Simone Veil est décédée

Simone Veil est décédée

Simone Veil le 6 avril 2013 à l'Assemblée nationale.

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Orange avec AFP, publié le vendredi 30 juin 2017 à 12h02

DISPARITION. Simone Veil est morte le 30 juin 2017 à Nice, à l'âge de 89 ans, annonce sa famille. L'ex-ministre de la Santé, figure du féminisme, qui fit légaliser l'interruption volontaire de grossesse, malgré l'opposition d'une partie de sa famille politique, était l'une des personnalités préférées des Français. Elle était aussi l'une des figures de la Shoah en France, déportée avec sa famille durant la Seconde Guerre mondiale. Emmanuel Macron salue la mémoire du "meilleur de la France". 

Ministre de la Santé de 1974 à 1979, sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, elle s'est illustrée pour avoir fait adopter la loi portant son nom sur la dépénalisation de l'interruption volontaire de grossesse. "Ma mère est morte ce matin à son domicile. Elle allait avoir 90 ans le 13 juillet", a indiqué à l'AFP son fils, l'avocat Jean Veil. Elle était rescapée des camps de la mort, où elle avait été déportée à 16 ans, et incarnait pour les Français la mémoire de la Shoah.

"Très vives condoléances à la famille de Simone Veil. Puisse son exemple inspirer nos compatriotes, qui y trouveront le meilleur de la France", a immédiatement réagi le président de la République Emmanuel Macron vendredi sur Twitter. 

Charismatique et populaire, Simone Veil s'était engagée, tout au long de sa vie marquée par sa déportation à Auschwitz, dans les combats emblématiques de son époque, de la condition des femmes à l'Europe. Attachée aux valeurs morales et républicaines, cette féministe inflexible a été la première femme secrétaire générale du Conseil supérieur de la magistrature, la première à être ministre d'État ainsi que présidente du premier Parlement européen. Parfois surnommée "Momone", chignon noué et tailleur Chanel, elle apparaissait rassurante et maternelle de prime abord. Mais son regard vert acéré était parfois traversé d'éclairs. Ils en disaient long sur son caractère, exigeant, passionné, autoritaire, voire "épouvantable" selon certains, sur son esprit prompt à la rébellion et à la colère. 

Ses parents et son frère morts dans des camps de concentration

Elle naît le 13 juillet 1927 à Nice, au sein d'une famille juive et laïque. Son père, homme rigoureux et architecte de profession, pousse ses quatre enfants à lire les classiques : Montaigne, Racine ou Pascal. Toute la famille est déportée en 1944. Le père et le frère, Jean, en Lituanie, sa soeur aînée Denise (résistante) à Ravensbruck, sa mère, sa soeur Milou et elle-même à Auschwitz. Seules les trois soeurs reviendront. "Je crois être une optimiste, mais, depuis 1945, je suis dénuée d'illusions", dira cette ennemie de la langue de bois qui n'oubliera jamais de reprocher à certains "amis" politiques leurs "dérives 'extrêmes droitières'". 

Elle rencontre en 1946 à Sciences-Po Antoine Veil, futur directeur général de la compagnie aérienne UTA. Le couple a trois fils, dont le célèbre avocat Jean Veil. Un des enfants est disparu en 2002. Antoine est mort en avril 2013. Magistrate, Simone Veil rejoint en 1956 l'administration pénitentiaire puis s'occupe des problèmes d'adoption. Sa maison est déjà un salon politique, où se côtoient gaullistes et centristes. 

Attaques violentes dans son propre camp durant les débats sur l'IVG

Elle entre en politique en 1974 comme ministre de la Santé dans le gouvernement Chirac. Son combat pour faire adopter la loi - contre une partie de la droite - sur l'interruption volontaire de grossesse, fait d'elle pour longtemps la personnalité politique la plus populaire de France. Les attaques qu'elle subit sont violentes. "On avait inscrit sur la porte de mon domicile: 'Veil = Hitler'", se rappellera-t-elle. Il restera, dans la mémoire collective, l'image d'une femme touchée, fin 1974, en pleine Assemblée nationale mais ne cédant pas. 

En juin 1979, Simone Veil est élue présidente du Parlement de Strasbourg, jusqu'en 1982. De 1984 à 1989, elle est à la tête du groupe libéral, démocratique et réformateur. "Le fait d'avoir fait l'Europe m'a réconciliée avec le XXe siècle", assurait cette pionnière. Dans le gouvernement Balladur de 1993, elle devient ministre d'État, chargée des Affaires sociales, Santé et Ville. Partisane (sans trop d'enthousiasme) de Raymond Barre à la présidentielle de 1988, elle soutient Édouard Balladur dans la course à l'Elysée en 1995. 

Singularité politique

En 1997, elle préside le Haut conseil à l'intégration et, en 1998, siège au Conseil constitutionnel, jusqu'en 2007. Elle a incarné, comme ministre, la fibre sociale et a parfois pris des positions proches de la gauche sur des sujets sociétaux. Son soutien - parfois critique - à Nicolas Sarkozy en 2007, au détriment de François Bayrou, illustre sa singularité dans le paysage politique qui explique en partie sa popularité. 

Avec un tel parcours, pourquoi n'a-t-elle jamais brigué l'Élysée ? "Je ne me suis jamais sentie la capacité d'exercer un tel pouvoir. "Je suis trop indépendante pour cela", a-t-elle expliqué de sa voix claire, au débit rapide, inflexible. Personnalité féminine préférée des Français, selon un sondage de 2014, elle a été élue en 2008 à l'Académie française, devenant alors la sixième femme à rejoindre les Immortels.

Mon père, "disparu dans les pays baltes, révérait la langue française", a-t-elle souligné dans son discours de réception. Profondément marquée par sa déportation à Auschwitz, dont elle avait fait un récit émouvant dans son autobiographie, "Une vie" (2007), elle était devenue présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah dont elle était restée présidente d'honneur. Simone Veil ou une femme de France dans ses combats et parfois ses paradoxes.

 
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