Le Talk
Laurent Guimier - Bonsoir Laurent Wauquiez?
Laurent Wauquiez
Bonsoir.
Le Talk
C'est officiel depuis aujourd'hui, le président Assad est invité au défilé du 14 juillet avec d'autres chefs d'État. Vous serez sans doute à la tribune ce jour-là, est-ce que franchement vous serez à l'aise sur la photo?
Laurent Wauquiez
Oui, d'abord parce que je pense que par exemple sur le dossier libanais il y a quand même eu des efforts qui ont été enclenchés mais ce sont des questions de politique étrangère. Rassurez-vous je répondrai aux autres questions. Mais celle-ci n'est pas de ma compétence.
Le Talk
Mais vous sourirez sur la photo, pas de souci, vous serez là?
Laurent Wauquiez
Je sourirai parce que c'est le 14 juillet et parce que c'est le défilé de notre fête nationale. Je m'interdis de faire des commentaires sur la politique étrangère. Le côté des hommes politiques «je sais tout», j'essaie d'éviter.
Le Talk
Les 35 heures, on peut en parler, c'est carrément votre domaine. J'ai un peu l'impression que ça crache ce soir dans la majorité à l'approche de la mobilisation la semaine prochaine et de la loi qui va permettre de les assouplir. Je ne sais pas si vous avez vu la déclaration du nouveau centre qui dit «les 35 heures ont été imposées par la loi. Utiliser la même méthode pour assouplir le système va le rendre plus complexe». En gros, vous faites du Martine Aubry à l'envers?
Laurent Wauquiez
Si c'était la même méthode, ce serait tout à fait juste mais précisément ce n'est pas du Martine Aubry à l'envers. Le Martine Aubry à l'envers, cela aurait été de passer d'une durée légale de 35 heures à une durée légale de 39 heures. Le choix qui est fait c'est de dire, il faut d'abord qu'on donne beaucoup plus de souplesse, que ce soit entreprise par entreprise, salarié par salarié. Cela va être le premier objectif. Le deuxième objectif: si on veut sortir du logiciel 35 heures qui était grosso modo le travail ne paie plus dans ce pays, il faut qu'on continue à miser sur les heures supplémentaires. Que les gens qui aujourd'hui ont retrouvé je dirais foi et confiance dans le travail et dans le fait que c'est justement rémunéré, c'est parce qu'ils ont des heures supplémentaires entre 35 et 39. Il est hors de question de revenir dessus. Je ne doute pas que le nouveau centre s'y retrouvera. Ca n'est pas du tout le logiciel Aubry, c'est le logiciel du président de la République et celui-là, il est bon.
Le Talk
C'est une réserve sur la forme aussi. C'était de dire, bon, le côté "droit dans ses bottes", on a déjà donné et cela ne donne pas toujours de bons résultats à la fin?
Laurent Wauquiez
Ce n'est précisément pas un côté "droit dans ses bottes". Là-dessus on a été très clairs avec les partenaires sociaux. Ce qui est la caractéristique de cette majorité, c'est que le président a fixé la totalité de la feuille de route au moment de l'élection présidentielle, y compris sur les 35 heures. Donc il n'y a aucune surprise.
Le Talk
Sortir du carcan?
Laurent Wauquiez
C'est quoi le maître mot de notre politique sociale ? Il repose sur deux conditions. La première - sur la politique sociale que nous voulons mener -, c'est l'emploi qui est le socle absolu de notre cohésion sociale et c'est sur cela qu'il faut que l'on travaille. La deuxième condition, c'est sortir du logiciel Aubry, c'est sortir de cette idée d'un carcan imposé à tout le monde et permettre à beaucoup plus de salarié d'avoir du choix. C'est ce double changement, cette double rupture qu'on est en train de réussir.
Le Talk
François Fillon a dit cet après-midi: la voix du dialogue est toujours ouverte. D'accord, mais le projet de loi est fixé, fini, cela ne bougera plus?
Laurent Wauquiez
La voix du dialogue est toujours ouverte. Je prends un sujet comme l'emploi des seniors. On est en train de travailler sur l'emploi des seniors en ce moment. J'ai eu des réunions bilatérales avec les partenaires sociaux pour voir ensemble comment est-ce qu'on peut le développer. La formation professionnelle fin juin avec Christine Lagarde, on va avoir une séance de travail ensemble. Évidemment que le dialogue est toujours ouvert. Mais le dialogue, cela ne veut pas dire que la démocratie sociale prend le pas sur la démocratie politique.
Le Talk
Là, vous citez François Fillon?
Laurent Wauquiez
Bien sûr parce que je crois - il fait partie des hommes politiques qui savent bien ce que c'est que le dialogue social, c'est même celui qui le maîtrise le mieux - que c'est cette articulation qu'il faut trouver. On fait confiance aux partenaires sociaux, on met les sujets sur la table. Après, à eux de décider et de voir s'ils sont capables de s'en saisir et d'avoir des négociations. Quand ce n'est pas le cas, on prend nos responsabilités, quand c'est le cas on suit ce qu'ils font. Sur la représentativité, ils sont arrivés à négocier, on valide leur accord. Sur le temps de travail ou sur l'offre d'emploi raisonnable, ils n'y arrivent pas, c'est à nous de prendre nos responsabilités.
Le Talk
Même s'il y a un million de gens dans les rues mardi prochain?
Laurent Wauquiez
Je ne crois pas du tout que ce sera le cas. Je pense qu'il y a un déclic qui est en train de se faire dans notre pays, c'est que les Français voient que sur l'ensemble des sujets on réforme et on fait finalement le travail qui n'a pas été fait depuis quinze ans dans ce pays où une couche de poussière s'était un peu accumulée. Et surtout qu'il y a des résultats. Vous prenez un domaine comme l'emploi, on a 7,2% de taux de chômage, le meilleur résultat depuis 1981. Ce qui est hautement symbolique.
Le Talk
L'assurance chômage. On vous entend beaucoup depuis hier sur cette fameuse proposition d'offre raisonnable d'emploi. Vous l'avez détaillée hier en conseil des ministres. Il y a les paliers: trois mois, six mois, un an. Et on aussi beaucoup entendu les critiques, notamment des syndicats. Bernard Thibault ce matin sur Europe-1 dit «On a tendance à présenter les chômeurs comme des fraudeurs», c'est-à-dire en tapant dessus avant de leur donner des aides, qu'est-ce que vous répondez?
Laurent Wauquiez
Ce n'est pas mon cas. Et je le dis et le répète à chaque fois que l'on traite de ce sujet, les demandeurs d'emploi ne sont pas tous des fraudeurs.
Le Talk
Mais il y en a combien des fraudeurs, sur la masse?
Laurent Wauquiez
On voit ce qui se passe sur les pays d'Europe qui ont un système de contrôle. Dans un pays comme la Suède, c'est à peu près évalué à 5%. Je viens d'expliquer l'esprit de ce que l'on fait. L'idée c'est de mieux accompagner ceux qui cherchent un emploi, d'améliorer le service public de l'emploi sur des sujets très concrets: les horaires d'ouverture, avoir un site internet qui soit efficace ou un standard téléphonique que vous pouvez joindre de 8 heures à 22 heures comme cela se pratique par exemple en Allemagne. Améliorer le service public de l'emploi. Mieux accompagner ceux qui cherchent un emploi. Mais de l'autre côté, oui, mieux contrôler ceux qui ne jouent pas le jeu. Et c'est aussi là encore une certaine approche de ce que doit être notre politique sociale. On ne peut avoir de politique sociale généreuse qu'à condition aussi d'avoir un bon équilibre entre les droits et les devoirs.
Le Talk
Quand on fait une loi comme ça, on a forcément des objectifs. On essaie d'évaluer, de faire un peu de prospective. Quelle proportion de chômeurs de plus de un an vont retrouver du travail quand ce dispositif sera en place?
Laurent Wauquiez
Aujourd'hui le délai moyen en France quand vous cherchez un emploi, pour en retrouver un, c'est entre douze et quatorze mois. Je voudrais qu'on arrive à revenir sur un délai qui soit entre huit et neuf mois. Parce que quand on est au chômage, chaque mois compte. Plus on attend, plus cela va être difficile de retrouver un emploi. C'est un peu l'objectif. Si je devais le résumer d'un mot, je dirai jusque là on faisait une politique de l'emploi qui consistait à faire un traitement administratif d'indemnisation du chômage. Ce que je souhaite faire, c'est du sur-mesure et permettre un vrai accompagnement sur le retour à l'emploi. D'ailleurs cela se décline concrètement: c'est avoir le même conseiller qui vous suit, que dès le premier entretien on soit efficace, avoir une mise à disposition d'outils informatiques qui vont vous permettre tout simplement de répondre à des offres par mail. C'est ce côté-là, très concret d'amélioration du service public de l'emploi, qui est aussi mon travail.
Le Talk
Questions d'internautes
Le Talk
Clotilde: Je demande le paiement de mes heures supplémentaires, mais mon patron ne veut pas. Qu'est-ce que je peux faire?
Laurent Wauquiez
Désolé de le dire mais saisir l'inspection du travail.
Le Talk
C'est quelqu'un qui travaille dans une entreprise dans le giron de l'État. Elle l'a précisé.
Laurent Wauquiez
De façon totalement confidentielle, vous nous basculez les informations, on ira regarder parce que ce n'est pas acceptable. Les obligations sont sur les demandeurs d'emploi mais elles sont aussi sur les entreprises. Tout le monde doit jouer le jeu.
Le Talk
Tessa: quelle est votre légitimité à l'emploi puisque vous n'avez jamais travaillé dans le privé?
Laurent Wauquiez
C'est une bonne question. J'ai travaillé dans le privé, notamment pour financer mes études. Je ne sais pas si pour s'occuper d'un sujet il faut? enfin l'emploi, c'est l'emploi dans l'aide publique, c'est l'emploi dans les associations, c'est l'emploi dans le privé. Par ailleurs je viens d'une famille qui n'était pas du tout une famille de la fonction publique dans laquelle il n'y avait personne qui faisait de la politique. J'essaie, c'est vrai d'être très attentif à ces réalités, il n'y a pas de semaine qui s'écoule sans que j'aille dans une entreprise. S'agissant de ces réalités de recherche d'emploi, je l'ai vécu très personnellement dans ma famille, notamment avec une de mes s?urs qui a cherché un emploi pendant plus de deux ans et que j'ai vu vraiment galérer sur ces questions-là. Même si je ne les ai pas vécues, j'ai bien conscience d'être un privilégié en la matière, mais c'est sans doute aussi pour cela que j'essaie de les faire bouger. Et les réalités de mon département, qui est la Haute-Loire, qui me permettent d'être confronté tous les jours à ces questions.
Le Talk
C'est jeudi, vous êtes allé à l'Élysée aujourd'hui, dans la fameuse réunion des sept ministres?
Laurent Wauquiez
Vous êtes très indiscret, vous.
Le Talk
Jeudi, c'est Sarkozy comme on dit. Alors, vous y étiez?
Laurent Wauquiez
Pas ce jeudi, non.
Le Talk
Cela fait deux semaines de suite qu'elle est annulée alors?
Laurent Wauquiez
Comme quoi c'est un contour souple.
Le Talk
Cela veut dire qu'elles n'auront plus lieu ces réunions?
Laurent Wauquiez
Il y a eu un espèce de fantasme sur cette réunion. Je crois surtout que d'abord c'est intéressant que des ministres se retrouvent parce que c'est un travail en équipe. Après tout le monde est au clair que même s'il y a bien un septuor, il y a bien un chef d'orchestre. Et quand on est soliste, on apprend à jouer avec les autres.
Le Talk
Le chef d'orchestre, c'est François Fillon
Laurent Wauquiez
C'est François Fillon. Mais celui qui rédige et demande à ce qu'on joue la musique, c'est le président de la République.
Le Talk
Il y en aura une jeudi prochain?
Laurent Wauquiez
On en reparle jeudi prochain
Le Talk
Vous nous tenez au courant. Merci beaucoup Laurent Wauquiez.
Le Talk
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