidiennement au prix d'arbitrages qui sont d'ailleurs très difficiles sur des sujets qui sont souvent des sujets très triviaux, qui sont des sujets financiers, qui sont des sujets juridiques, de faire en sorte que le gouvernement avance d'une même voix ou chante d'une même voix.
Le Talk
On vous laisse chanter. Merci François Fillon.
Le Talk
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