SNCF, déchets, énergie... : à la veille de l'EURO, la France en pleine crise sociale

SNCF, déchets, énergie... : à la veille de l'EURO, la France en pleine crise sociale

Des poubelles s'entassent rue des Petits-Champs à Paris, le 8 juin 2016. (Illustration)

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Orange avec AFP, publié le jeudi 09 juin 2016 à 15h50

- Alors que 2 millions de personnes sont attendues en France pour l'EURO 2016 de football, le pays est en pleine crise sociale provoquée par la réforme du droit du travail. -

Quand les grèves d'ampleur nationale rencontrent les revendications sectorielles, on obtient un pays en pleine "pagaille sociale", à la veille d'un événement sportif international majeur.

Et la grogne se propage, avec les pilotes d'Air France qui s'apprêtent à cesser le travail eux aussi. Mené de front par la CGT, le conflit, qui frappe plusieurs secteurs, est également l'occasion d'actions coup de poing dans toute la France. Les opposants à la loi travail ont multiplié jeudi 9 juin, depuis l'aube, les blocages temporaires : les accès au marché international de Rungis (Val-de-Marne), le port de Lyon, des voies ferrées à Annecy, Toulouse et Saint-Nazaire, et le périphérique nantais.

Si, la semaine dernière, le numéro un de la CGT Philippe Martinez assurait qu'"il n'est pas question de bloquer l'EURO", force est de constater que le mouvement s'est durci à l'approche du début de la compétition. Le syndicaliste avait d'ailleurs promis "la plus forte mobilisation depuis trois mois". Et les secteurs concernés peuvent tous avoir un impact sur la compétition.

De son côté, l'exécutif monte au créneau pour dénoncer l'attitude des syndicats, et spécifiquement de la CGT. "Bloquer la France pendant l'EURO, c'est une forme de guérilla syndicale. On est dans un jusqu'au-boutisme, dans une politique du pire", a pesté le ministre des Sports Patrick Kanner sur France Inter jeudi. Paris, candidate à l'organisation des JO en 2024, pourrait partir avec un sacré handicap si le mouvement social perturbait les déplacements des supporters ou des équipes de l'EURO. La ministre de l'Environnement Ségolène Royal a appelé à ce que "la pagaille cesse".  La "priorité" doit être "l'emploi", il "reprend. Ce n'est pas le moment de le stopper", a estimé son homologue aux Finances, Michel Sapin.


LES TRANSPORTS

Le secteur des transports est au centre du bras de fer social engagé notamment entre la CGT et le gouvernement. À la SNCF, la grève a été reconduite par les assemblées générales de cheminots pour la neuvième journée consécutive. Les aides annoncées mercredi par le Premier ministre Manuel Valls en faveur du secteur ferroviaire vont-elles faire plier les grévistes ? En attendant, le trafic reste perturbé, avec un train sur deux sur les lignes Transilien, RER et Intercités, et 6 TER sur 10. En revanche, 80% des TGV devaient rouler. Depuis le 1er juin, la grève lancée par la CGT-cheminots, SUD-rail et FO (non représentatif), très suivie par les personnels roulants, est reconduite de jour en jour, malgré les appels de l'exécutif et un accord, approuvé par la CFDT et l'Unsa, consacrant le maintien du régime de travail actuel à la SNCF. La direction recensait encore en matinée jeudi 7,9% de personnels mobilisés, tous métiers confondus. Depuis lundi, le taux est stable, autour de 8%. Le mouvement reste très suivi par les personnels roulants.

Le responsable du trafic en Île-de-France a déjà prévenu les spectateurs du match d'ouverture de l'EURO que la grève continuera vendredi et les a incités à venir au stade "le plus tôt possible".

Dans les airs aussi, la situation est tendue. Les syndicats de pilotes représentatifs à Air France ont rejeté jeudi le nouveau protocole de fin de conflit transmis dans la nuit par la direction : le préavis de grève pour samedi ne sera donc pas levé. Le mouvement est prévu pour durer jusqu'à mardi soir, et pourrait être suivi d'autres arrêts de travail. Ce conflit, lié à des revendications internes, n'est pas sans rappeler 1998 : à l'approche de la Coupe du monde de foot, une grève des pilotes avait paralysé la compagnie pendant dix jours, avant un accord in extremis, le jour de l'ouverture du Mondial. La compagnie communiquera vendredi sur le nombre de vols annulés samedi, et ainsi de suite. Le mouvement sera suivi, d'après le SNPL, syndicat majoritaire (65%).

Le SNPL et Alter, non représentatif, ont opté pour une grève par plages : 5h30-8h30, 12h00-15h00 et 21h30-23h59. Le Spaf, 2e syndicat (21%), appelle à cesser le travail de samedi à 00h01 jusqu'à mardi à 23h59.

Le PDG d'Air France Frédéric Gagey a annoncé un peu plus tard dans la journée qu'en 70% et 80% des vols seront assurés samedi. "Les premières personnes à protéger sont bien sûr nos clients" et "ils trouveront sur notre site internet toutes les informations fiables et en temps réel" 24 heures avant leur vol, a déclaré M. Gagey au cours d'une conférence de presse.

LES DÉCHETS

C'est l'image de la capitale qui est ternie. Et pour cause, dans certains quartiers de Paris, notamment les plus touristiques, les poubelles s'entassent dans les rues, alors que les éboueurs ont entamé la semaine dernière un mouvement social pour protester contre la loi Travail. Depuis début juin, les actions à l'appel de la CGT se font par intermittence, devant les garages de camions bennes ou les déchetteries du Syctom (agence métropolitaine des déchets). Les principaux sites de traitement de la région parisienne étaient toujours bloqués, ainsi que l'incinérateur de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), malgré l'appel du président de la métropole marseillaise Jean-Claude Gaudin à en libérer les accès ; et le principal centre des Hautes-Pyrénées. En revanche, à Saint-Etienne, la collecte et le traitement des ordures a repris jeudi.

"Les poubelles s'accumulent dans certains arrondissements. Je pense aux Ve et VIe arrondissements qui sont en train de crouler (sous les ordures), où cela fait 24 heures qu'il n'y a pas eu de ramassage", déplorait mercredi matin la maire PS de Paris Anne Hidalgo lors d'une conférence de presse. Jeudi, c'est son premier adjoint, Bruno Julliard, qui s'est inquiété pour l'image de la ville, mais également pour la situation sanitaire. "Nous sommes très inquiets et préoccupés par l'absence de propreté dans un certain nombre d'arrondissements. Il faut faire extrêmement attention à cette situation sanitaire en cas de décrue de la Seine", a-t-il déclaré sur Sud Radio et Public Sénat. La mairie de Paris discute "quotidiennement" avec la CGT pour trouver un compromis, a précisé le premier adjoint.

Les personnels et agents de la Ville de Paris qui bloquent l'usine de traitement des déchets d'Ivry-sur-Seine/Paris 13, plus important centre de traitement de France, ont décidé jeudi de reconduire leur grève jusqu'à mardi, journée de manifestation nationale contre la loi travail, a annoncé la CGT services publics. "Réunie à l'usine d'Ivry, occupée, l'assemblée générale des grévistes, éboueurs, égoutiers, personnels des garages de la Ville de Paris, a décidé à l'unanimité la poursuite du mouvement de grève jusqu'au 14 juin", a précisé à l'AFP Baptiste Talbot, représentant du syndicat.

L'ÉNERGIE

Les matchs de l'EURO se dérouleront-ils dans des stades plongés dans le noir ? Les Français verront-ils leurs téléviseurs s'éteindre au coup d'envoie de la finale ? Jeudi, pas de coupure de courant comme à Saint-Nazaire jeudi dernier, ou à Bordeaux, le mardi précédent. Cependant, le secteur de l'énergie était encore "dans l'action" pour demander le retrait de la loi Travail. Depuis mercredi, "les salariés des IEG (industries électriques et gazières) avec la CGT sont de nouveau et encore entrés dans l'action" et, après une baisse de la production d'électricité de "2.200 MW" mercredi, celle-ci atteint "3.000 MW" jeudi matin, a annoncé la CGT dans un communiqué. Selon la fédération, des arrêts de travail sont notamment observés dans les centrales nucléaires du Blayais, au Bugey, à Fessenheim, à Paluel et au Tricastin, ainsi qu'à Golfech. La centrale thermique de Porcheville (Yvelines) est aussi "toujours bloquée". 

"Les baisses de charge opérées sur certains sites nucléaires n'ont pas d'incidence sur la sûreté de l'alimentation électrique des Français", a déclaré un porte-parole à l'AFP. "Les autres moyens de production disponibles ailleurs en France, tels que les centrales nucléaires, les centrales thermiques, l'hydraulique, l'éolien et le photovoltaïque, permettent de couvrir les besoins de la consommation électrique des Français sans avoir recours aux imports", a-t-il ajouté. 

LES CARBURANTS

Côté carburants, le mouvement se poursuit dans trois des cinq raffineries françaises du groupe Total, mais toutes les stations-service du réseau sont réapprovisionnées. Au Havre, la grève du personnel des terminaux pétroliers, qui perturbe depuis 16 jours l'approvisionnement des raffineries et des aéroports parisiens, continue aussi. Depuis le 27 mai toutefois, un service minimum, sur injonction du Premier ministre Manuel Valls, est assuré par 17 cadres qui travaillent et dorment sur place depuis le début de la grève. 40% du brut importé par la France passe par les terminaux de la CIM.
 
41 commentaires - SNCF, déchets, énergie... : à la veille de l'EURO, la France en pleine crise sociale
  • Au fait elles sont où les couches sales, les préservatifs usagés, les boites de conserve ? Est ce que Mme la maire a bien recruté les bidasses,

  • La CGT continue ses actions de force,contraires à la démocratie .Son comportement irresponsable cause beaucoup de tort au vrai syndicalisme qui défend les travailleurs au lieu de les empêcher de travailler dans de bonnes conditions

  • Ségolène se réveille pour dire que la pagaille doit cesser. Il lui en a fallu du temps pour s'en apercevoir !!!

  • Si la CGT équipe de France de foot existait ce serait formidable. On les à vue faire grève lors d'un mondial. Messieurs les joueurs vous avez 24 heures pour vous syndiqué.

  • On voit à quel point ce chef de l’exécutif est entêté . Il ne veut pas avoir l'air de faire preuve de faiblesse en retirant ce projet de loi. Mais chacun sait que ce ne serait pas la première foi que ce gouvernement bat en retraite par contre ce serait la première fois qu'il fait preuve d'intelligence en reculant devant l'évidence du refus général.

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