Tchétchénie: les persécutions contre les homosexuels ont repris depuis la fin du ramadan

Tchétchénie: les persécutions contre les homosexuels ont repris depuis la fin du ramadan

Des militants près d'une bannière contre l'homophobie en Tchétchénie, devant l'ambassade de Russie, le 2 juin 2017 à Paris

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AFP, publié le vendredi 30 juin 2017 à 12h12

Les persécutions contre les homosexuels, qui avaient cessé durant le ramadan, ont repris de plus belle en Tchétchénie depuis la fin de cette période de jeûne musulman, a affirmé vendredi l'ONG Russian LGBT network (réseau LGBT russe).

"Depuis la fin du ramadan, les détentions ont repris. Pendant le ramadan, il n'y en avait plus", a déclaré Igor Kochetkov, le directeur du réseau LGBT russe, dans un entretien avec l'AFP réalisé à Paris, où il devait être reçu à l'Elysée, au ministère des Affaires étrangères ainsi qu'au Sénat.

"Des dizaines de personnes nous contactent sur notre hotline. Ils nous disent qu'on essaie d'accuser les gays sous de fausses preuves, qui vont du cambriolage au terrorisme. Cela se passe maintenant. C'est tout récent", s'est-il inquiété.

"La même chose se passe qu'en mars", quand le réseau LGBT russe avait reçu de nombreux appels dénonçant des persécutions subies par les gays tchétchènes dans leur pays, a observé M. Kochetkov.

Selon le journal russe Novaïa Gazeta, plus de cent homosexuels ont été arrêtés ces derniers mois dans cette république russe du Caucase, où les autorités ont incité leurs familles à les tuer pour "laver leur honneur". Toujours selon le journal, au moins deux personnes ont été assassinées par leurs proches et une troisième est décédée des suites d'actes de torture.

Pour le président du réseau LGBT russe, ce sont même "six gays" qui ont été "tués" dans cette république conservatrice et musulmane, alors qu'il chiffre à "300 à 400" le nombre d'homosexuels tchétchènes à avoir été détenus et torturés dans des lieux non officiels, comme des écoles abandonnées ou des garages.

Entre "60 et 70" d'entre eux ont été "exfiltrés" dans d'autres provinces russes, dont 14 ont depuis lors été admis dans des pays étrangers avec "visa humanitaire et asile garanti", a-t-il affirmé. L'un d'entre eux est arrivé fin mai en France.

Leurs familles ont récemment reçu la visite de la police tchétchène, qui les a forcées à signer des documents attestant qu'elles "ne déposent aucune plainte", que "leurs proches n'étaient pas gays", qu'ils "n'ont pas été maltraités" et qu'ils sont simplement "partis travailler" ailleurs en Russie, s'est indigné Igor Kochetkov. 

"La police tchétchène n'était pas contre les gays. Elles les faisait chanter. C'était un business stable", a-t-il affirmé. Mais en février, "il y a eu un ordre du gouvernement tchétchène de mener des purges systématiques", a accusé M. Kochetkov.

"La Tchétchénie est très petite. Une purge de cette taille n'a pu avoir lieu sans l'approbation du plus haut niveau de l'exécutif", a estimé Irina Gordienko, l'une des deux journalistes de Novaïa Gazeta ayant révélé l'affaire, ciblant le président de cette république du Caucase, Ramzan Kadyrov.

"C'est lui qui fait les règles. S'il n'aime pas quelque chose, cela doit être effacé. (...) Là, il a juste décidé de torturer un groupe. Il ne pensait pas que cela serait rendu public", a estimé Mme Gordienko, venue jeudi à Paris recevoir un prix d'une cérémonie LGBT.

Mi-avril, M. Kadyrov a démenti toute arrestation d'homosexuels. Son porte-parole avait de son côté estimé qu'il ne pouvait y avoir d'exactions contre les gays puisque ceux-ci "n'existent pas" en Tchétchénie.

 
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