Le Talk
Anne Fulda - Bonsoir. Vous devez être heureux ce soir parce que l'actualité est plutôt en votre faveur. La suppression annoncée de la publicité sur les chaînes est un joli cadeau pour les chaînes privées?
Nicolas de Tavernost
Nicolas de Tavernost - Bonsoir. Il n'y a pas de cadeau mais simplement une réforme courageuse dont d'ailleurs on n'oublie qu'il y avait un ministre socialiste qui l'avait commencée en 1999-2000 mais qui n'avait d'ailleurs pas soulevé autant de polémiques à l'époque, de réduction de la publicité sur les chaînes publiques avec une progressive disparition, ce qui mettra la France à l'égal de l'Allemagne puisque cela se pratique déjà depuis des dizaines d'années en Allemagne, et un petit peu derrière la BBC ou l'Angleterre puisqu'elle n'a pas du tout de publicité.
Le Talk
Vous, toutes les chaînes privées, de façon générale, allez bénéficier d'une manne publicitaire supérieure surtout qu'en plus, vous avez obtenu la seconde coupure publicitaire que vous souhaitiez avoir dans les films. C'est quand même assez considérable.
Nicolas de Tavernost
Il faut replacer cette réforme dans un contexte. Qu'est-ce que le contexte? Aujourd'hui il y a beaucoup plus de chaînes de télévision. Pour ces chaînes, le marché publicitaire ne grandit pas à la télévision, il y a une très légère croissance et donc il faut répartir entre beaucoup plus de chaînes gratuites. Et parallèlement, il y a des chaînes publiques, nombreuses, qui vivent partiellement de la publicité et de la redevance. Le président de la République a souhaité, courageusement, clarifier les choses en disant que les chaînes publiques vont vivre de crédits et de fonds publics. Les chaînes privées qui sont, je le rappelle, beaucoup plus nombreuses aujourd'hui, vont vivre de la publicité. Nous allons adapter à la directive européenne les règles d'insertion publicitaire dans leur programme. Voilà ce que c'est la réforme. C'est une réforme à la fois claire, courageuse et qui permettra d'avoir un audiovisuel un peu plus équilibré en France aujourd'hui.
Le Talk
Elle est claire mais elle suscite quand même beaucoup d'émotion dans les chaînes publiques mais aussi chez les producteurs audiovisuels et même l'Union des annonceurs qui s'est émue tout à l'heure sur le plan du calendrier et qui trouvait que la réforme devrait être différée en ce qui concerne la suppression de la publicité. A ce propos, nous allons entendre la phrase du jour qui est une phrase de François Bayrou, président du MoDem et qui a déclaré hier:«On a rarement vu un plan aussi déterminé de mise sous contrôle de la télévision. Le service public devient directement dépendant de l'État, son patron va être nommé par le pouvoir et ses financements dépendront chaque année du bon vouloir des gouvernants». Que pensez-vous de cette interprétation ?
Nicolas de Tavernost
J'invite François Bayrou qui est un européen convaincu à aller en Europe et à regarder là où la télévision rapport public privé fonctionne bien et là où elle fonctionne mal. Là où elle fonctionne mal, c'est en Italie avec M. Berlusconi où il y a un financement publicitaire de la télévision publique, en Espace, où cela fonctionne très mal la télévision publique, où il y a un financement sans redevance et un financement publicitaire de la télévision publique, et là où elle fonctionne mieux, c'est en Angleterre, je le disais il y a un instant et en Allemagne, où ce sont les règles que le président de la République se propose de faire appliquer en France. Pour un Européen, je pense qu'il a intérêt à regarder ce qui se passe à l'extérieur de la France avant de faire des critiques aussi décisives. La deuxième chose, je crois qu'il ne faut pas mélanger les financements, toutes les activités publiques sont financées par des fonds publics et cela ne veut pas dire dépendance du pouvoir ou non, c'est comme si on disait la Direction des impôts... Alors, il y a une polémique qui s'instaure et dont on voit qu'elle s'instaure, je ne veux pas m'inscrire là-dedans sur la nomination du patron des chaînes publiques.
Le Talk
Cela fait un peu retour à l'ORTF quand même?
Nicolas de Tavernost
Je ferai deux observations. Premièrement n'importe quel patron, que ce soit d'une entreprise publique ou privée, doit avoir la confiance de son actionnaire. S'il ne l'a pas, cela ne fonctionne pas. Deuxièmement, il doit avoir une certaine stabilité. Je suis dirigeant de M6 depuis plus de vingt ans, ce qui a permis de développer, de faire une politique, cette entreprise a accru chaque année, développe ses activités. En face, sur les chaînes publiques, avec le pouvoir de nomination tel qu'il est aujourd'hui, j'ai connu plus de sept présidents différents, c'est-à-dire qu'ils font trois ans. Comment voulez-vous qu'on puisse développer, gérer, économiser l'argent public et le mettre de manière efficace avec ça? Troisièmement, il y a beaucoup de pays qui procèdent à des nominations directes. Je ne vois pas en quoi on peut s'offusquer. Enfin, je dirai qu'il y a un argument. Vous savez, pour trouver un candidat à la télévision publique, avec la procédure actuelle, vous devez vous présenter, vous êtes soumis à un concours, vous êtes auditionné et puis on vous dit à la fin, si vous êtes retenu. Qui voulez-vous, qui ait un job sérieux qui puisse aller être candidat à la télévision publique, alors qu'on l'auditionne comme dans un examen public et qu'on lui dit à la fin s'il est retenu ou non. Je pense que c'est beaucoup plus clair que d'avoir un candidat qui est responsable.
Le Talk
C'est moins hypocrite comme disait François Fillon. Ce nouveau PAF qui se dessine ne va-t-il pas vous forcer, vous chaînes privées et vous M6, à imaginer d'autres programmes notamment sur le prime time, on risque d'avoir un décalage en ce qui concerne la tranche autour du 20 heures? Un décalage horaire.
Nicolas de Tavernost
D'abord, nous sommes là pour satisfaire un public. Je rappelle que notre cahier des charges: c'est distraire, informer, cultiver. Et c'est ce que nous essayons de faire, avec des émissions si différentes que des magazines d'info, que des magazines de divertissement, que des émissions sportives ou des films de cinéma. Nous avons un programme varié. M6, c'est un groupe de chaînes, c'est aussi bien M6, Téva que Paris Première. Donc, on a une diversité de programmes. Après, de savoir si les programmes démarreront à 20h30 ou à 20h45, ou à 20h50, on va s'adapter. Je dirai que là, la télévision publique va avoir une chance extraordinaire. La publicité, c'est une contrainte pour une chaîne, c'est une contrainte pour nous nécessaire. Quand vous n'avez pas de publicité dans le fameux carrefour de 20h30, c'est un avantage énorme que la télévision publique va retirer mais je ne comprends pas que ce qui paraissait extraordinairement bien en l'an 2000 avec Mme Trautmann, d'un seul coup, paraît épouvantable parce que c'est le président de la République qui l'a proposé et d'aller au bout de la logique. Je dirai que l'effet d'aubaine, il est pour la télévision publique qui va avoir deux choses: un des recettes garanties et deuxièmement l'affranchissement de la contrainte publicitaire après 20 heures, qui va lui permettre de faire une programmation plus efficace.
Le Talk
Pas d'effet d'aubaine pour les chaînes privées? Un petit peu. Les deux peuvent y tirer avantage.
Nicolas de Tavernost
N'oubliez pas qu'on est passé de quatre à dix-huit chaînes privées gratuites. Toutes les chaînes privées gratuites doivent se financer par la publicité. Les nouvelles chaînes telles que BFM, NRJ, I-Télé, Direct 8, vont participer à la récupération de l'argent qui s'investissait sur les chaînes publiques et vont aller financer cette nouvelle offre de chaînes privées.
Le Talk
Vous aviez un projet de 20 heures de journal télévisé, où cela en est-il?
Nicolas de Tavernost
On a un projet de développement de l'information. Aujourd'hui, nous avons un magazine de l'information tout en images, peut-être que nous développerons, dans le courant de l'année de la saison 2008-2009 un journal télévisé qui sera plus important que celui qui existe aujourd'hui. C'est un projet sur lequel nous travaillons.
Le Talk
Sur le PAF maintenant, on parle de mercato comme dans le football. On s'échange les stars à prix d'or. Vous avez perdu Marc-Olivier Fogiel, Virginie Efira, c'est embêtant mais est-ce sain?
Nicolas de Tavernost
Je suis tout à fait contre, la télévision, ce n'est pas le football et je dirai que nous avons plus l'habitude à M6 de créer nos stars. Quand vous regardez Valérie Damidot ou Estelle Denis, ou Virginie Efira. Nagui, Emmanuel Chain, ce sont des personnes qui ont démarré à M6 et qui se sont développé. Parfois, ils ont envie, comme Virginie, d'aller faire carrière ailleurs parce qu'on leur a fait d'autres propositions, ils vivent leur vie. Je dis simplement que ce n'est pas sain lorsque vous voyez que le service public va prendre Julien Courbert avant 20 heures, je ne vois pas la logique de service public là-dedans. Nous sommes plutôt - si je faisais une analogie au football - pour les centres d'apprentissage interne, développer nos propres talents en soulignant bien que c'est d'abord le programme qui fait le talent et non pas l'animateur, c'est la conjonction des deux bien entendu mais lorsque vous regardez, par exemple, ce que nous avons fait avec l'Euro avec Estelle Denis qui fait un programme formidable qui s'appelle «100% Euro», nous sommes très fiers d'avoir amené des personnes nouvelles et d'avoir découvert des talents à la télévision.
Le Talk
Avant les questions des internautes, je voudrais vous faire part d'une phrase que l'on doit vous ressortir souvent que vous aviez prononcée dans Paris-Match, en février 2007 qui était: «Je passe ma journée à imaginer comment scotcher les familles françaises devant la télévision et je passe mes soirées à gamberger comment déscotcher les enfants». C'est un peu schizophrène. Vous n'aimez pas ce que vous offrez aux télespectateurs?
Nicolas de Tavernost
C'est tout à fait schizophrène mais je dirai que les enfants ont besoin un peu aussi d'autorité, et donc lorsqu'on exerce un peu son autorité dans sa vie familiale, y compris devant la télévision de sa propre chaîne, ce n'est pas totalement schizophrénique. Pour ma part, j'ai vécu avec la télévision très jeune, j'aime beaucoup la télévision et je pense qu'elle tout à fait compatible avec si elle est contrôlée et mesurée, l'exercice d'une activité scolaire ou extrascolaire développée.
Le Talk
Les questions des internautes Orange actu et le Figaro. Fr, questions courtes, réponses courtes.
Le Talk
Pierre: «Pensez-vous que les programmes culturels ne sont réservés qu'au service public»?
Nicolas de Tavernost
Sur Paris Première, on a été les premiers à mettre des pièces de théâtre en direct. Vous avez l'excellent programme «Ca balance à Paris» qui est un programme culturel, et nous avons sur M6 des émissions telles «E = M6», «Capital», «Zone interdite» hebdomadaires, ce ne sont pas des émissions que l'on voit une fois tous les trente-six du mois, et donc je suis très heureux de ce que l'on peut mettre. On fait toujours mieux, on peut toujours progresser dans la connaissances et vous aurez, j'espère, de bonnes surprises à la rentrée.
Le Talk
Vincent: «Thuram, dix-huit ans de football avec une malformation cardiaque. C'est un miracle»?
Nicolas de Tavernost
Je ne suis pas suffisamment compétent
Le Talk
en matière de miracle! Très bien!
Nicolas de Tavernost
en matière de santé surtout.
Le Talk
Merci.