Secrétaire d'Etat aux Sports.
Le Talk
Anne Fulda - Bonsoir. Où êtes-vous passé ces derniers mois. On ne vous entend plus, on ne vous voit plus, on n'entend plus vos coups de gueule. C'est une discrétion voulue ou subie?
Bernard Laporte
Non, pas du tout, j'ai été en Chine pour les derniers préparatifs avant les Jeux Olympiques. On se déplace. Notre métier c'est de régler les problèmes, ce n'est pas de passer à la télévision. Il y a pas mal de soucis actuellement, que ce soit dans le monde amateur ou professionnel. On a eu malheureusement la fameuse banderole au match PSG-Lens. Ensuite le passage de la flamme olympique qui a été perturbant. Il a fallu régler tous ces problèmes. C'est passionnant.
Le Talk
La victoire de Gaël Monfils qui va jouer en demi-finale à Roland-Garros, enfin une bonne nouvelle parce qu'on en manquait un petit peu dans le sport français. A propos de Roland-Garros, est-ce qu'on a enfin réglé cette question de l'extension du stade?
Bernard Laporte
Elle n'est pas définitivement réglée mais nous y sommes favorables, comme beaucoup. J'espère qu'il y aura un consensus qui permettra qu'on réalise l'extension de Roland-Garros. De toute façon elle est inévitable si on veut conserver Roland-Garros comme une étape du Grand chelem. Quand on sait la concurrence active qu'il y a aujourd'hui, notamment avec Madrid qui se propose pratiquement aux mêmes dates que nous avec le double de volume d'espace avec des stades fermés à toits rétractables. Aujourd'hui il faut se moderniser, il faut avancer, il faut évoluer. Encore une fois, il faut défendre Roland-Garros, cela fait partie intégrante du patrimoine français, c'est pour cela que je suis favorable à son extension.
Le Talk
D'où viennent les oppositions. Du Conseil de Paris, des riverains du 16e arrondissement qui veulent garder leur espace vert? Quel est le problème?
Bernard Laporte
Il faut être clair. Je prendrai le parti du sport qui est de défendre notre patrimoine, donc défendre Roland-Garros. L'extension va se faire sur le stade Hébert où il y a des jeunes qui évoluent que ce soit des scolaires ou que ce soit à travers des associations sportives. La première des choses est de reclasser ces personnes. Il faut les reloger, leur retrouver des stades, c'est la priorité. Ce n'est pas de dire «non-non vous, vous partez. On va construire un stade professionnel», puisqu'on parle de professionnalisme quand on parle de tennis au tournoi ATP. C'est de dire ces jeunes qui occupaient cet espace, on va les reclasser, les positionner. Le maire de Paris s'y est engagé. C'est pour cela que je suis soulagé et que je défends à fond ce dossier parce que l'essentiel est de préserver nos jeunes, de leur retrouver des espaces pour jouer.
Le Talk
Donc vous avez confiance dans l'appui de votre ami Bertrand Delanoë?
Bernard Laporte
J'ai confiance en ce qu'il a dit, oui, bien sûr.
Le Talk
Le grand événement à venir des semaines qui viennent ce sont les Jeux Olympiques qui se déroulent à Pékin. Vous rentrez d'une visite là-bas, vous avez rencontré votre homologue. Est-ce que les relations se sont apaisées après le passage agité de la flamme à Paris?
Bernard Laporte
Oui, vous savez, je crois qu'il faut se rendre sur place pour voir réellement ce qui se passe, quelles sont les relations que nous entretenons avec eux. Effectivement, le ministre des Sports m'a reçu et m'a fait allusion au passage de la flamme qui avait été pour eux difficile à accepter vu les événements qui s'étaient produits ce jour-là. Il a bien compris que c'était une minorité de Français et puis surtout, il a vraiment compris que les Français aiment les Chinois, c'est ce que je lui ai dit: on ne va pas régler tous vos problèmes, vous êtes en train d'évoluer, d'avancer. Bien sûr que nous voudrions que cela aille plus vite notamment en ce qui concerne les droits de l'Homme chez vous mais force est de constater qu'ils sont en train d'évoluer. Encore une fois, j'ai pris le parti du sport et dit: je ne veux pas qu'on prenne en otage les sportifs qui vont faire les Jeux olympiques. Il n'était pas question de s'excuser sur ce qui s'était passé, il fallait bien accepter et les relations sont bonnes, ils apprécient les Français, on a passé un très moment avec le ministre des Sports, on a signé une convention-cadre qui est une convention d'échanges entre nos entraîneurs, leurs entraîneurs, leur sportifs et nos sportifs, les relations sont au beau fixe.
Le Talk
Vous n'avez eu aucun état d'âme, à aucun moment après les mouvements d'oppression des Chinois envers les Tibétains?
Bernard Laporte
Je dis qu'il ne faut pas tout mélanger, tous les sportifs s'expriment, ils ont le droit, ce sont des citoyens comme les autres mais, encore une fois, si les gouvernements, si les personnes qui sont élues, sont là pour régler ces problèmes-là, ne sont pas capables de le faire, ce ne sont pas les sportifs qui vont le faire. Il ne faut donc pas prendre le sport «en otage», ce pour cela que j'étais déçu, tout simplement pour les valeurs de l'olympisme et pour ce que les JO représentent. J'étais déçu de cette journée-là parce que, si à travers l'événement mondial que représentent les Jeux olympiques qui rassemblent 205 pays, qui est un monument de paix ou qui fédère, si on les prend en otage et qu'on y voit des actes de violence comme on les a vus lors du passage de la flamme, alors, excusez-moi mais c'est la guerre tous les jours et cela n'en finira jamais.
Le Talk
Ferez-vous partie de la délégation officielle restreinte qui va à Pékin et qui accompagne le président de la République?
Bernard Laporte
J'espère que le président de la République ira à la cérémonie d'ouverture.
Le Talk
Ce n'est pas tranché?
Bernard Laporte
Je pense que cela sent bon mais toujours est-il, moi je vais y aller - à moins qu'il y ait refus - autrement je suis parti pour y être.
Le Talk
Parce qu'il y a un ministre dans la délégation?
Bernard Laporte
Non, il y en a deux. Il y a Roselyne Bachelot qui est la ministre de tutelle que j'accompagnerai. Est-ce qu'elle restera tous les Jeux ou pas? Je ne sais pas. Il faut lui poser la question mais moi, je suis parti pour être là-bas durant tous les Jeux olympiques et surtout après aussi, les Jeux para-olympiques qui auront lieu du 6 au 17 septembre.
Le Talk
Les relations avec Roselyne Bachelot sont-elles bonnes? Et après huit mois, puisque que cela fait huit mois que vous êtes au gouvernement, vous venez du milieu du sport, avez-vous l'impression que c'est la jungle le gouvernement, la politique en général?
Bernard Laporte
C'est différent, c'est un autre monde avec d'autres personnes et d'autres stades. Mais pour moi, c'est une expérience enrichissante et je rencontre des personnes qui méritent beaucoup de respect. Vous savez, c'est comme dans tout, lorsque certaines personnes ne vous intéressent pas, vous passez à côté, vous ne les calculez pas mais j'ai vraiment rencontré des gens agréables, sympathiques et avec qui il fait bon travailler.
Le Talk
Est-ce que le sport est définitivement devenu une valeur marchande comme les autres? Comment lutter contre le fait que depuis l'arrêt Bosman, les clubs les plus riches, anglais ou espagnol notamment, achètent nos meilleurs joueurs?
Bernard Laporte
C'est un véritable sujet que nous allons porter nous, quand nous - la France - allons prendre la présidence de l'Union européenne. Nous allons mettre ce sujet-là à l'ordre du jour lors du congrès qui aura lieu à Biarritz, fin novembre. Ce que nous voulons, ce que nous proposons, c'est de privilégier la formation française et faire en sorte qu'il y ait six joueurs formés localement sur les 11 qui vont démarrer en football, cela peut être huit sur les quinze en rugby ou aller plus loin et être courageux. Alors, oui, on fait une entorse au droit communautaire, ce que nous voulons surtout, c'est que Bruxelles reconnaisse la spécificité.
Le Talk
Parce que le Parlement européen y est opposé?
Bernard Laporte
Nous voulons qu'il y ait la reconnaissance de la spécificité du sport comme il existe la spécificité de la culture et, en ce sens, nous nous battrons parce qu'il y a aussi un problème pervers. Après, on voit beaucoup de jeunes africains notamment qui viennent. Seulement, 5 % réussissent, les autres se retrouvent sans papiers, sans club, sans rien. C'est pour cela que nous proposons une autre règle: interdire de recruter des jeunes et surtout de les délocaliser avant 16 ans, pour les laisser chez eux, dans l'entourage familial, on peut les former très bien avec des centres de formation en Afrique avec des entraîneurs français.
Le Talk
Maintenant, nous allons vous poser quelques questions d'internautes notamment, Amélie, qui vous demande: pourquoi avoir logé les Bleus dans un hôtel 5 étoiles de grand luxe?
Bernard Laporte
Ce n'est pas moi qui m'occupe de l'intendance de l'équipe de France de football.
Le Talk
Où auriez-vous logé l'équipe de France ?
Bernard Laporte
Je fais confiance à Raymond Domenech qui est un très bon entraîneur et s'il a estimé qu'il fallait le faire, c'est qu'il fallait le faire.
Le Talk
Robbie: que pensez -vous de Charles Villeneuve au PSG?
Bernard Laporte
Cela a été «choquant» puisque nous ne nous y attendions pas, on annonçait plusieurs noms mais pas le nom de Charles Villeneuve. Mais c'est quelqu'un de passionné par le football, on connaît ses accointances avec Arsène Wenger mais aussi son caractère, il va mettre de l'ordre comme on le dit dans ce club, qui en a peut-être besoin.
Le Talk
Steph vous demande: combien de médailles d'or aurons-nous aux JO?
Bernard Laporte
Il nous en faut quarante si on veut maintenir notre septième rang mondial, donc nous ferons en sorte de les obtenir parce que nous reculons depuis deux olympiades, nous étions cinquième en 1996, sixième en 2000, septième en 2004 et nous voulons maintenir cette septième place ou avancer, nous ne voulons plus reculer.
Le Talk
Merci Bernard Laporte