Quand des politiques français quémandent argent et cadeaux à l'ambassade du Qatar

Quand des politiques français quémandent argent et cadeaux à l'ambassade du Qatar

L'émir du Qatar, Hamad ben Khalifa Al Thani, à Jedda, en Arabie saoudite, le 31 mai 2016.

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Orange avec AFP, publié le jeudi 20 octobre 2016 à 15h25

Ce n'est pas la première fois que les relations troubles entre la classe politique française et les monarchies du Golfe sont évoquées. Mais le livre de Christian Chesnot et Georges Malbrunot va bien plus loin que les soupçons ou les accusations de collusion habituelles.

Dans "Nos très chers émirs", les deux journalistes décrivent en détails les démarches supposées de certains hommes et femmes politiques français pour quémander de l'argent ou des cadeaux à l'ambassadeur du Qatar à Paris. Ils citent notamment le secrétaire d'Etat chargé des relations avec le Parlement, Jean-Marie Le Guen, les anciens ministres Rachida Dati, Jack Lang et Dominique de Villepin, des députés, des sénateurs, des maires...

Les rumeurs sont nombreuses quand on en vient aux liens étroits qu'entretiennent certains hommes politiques français avec le Qatar, notamment. Mais le journaliste Christian Chesnot, l'a assuré jeudi 20 octobre sur France Inter, il a des éléments probants : "des SMS, des lettres, des témoignages..." D'autant plus que "l'émir du Qatar est engagé dans une lutte anticorruption et veut faire place nette, explique le journaliste. Et le problème, c'est que les hommes politiques ont des mauvaises habitudes", qui s'expliquent notamment par la pratique de la diplomatie du carnet de chèque par le précédent ambassadeur du Qatar à Paris. Mais aujourd'hui, "ils sont excédés, il y a une forme de ras-le-bol. On ne peut pas réduire la relation France-Qatar à ces turpitudes." Surtout que, depuis les attentats de novembre à Paris, s'est développée chez les politiques français une tendance au "Qatar bashing", qui n'a certainement pas encouragé la générosité de l'émir.



Jusqu'à récemment, l'ambassade du Qatar à Paris, "c'était tout à la fois un distributeur de billets de 500 euros, une agence de voyage et la boutique du Père Noël, révèle Christian Chesnot. C'est-à-dire que pendant plusieurs années, jusqu'à aujourd'hui, le Qatar reçoit des sollicitations, des demandes de subventions (...) et puis il y a des hommes politiques qui sont vraiment à l'offensive, qui demandent de l'argent, quoi !"

Parmi ces hommes politiques, un ministre. Le secrétaire d'Etat chargé des relations avec le Parlement, Jean-Marie Le Guen, aurait ainsi voulu imposer à l'ambassadeur de financer une agence de communication pour "gérer" les déclarations de certains hommes politiques, notamment pour éviter des commentaires négatifs sur le Qatar. "Il disait à nos diplomates à Paris : 'En tant que ministre chargé des Relations avec le Parlement, je tiens tous les députés et sénateurs de mon camp, via les questions au gouvernement. Je peux bloquer des questions hostiles au Qatar, ou au contraire les alimenter. Mais je n'ai pas à le faire gratuitement'. Il nous faisait littéralement du chantage", se souvient un officiel à Doha, la capitale de l'émirat, cité par Le Point, qui publie les bonnes feuilles de "Nos très chers émirs". Le nouvel ambassadeur, Meshaal al-Thani, qui "en a assez des hommes politiques français qui le prennent pour une banque", selon un de ses proches, a tenté d'éluder pendant un an, avant de finalement accorder une entrevue à Jean-Marie Le Guen, pour lui opposer une fin de non-recevoir. Le plan du ministre, selon les informations du Point, était de faire signer au Qatar un contrat avec l'agence de communication d'un de ses proches, qui lui aurait alors reversé 10.000 euros chaque mois.

Le secrétaire d'Etat a annoncé sur sa page Facebook son intention de porter plainte contre les deux journalistes, ainsi que tous ceux qui "reprendraient ces propos mensongers".



Ministre sous la présidence de Nicolas Sarkozy, Rachida Dati aurait également tenté de profiter des largesses qatariennes. En tant que maire du luxueux VIIe arrondissement de Paris, elle avait eu l'idée de lancer un Club des ambassadeurs. "Elle demandait pas moins de 400.000 euros pour son association", se souvient un membre de l'ambassade. Un demande rejetée par Meshaal al-Thani au cours d'un dîner le 22 novembre 2015. Mal lui en a pris. Dès le lendemain, Rachida Dati, invitée de Jean-Jacques Bourdin sur RMC, s'en prend à son pays. "L'Arabie saoudite ou même le Qatar ont une volonté de développer leur idéologie, déclare-t-elle. On a des pays du Golfe qui financent (...) des structures qu'on ne contrôle pas". De quoi choquer l'ambassadeur : "Elle dîne avec moi en me demandant de l'aider, et le lendemain elle nous traîne dans la boue".

Les révélations ne s'arrêtent pas là. Deux autres anciens ministres auraient fait des demandes plus ou moins extravagantes aux Qatariens. Jack Lang, qui dirige l'Institut du monde arabe, aurait réclamé des places en classe affaires pour "lui, sa femme, et son ami lorsqu'on l'invite à Abou Dhabi", selon un membre de l'ambassade des Emirats arabes unis. Dominique de Villepin exigerait, lui, des billets en première classe. Il aurait même annulé sa participation à un colloque à Doha car on lui avait proposé des billets en classe affaires, et non en première classe, selon un diplomate qatarien.



Le député socialiste du Nord-Pas-de-Calais et membre du groupe d'amitié France-Qatar, Nicolas Bays, serait allé droit au but pour se faire payer des vacances. "J'ai des problèmes financiers actuellement. La mère de notre jeune enfant est fatiguée. Je voudrais l'emmener à l'étranger. Mais mon budget est un peu serré. Peux-tu me faire inviter dans un hôtel de Doha et nous payer un billet d'avion sur Qatar Airways ? Cela m'aiderait, s'il-te-plaît", aurait-il écrit dans un SMS, envoyé directement à l'ambassadeur. Malgré le refus de Meshaal al-Thani, il n'aurait pas hésité un peu plus tard à lui demander de l'argent pour faire des travaux dans sa maison, ou encore à réclamer des chaussures de marque.



Le changement d'ambassadeur, et donc des pratiques de la diplomatie qatarienne, a créé des déceptions chez certains politiciens français. Ainsi, le secrétaire d'Etat à la réforme de l'Etat et à la simplification, Jean-Vincent Placé, se serait plaint, dans le carré VIP du PSG, propriété qatarienne, de ne plus être invité à des week-ends organisés par l'ambassadeur. Par ailleurs, "Placé ne recevait pas que des cadeaux" du précédent ambassadeur, assure un source diplomatique. La sénatrice Nathalie Goulet, connue au Sénat pour son audace, se serait elle aussi plainte auprès de l'ambassade. "Comment se fait-il que je n'aie pas reçu mon cadeau de fin d'année. D'autres sénateurs en ont eu un et pas moi ?", aurait-elle dit lors d'un appel au bureau de l'ambassadeur.
 
103 commentaires - Quand des politiques français quémandent argent et cadeaux à l'ambassade du Qatar
  • MR LE GUEN et tous les politiques incrimines dans ce livre devraient conparaitre dans le cadre leur fonction devant une commission independante pour se justifier de leurs pratiques qui s apparentent a de la corruption active ou passive loin de
    l ethique republicaine qui pour eux est une lointaine utopie aucune reaction a ce jour de leurs pairs et de leur partie politique
    silence radio par leur silence et leur duplicite ils font le lit des partis extremistes qui n ont plus besoin de faire de publicite
    ces gens travaillent pour eux sans parler de ecoeurement des electeurs exiger la suppression de tous leurs mandats

  • Une chose est certaine, si la corruption était FORTEMENT punie, tout au moins relativement aux faits constatés, avec saisie de biens, il y a longtemps que tout cela serait terminé ! Seulement voila, dès que quelqu' un a des responsabilités tant que politiques que dans les milieux d'affaires, il en croque. A quand le redressement de ces foules corrompues ?? JAMAIS car cela existe depuis que le monde est monde !!

  • et dire que ces gens nous gouvernent!! pitoyable tout ça on ne peut plus faire confiance le double langage existe toujours!

  • il serait temps de donner un grand coup de balai dans cette ruche de politiciens de notre pays. Mais quand je vois les prétendants à la gouvernance de demain qui sont les mêmes qu'hier on est pas sorti du bourbier. De plus le système est complètement verrouillé pour empêcher une représentation indépendante des partis actuels.

  • On s'en doutait un peu et même plus qu'un peu! Quant à madame Huma Abedine, seconde fille de madame Clinton, on se demande par quel moyen elle a approché madame Clinton. Tout cela pour dire que les politiciens français ne sont probablement pas les seuls à agir ainsi! Mais, il faudrait tout de même se demander aussi pourquoi le Qatar "arrose" ainsi. Il faut croire qu'il a aussi un intérêt dans cette affaire. L'intérêt pourrait bien être politique. Quand on a de grandes ambitions...

    Dans le cas que vous évoquez, j'appelle cela des traitres !

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