Prêtre égorgé en Normandie : sidération et condamnations des cultes chrétien et musulman

Prêtre égorgé en Normandie : sidération et condamnations des cultes chrétien et musulman

Le pape François a condamné "un meurtre barbare". Ici le 26 juin en Arménie (photo d'Archives).

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Orange avec AFP, publié le mardi 26 juillet 2016 à 18h00

- Un prêtre octogénaire a été égorgé ce mardi 26 juillet et une autre personne très grièvement blessée dans l'église de Saint-Étienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), une commune populaire de 29.000 habitants proche de Rouen. L'attaque, revendiquée par Daesh, a été perpétrée par deux terroristes.

Elle a été vivement condamnée par les représentants du culte catholique et musulman qui seront reçus par François Hollande mercredi. -

L'heure était à la "sidération" mardi dans les rangs catholiques après l'attaque jihadiste, redoutée depuis des mois dans les églises : "On est assommés parce qu'on ne savait pas que c'était dangereux d'être prêtre aujourd'hui en France", a expliqué à l'AFP l'abbé Pierre Amar, curé dans le diocèse de Versailles, en pensant au Père Jacques Hamel, égorgé dans l'attaque.

"On était un petit peu tendus depuis Noël dernier : pour la première fois de notre vie, nos églises étaient sécurisées", rappelle le prêtre. Allusion aux mesures de vigilance mises en œuvre auprès des lieux de culte chrétiens pour les fêtes de fin d'année, après les attentats du 13 novembre à Paris et Saint-Denis. Le dispositif avait été repris quasiment à l'identique à Pâques, mais il paraissait difficile de sécuriser en permanence les quelque 45.000 églises catholiques de France.


"Nous sommes atterrés devant cette attaque qui a eu lieu, en plus, pendant la messe : c'est l'acte le plus sacré pour nous, le plus beau, on est émus de savoir que ce prêtre a donné sa vie à ce moment-là", ajoute l'abbé Amar. Sur les réseaux sociaux fleurit le mot "martyr" pour désigner le "sacrifice" du Père Jacques Hamel.

UNE CIBLE PRIVILÉGIÉE DE DAESH

"On avait été très émus par l'attentat de Villejuif (Val-de-Marne), déjoué heureusement. Mais là, ça y est", a ajouté à l'AFP le père Pierre-Hervé Grosjean. De fait, la menace d'une attaque contre un lieu de culte chrétien planait depuis l'échec de ce projet d'attentat contre une ou plusieurs églises de la région parisienne. Sid Ahmed Ghlam est accusé d'avoir tué sur son passage une jeune femme, Aurélie Châtelain.

Depuis, l'EI a multiplié dans sa propagande les références antichrétiennes, ciblant les dirigeants "croisés" occidentaux et "le royaume de la Croix" - l'Europe et notamment la France. Le ministère de l'Intérieur craignait d'ailleurs que des églises puissent "constituer des cibles d'une exceptionnelle force symbolique". "Un prêtre irakien m'avait dit : si vous ne les arrêtez pas, vous aurez chez vous ce que nous vivons. Nous y sommes", constate l'abbé Grosjean.

Faut-il que l'Église revoie sa doctrine sur ses lieux de culte, souvent ouverts toute la journée, sans contrôle particulier ? Non, tranche la présidente de la Conférence catholique des baptisés francophones, Anne Soupa, "sidérée" devant cet attentat dirigé "contre des gens venus prier un Dieu d'amour". "Une église est un lieu d'ouverture, de solidarité possible, de transcendance. On doit laisser cette porte ouverte, sinon ce serait fermer la porte à toute solution de paix", ajoute cette bibliste. "Ce serait donner raison aux barbares que de fermer nos portes et de s'effacer", souligne l'abbé Grosjean. "Il faut que le martyre de ce prêtre nous encourage à être encore plus rayonnants et forts dans notre foi".

"NOUS ALLONS PRIER, NOUS ALLONS ESSAYER D'AIMER"

"L'innommable arrive", a déclaré depuis Cracovie (où se déroule les JMJ) l'archevêque de Rouen, Mgr Dominique Lebrun. "Je suis un peu abasourdi, mais je suis porté par ces jeunes qui veulent construire une civilisation d'amour", a-t-il déclaré aux journalistes. Il a annoncé qu'il allait repartir l'après-midi pour la France : "Mon devoir est d'être près de la communauté choquée. Même si j'ai l'impression d'abandonner des jeunes hommes et filles aussi choqués. Mais ils seront bien accompagnés par une dizaine de prêtres".

Rappelant que les JMJ se déroulent sur le thème de la miséricorde, il a souligné qu'avec la miséricorde "cela veut dire les tripes qui parlent". "La misère est insupportable. Mais nous n'allons pas prendre les armes. Nous allons prier, nous allons essayer d'aimer, comme Jésus nous l'a appris", a-t-il poursuivi. "La fraternité entre les peuples est l'exacte réponse au terrorisme, la réponse à la violence", a encore dit Mgr Lebrun. Interrogé pour savoir si cette attaque ne vidait pas les JMJ de leur sens, il a répondu par la négative. "C'est une tuerie de plus, une violence de plus, mais nous n'étions pas là (aux JMJ) dans le rêve, nous étions là dans la réalité de ce monde que ces jeunes vivent et portent en eux", a-t-il dit.

LE PAPE "CONDAMNE TOUTE FORME DE HAINE"

Le pape s'est lui associé "à la douleur et à l'horreur" et a "condamné de la manière la plus radicale" l'attaque terroriste, évoquant "un meurtre barbare". "Nous sommes particulièrement frappés parce que cette violence horrible est intervenue dans une église, un lieu sacré où s'annonce l'amour de Dieu, avec le meurtre barbare d'un prêtre et des fidèles touchés", a expliqué le Vatican. Le pape, qui doit s'envoler mercredi pour un voyage en Pologne à l'occasion des Journées mondiales de la jeunesse, "condamne de la manière la plus radicale toute forme de haine et prie pour les personnes touchées", a ajouté le Saint-Siège.

"Cette nouvelle information terrible s'ajoute malheureusement à une série de violences ces derniers jours qui nous ont déjà bouleversés, suscitant une immense douleur et inquiétude", a précisé le Vatican en se disant proche de la paroisse frappée et de l'ensemble du peuple français.

L'IMAM DE LA VILLE A PERDU "UN AMI"

Le président du Conseil régional du culte musulman (CFCM) de Haute-Normandie, en charge de la mosquée de Saint-Étienne-du-Rouvray, s'est dit "effaré par le décès de (s)on ami". "Je ne comprends pas, toutes nos prières vont vers sa famille et la communauté catholique", a déclaré à l'AFP Mohammed Karabila. "C'est quelqu'un qui a donné sa vie aux autres. On est abasourdis à la mosquée", a-t-il ajouté. Le prêtre et l'imam s'étaient retrouvés à plusieurs reprises "lors d'interventions publiques dans des salles des fêtes". "Nous faisions partie d'un comité interconfessionnel depuis 18 mois. Nous discutions de religion et de savoir vivre ensemble", a précisé Mohammed Karabila. "Cela fait 18 mois qu'on s'attaque à des civils, maintenant ils visent des symboles religieux et prennent pour prétexte notre religion, ce n'est plus possible".

La mosquée de Saint-Étienne-du-Rouvray a été inaugurée en 2000 sur une parcelle de terrain offerte par la paroisse catholique de la ville. C'est dans cette même mosquée qu'avait eu lieu une cérémonie funèbre en mémoire d'Imad Ibn Ziaten, le parachutiste de 30 ans tué le 11 mars 2012 à Toulouse par Mohamed Merah. Imad Ibn Ziaten était originaire de la commune toute proche de Sotteville-lès-Rouen. "C'est un choc total, ça réveille la douleur", a déclaré à l'AFP sa mère, Latifa Ibn Ziaten, qui a fondé une association à laquelle elle a donné le prénom de son fils, "Imad pour la jeunesse et la paix", afin de lutter contre la radicalisation islamiste. Saint-Étienne-du-Rouvray "est une ville tranquille", a expliqué Latifa Ibn Ziaten, qui se rend fréquemment à la mosquée de la ville pour prier. "Ce sont des gens loyaux, qui travaillent très bien", a-t-elle souligné. À Saint-Étienne-du-Rouvray comme dans d'autres communes de l'agglomération rouennaise, "il y a beaucoup de familles qui viennent me voir pour leurs enfants qui se radicalisent", a-t-elle rapporté. "Quand je vois un danger, j'essaye de le signaler", a-t-elle ajouté.

LE CFCM SOLIDAIRE DES CHRÉTIENS DE FRANCE

Le Conseil français du culte musulman (CFCM) a, de son côté, fait savoir "sa totale solidarité avec l'ensemble des chrétiens de France" et appelle à "l'unité et à la solidarité de la nation toute entière". L'instance "condamne avec la plus grande vigueur cet acte terroriste lâche et barbare qui frappe à nouveau notre pays". Le CFCM exprime également "sa profonde compassion aux famille des victimes".

Interrogé par le journal La Croix, le président du Conseil régional du culte musulman de Rhône-Alpes, Benaïssa Chana, s'est dit "effondré, déchiré, sous le choc de voir que nos frères chrétiens sont touchés dans leur chair. Les auteurs de cette attaque veulent déstabiliser la République, ils veulent une guerre civile, une guerre de religion. Je condamne avec la plus grande fermeté cet acte et je rappelle à tous les musulmans que celui qui attaque un chrétien comme un chrétien ou un juif en tant que juif commet un blasphème et s'en prend à l'humanité entière".

CONDAMNATION DES ÉGLISES DE TERRE SAINTE

Les Églises de Terre sainte ont également condamné l'attaque, appelant à l'arrêt de "l'usage de la violence au nom de la religion". L'Assemblée des évêques catholiques de Terre sainte, basée à Jérusalem, se dit "choquée par l'attaque terroriste" et affirme présenter avec "toutes les Églises de Terre sainte leurs condoléances à l'Église et au peuple de France". "Depuis la Terre sainte qui continue à souffrir de la violence et de l'instabilité, nous appelons à ce que cesse l'usage de la violence au nom de la religion", poursuivent-elles, plaidant pour "que la religion serve plutôt de voie pour promouvoir le respect mutuel et la compréhension entre les nations".

UNE "NOUVELLE ÉTAPE" POUR LE CRIF

Le grand rabbin de France, Haïm Korsia, et le président du Consistoire central, Joël Mergui, ont observé que "c'est aujourd'hui l'Église catholique qui est visée, mais aussi la France toute entière qui est touchée et porte le deuil". Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) a considéré que "cet attentat marque une nouvelle étape dans la progression du terrorisme en France" et exprimé "son indignation que des bâtiments religieux soient visés". "Ce crime est un crime contre Dieu et contre l'humanité", a souligné l'Union libérale israélite de France (Ulif-Copernic).

"Tous les Français, et notamment les chrétiens de toute Eglise, se sentent particulièrement concernés", écrit l'Eglise protestante unie de France (EPUdF), la communion des luthériens et réformés, qui a décidé de transformer un "flashmob" national de jeunes prévu de longue date à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) mardi soir en "protestation contre le malheur, la peur, et toute forme de violence, en solidarité avec les frères et soeurs catholiques". Le Cnef (évangéliques), "horrifié", a adressé à l'Église catholique "toute sa sympathie".

 
20 commentaires - Prêtre égorgé en Normandie : sidération et condamnations des cultes chrétien et musulman
  • cet assassinat doit être un déclencheur pour la communauté musulmane à une remise en cause pour mieux s'intégrer dans notre société française, en adoptant des actes forts et montrer ainsi de manière forte son opposition aux fanatiques islamistes. Comme l'adoption définitive de la langue française en public ( juste un exemple : le 14 juillet dernier au feu d'artifice de ma ville, il y avait à proximité de moi deux jeunes couples, d'une trentaine d'années, qui parlaient arabe entre eux, est-ce normal lorsque l'on parle d'intégration ?), comme la suppression du port du voile par les musulmanes françaises (comment se fait-il que certaines musulmanes le portent et d'autres non, Ce n'est donc pas un ustensile lié à la religion mais un attribut ancestral non adapté à la modernité du XXIème siècle de notre Société), ..... De tels actes permettraient d'atténuer les tensions actuelles qui pourrissent notre vivre-ensemble.

  • Que viennent faire les églises de terre sainte là au milieu: Pour amalgamer voire établir un lien est une grosse ficelle qui n'a pas lieu d'être dans ce drame, la violence au moyen orient est un problème, à part et autonome et si on veut établir un lien alors il faut ressortir les croisades et les royaumes francs de jérusalem etc.

  • de l'indignation la plus profonde, comme tous FRANCAIS catholiques.

    ou non !!!indignation pour tous les citoyens

    Pourquoi l'indignation devrait-elle être l'apanage de cette "fraction" que sont les français catholiques ?
    Les autres n'ont pas le droit à l'indignation parce qu'ils ne sont pas "des vôtres ?"
    9h

  • Que fait-on des Turcs présents en Allemagne? en France?...

  • La situation en Turquie gène tout le monde! Ce pays n'entrera pas dans l'Europe sans la détruire. Sa venue n'était pas souhaitée; elle est maintenant compromise...

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