Pdt du Conseil Constitutionnel.
Le Talk
Laurent Guimier - Bonsoir Jean-Louis Debré ?
Jean-Louis Debré
Bonsoir.
Le Talk
D'abord enlevez moi un doute, il paraît que vous vous ennuyez au Palais Royal ?
Jean-Louis Debré
Pas du tout.
Le Talk
Non ?
Jean-Louis Debré
On ne peut pas s'ennuyer.
Le Talk
On lit cela dans la presse. On dit, il ronge son frein, il ne parle pas ?
Jean-Louis Debré
Je parle peu. Je ne peux pas m'exprimer sur la vie politique et sur les grands débats politiques, donc je respecte mon devoir de réserve, simplement cela ne m'empêche pas d'aller étudier l'histoire, l'histoire de mon pays et d'écrire des romans policiers. Et aussi de m'occuper de ce Conseil qui est une très belle institution.
Le Talk
Une question d'actualité qui fait quand même référence à l'histoire et à nos racines. On l'a appris cet après-midi, le Livre blanc sur la Défense sera rendu public demain, mais on sait d'ores et déjà qu'il va y avoir un grand chambardement. 54 000 suppressions d'emplois, des casernes rayées de la carte, on redessine l'histoire de l'armée française ?
Jean-Louis Debré
Attendez, ne me faites pas intervenir sur un sujet d'actualité. Il y a le livre blanc. Ce n'est pas la première fois qu'il y a un livre blanc sur la Défense nationale. Je crois qu'il est bien de réfléchir sur ces problèmes, mais je n'irai pas plus loin. Je n'ai pas à commenter des propositions contenues dans ce livre.
Le Talk
Je vais tenter ma chance avec la réforme des institutions, parce que là vous en parlez quand même de temps en temps. Demain, examen en première lecture au Sénat, donc on ne va pas parler de l'examen en première lecture au Sénat, mais sans parler explicitement du projet, vous avez la semaine dernière craint un retour aux errements de la III et la IVe République. Vous faisiez référence à un livre dont on va parler et l'UMP l'a très très mal pris. Vous avez vu, son porte-parole, Dominique Paillé a regretté que vous sortiez de votre réserve et que vous preniez parti contre le projet de réforme. Ca fait mal quand on lit cela ?
Jean-Louis Debré
Non, parce que je pense que c'est totalement injuste et qu'un peuple, un pays, une nation qui a peur de son histoire est un pays qui va mal. Il y a quelques voix politiciennes. L'important, c'est de regarder son histoire en face et d'éviter de recommencer les mêmes erreurs. La Ve République, et je ne parlerai pas de la réforme qui est en cours, l'un des grands mérites de la Ve République, le grand mérite de la Ve République, c'est d'avoir fait oublier les dysfonctionnements de la IIIe et de la IVe République. Nous sommes aujourd'hui le 16 juin, date anniversaire du discours de Bayeux, dans lequel le général de Gaulle, tirant enseignement de la IIIe République, et pressentant ce qui allait se passer avec la IVe, a organisé, décrit l'architecture politique de la Ve République. Cette Ve République, dont un professeur de droit en 1959 disait qu'elle ne survivrait pas à De Gaulle, a duré et dure depuis cinquante ans. Elle a traversé les crises, les alternances, les cohabitations. C'est dire qu'elle n'est pas si mauvaise que certains veulent bien le dire. Et pourquoi n'est-elle pas si mauvaise ? Parce que les constituants de 1958 ont examiné, étudié et compris ce qui n'avait pas marché dans les républiques précédentes.
Le Talk
Dans le discours de Bayeux justement, le général De Gaulle, qui fait référence aux Grecs, posait la question : Quelle est la meilleure Constitution ? Il faisait répondre : Dites-moi d'abord pour quel peuple et à quelle époque. Eh bien, la France de 2008 n'est plus celle de 1958 donc il n'y a pas forcément un crime de lèse-majesté à la modifier cette Constitution ?
Jean-Louis Debré
Je ne suis absolument pas pour la modernisation de nos institutions. D'ailleurs la Constitution de la Ve République a été modifiée à de multiples reprises, notamment?
Le Talk
Là, elle va l'être sensiblement ?
Jean-Louis Debré
Notamment avec l'élection du président de la République au suffrage universel. Notamment avec le passage du septennat au quinquennat. Mais il y a une architecture générale avec un président de la République, qui est l'arbitre du fonctionnement régulier des pouvoirs publics, qui est le guide de la Nation, avec un gouvernement et avec un Parlement qui vote la loi, qui contrôle le gouvernement et l'administration. Cette architecture n'est pas née d'un cerveau, du cerveau de mon père en 1958, elle correspond à ce qu'il considérait être nécessaire pour permettre à la vie politique française de s'épanouir. Donc on peut moderniser, mais attention l'histoire montre qu'il ne faut pas changer les fondamentaux.
Le Talk
Le 49-3, c'est un des fondamentaux. Votre père le disait, on peut le dire. Est-ce que le 49-3 est un des fondamentaux de la Ve, oui ou non ?
Jean-Louis Debré
Oui. Cela n'a pas été imaginé par mon père, c'est Guy Mollet qui l'avait souhaité. Ce sont les socialistes qui l'avait souhaité. Et il avait souhaité, à l'instar de ce qui se passait en Allemagne pour assurer l'efficacité du gouvernement.
Le Talk
Le fait que le Sénat revienne sur cet assouplissement ?
Jean-Louis Debré
Ne me faites pas commenter le débat actuel.
Le Talk
Est-ce que le 49-3 en fait partie?
Jean-Louis Debré
Le 49-3 est un élément essentiel de l'architecture constitutionnelle française, tel que le général De Gaulle et ceux qui l'ont accompagné l'ont voulu.
Le Talk
Y toucher, serait remettre en cause les fondements ou l'architecture ?
Jean-Louis Debré
Là, c'est du commentaire. Je vous dis simplement ce qui était à l'époque affirmé.
Le Talk
Si la réforme n'aboutissait pas, cela serait une catastrophe ou un incident ?
Jean-Louis Debré
Je ne peux pas entrer dans ce débat. Il est important que le législateur, ce n'est pas de ma responsabilité, je ne suis plus législateur, modernise nos institutions sans que cela soit un retour en arrière et sans introduire l'impuissance gouvernementale. Ou si l'on veut changer de régime, qu'on le dise clairement. Dans mon livre «Les oubliés de la République», je regarde comment la IIIe République a progressivement dérivé en un régime de confusion des pouvoirs et d'inaction. Est-ce que vous vous souvenez, est-ce que nos auditeurs se souviennent qu'il y a cinquante, ce n'est pas très loin, les gouvernements duraient six à sept mois. Est-ce qu'ils se souviennent qu'il y a cinquante ans, le budget de la France n'était jamais voté en temps et en heure et qu'il fallait arrêter l'horloge du Palais Bourbon pour faire croire?
Le Talk
Donc là il ne faut rien changer ?
Jean-Louis Debré
Non, je ne dis pas qu'il ne faut rien changer. Je dis que quand on veut changer, essayons de savoir, de connaître l'histoire de France. Bossuet a dit «l'histoire est nécessaire aux princes, elle évitera les mauvais, et les conseils qui ne sont pas judicieux».
Le Talk
M. Debré on va se replonger dans la politique avant de refermer cette émission, je sens que vous n'allez pas la commenter ?
Jean-Louis Debré
Non, je ne fais plus de politique.
Le Talk
C'est l'image du jour, je vous la montre : Jean Sarkozy a été élu cet après-midi président du groupe UMP au conseil général des Hauts-de-Seine, regardez c'est l'image du jour trouvée sur le Web (voir passage vidéo).
Jean-Louis Debré
Vous pensez une seconde que je vais commenter ?
Le Talk
Non, mais est-ce que c'est la naissance d'une dynastie républicaine ?
Jean-Louis Debré
Je ne commente pas. Je n'ai pas à commenter cela.
Le Talk
Rien du tout?
Jean-Louis Debré
Rien du tout.
Le Talk
Rien ne vous inspire, rien?
Jean-Louis Debré
Que cela m'inspire des choses, peut-être. Mais comme commentaires, aucun.
Le Talk
On va vous lire dans «Les oubliés de la République» publié chez Fayard depuis une dizaine de jours, Jean-Louis Debré merci beaucoup.