Prêtre égorgé : "Adel Kermiche, c'est moi qui l'ai mis en examen" (Marc Trévidic)

Prêtre égorgé :

Le vice-président du tribunal de grande instance de Lille, le 2 juillet 2015 à Paris (photo d'archives).

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Orange avec AFP, publié le mercredi 27 juillet 2016 à 17h58

- Dans une interview publiée ce mercredi 27 juillet par l'Express, l'ancien juge du pôle antiterroriste de Paris, Marc Trévidic, revient sur le profil de Abel Kermiche, l'un des deux jihadistes ayant tué le prêtre, Jacques Hamel, le 26 juillet à Saint-Étienne-du-Rouvray (Seine-Maritime). Il explique la difficulté de prévenir de tels actes avec "le contrôle judiciaire classique".

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"Adel Kermiche, c'est moi qui l'ai mis en examen", explique à l'Express, l'actuel vice-président du tribunal de grande instance de Lille. "La première fois qu'il a tenté de rejoindre la Syrie, il était encore mineur. La seconde, il était tout juste majeur et j'ai dû émettre un mandat d'arrêt international pour qu'il soit expulsé de Turquie". Marc Trévidic décrit le jeune jihadiste comme quelqu'un de "suffisant". "'Il disait : libérez-moi, donnez-moi une dernière chance'. J'ai rapidement compris qu'il n'y avait pas de discussion possible", explique-t-il. "J'avais en face de moi quelqu'un qui était déterminé à repartir. Je ne pouvais évidemment pas imaginer qu'il tuerait un prêtre dans une église".

Né à Mont-Saint-Aignan, une commune proche de Rouen, Adel Kermiche était au moment des faits sous bracelet électronique. Le jeune homme de 19 ans avait été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire, dès mars 2015, pour avoir tenté de rejoindre la Syrie à deux reprises. Lors de sa seconde tentative, en mai 2015, il avait été de nouveau mis en examen et avait été incarcéré. "Il semble qu'il se soit encore davantage radicalisé lors de ce séjour en prison", a expliqué à l'AFP une source proche de l'enquête.

"IL FAUDRAIT ARRIVER À LES JUGER TRÈS VITE"

"Son cas est atypique de l'individu qui veut partir à tout prix, mais que la justice arrive à retenir. Alors, il se venge en faisant le djihad en France", explique l'ancien juge du pôle antiterroriste de Paris. "Dans l'ensemble, les jeunes sont plus dangereux quand ils parviennent à rejoindre l'État islamique car ils sont formés sur zone (...) S'ils avaient eu des contacts avec Daesh et qu'ils avaient été aidés à distance pour se procurer une kalachnikov, ils auraient sans doute tué tout le monde dans l'église. Il faut à tout prix éviter que les candidats au djihad parviennent à partir. Car ils représentent une réelle menace à leur retour".

Le 18 mars dernier, une juge antiterroriste avait décidé de libérer Adel Kermiche et de l'assigner à résidence sous surveillance électronique. Selon une source proche du dossier qui confirme les informations du Monde, il avait assuré à la magistrate regretter ses tentatives de départ. "J'ai envie de reprendre ma vie, de revoir mes amis, de me marier", avait-il alors plaidé, affirmant ne pas être un islamiste radicalisé et évoquant des projets professionnels. Pour la juge, le jeune homme avait "pris conscience de ses erreurs".


Le parquet avait tout de même fait appel pour qu'il reste en prison. Le ministère public s'était également inquiété de sa "réelle détermination" à partir combattre aux côtés des groupes jihadistes mais la chambre de l'instruction de la cour d'appel n'avait pas suivi ces recommandations : Abel Kermiche était sorti de prison, assigné à résidence chez ses parents et avait été équipé d'un bracelet électronique. Il ne pouvait quitter son domicile qu'entre 8h30 et 12h30 en semaine, un créneau horaire durant lequel il a perpétré, mardi, avec son complice, la prise d'otages au cours de laquelle le prêtre Jacques Hamel a été égorgé.

Pourquoi la justice a-t-elle aménagé sa peine ? "Ce n'était plus de mon ressort", se défend Marc Trévidic qui a quitté le pôle antiterroriste en septembre 2015. "Mais de mémoire il a été libéré au bout de 10 mois de détention provisoire. C'est vrai que cela peut paraître court, mais j'imagine qu'au vu de sa jeunesse et des garanties fournies, il a été décidé de le libérer. Dans ce type d'affaires, il faudrait arriver à les juger très vite", explique-t-il. "Sinon, cela pose problème, car vous mettez des gens en prison pour le danger qu'ils représentent et non pour ce qu'ils ont réellement fait".

"TROUVER UN AUTRE OUTIL JUDICIAIRE"

"Entre l'emprisonnement et la libération sous contrôle judiciaire, il n'existe pas de troisième voie. Il faut trouver un outil judiciaire et non administratif", poursuit le vice-président du tribunal de grande instance de Lille. "Nous sommes face à des profils atypiques, pour qui le contrôle judiciaire classique ne peut pas marcher". "Abel Kermiche est sorti de son domicile familial pendant les horaires autorisés [entre 8h30 et 12h30]. Et même s'il était passé à l'acte à un autre moment, le temps que la violation de son contrôle judiciaire soit pris en compte et qu'il soit arrêté, il aurait été trop tard", estime-t-il.

"L'incarcération ne règle pas tout pour autant", note-t-il cependant. "Il suffit de regarder le cas de Larossi Abballa (le terroriste qui a tué un couple de policiers à Magnanville en juin 2016, ndlr). Je l'avais gardé en détention pendant toute l'instruction. Le tribunal l'a jugé, il a été condamné en septembre 2013 à trois ans de prison dont six mois avec sursis pour "association de malfaiteurs en vue de préparer des actes de terrorisme. Puis, il est ressorti et a commis son acte. En réalité, tout l'enjeu est de trouver un moyen pour que ces individus ne restent pas dangereux à la sortie".

 
206 commentaires - Prêtre égorgé : "Adel Kermiche, c'est moi qui l'ai mis en examen" (Marc Trévidic)
  • trop de paperasses pour etre jugé tout de suite, pour certaines affaires il faut attendre des années et beaucoup d'innocents sont en prison alors qu'on laisse des criminels en liberté à cause de ça. et certaines lois devraient etre supprimés comme la loi guigoux qui n'est plus apte pour beaucoup de personnes

    un peu de sérieux Pouguy !

    trop d'innocents sont en prison ???? mais bien sur, c'est jamaix eux les coupables !

  • Rétablissons la peine de mort pour les actes terroristes et les meurtres d'enfants !

  • C'est le Juge Trévidic qui le dit lui même : La Justice juge mais ne nous protège pas !
    Pourquoi davantage d'attentats chez nous plus qu'ailleurs ?
    Réponse : " La France le Pays des Droits de l'homme "
    En fait la Justice n'a pas le Droit d'anticiper sur la dangerosité d'un individu !
    Alors que faisons nous à part compter les morts et espérer que ça ne tombe pas sur nous ?
    Autant dire que la Justice ne sert à rien si elle ne fait que " punir " à postériori et ne nous " protège " pas à fortiori ! Il faut donc reconsidérer nos Lois et notre Droit .
    J'en reviens à ce que je dis depuis longtemps déjà : C'est par la Sévérité des Peines et par l'exemplarité du châtiment que l'on peut espérer anticiper sur la Criminalité en général et sur le Terrorisme en particulier .
    Par la Réhabilitation de la Peine de Mort également . Notre Justice fait exactement le contraire !
    Avec les mêmes DROITS pour tous , chacun n'en faisant pas le même usage , c'est donc évident que notre population ayant changé , il faut que nos LOIS changent aussi !

    la réhabilitation de la peine de mort ne les gênerait en RIEN, ces individus à la tête brûlée tendent à mourir de leurs actes à tort jugés héroïques et les pays où il y a eu le plus de rués en attentats et qui sont musulmans ont justement une peine de mort en place ......il va falloir trouver autre chose mais quoi ?

  • Mme vous avez de bons jugements.
    Un peu naïve.
    Il avait pris conscience de ses erreurs.
    Vous croyez qu'un terroriste va vous dire la geritey.
    Oui. Je vais bien me payer la tête de ma juge.
    En attendant, votre manque de jugement a eu de graves conséquences irréparables.

    Bravo. Votre naïveté fait peur...

  • Nous sommes en guerre .....
    Nous dit-on sur tous les tons . Mais dans une guerre l'ennemi est identifié par une nationalité, un uniforme, une multitude visible armée .
    Ici rien de semblable , l'ennemi est parmi nous , il se fond dans notre environnement, il nous voisine, il nous parle aujourd'hui et nous assassine demain ! ! !
    De nombreuses voix s'élèvent , pas pour polémiquer, ce mot tant galvaudé à tort et à travers , NON, juste pour dire que les lois de la République ne sont pas suffisantes pour débusquer tous ceux qui, dans l'ombre , préparent d'autres tueries.
    Le gouvernement dit : nous ne devons pas entrer dans un cycle liberticide .....La premiere des libertés est la sécurité et visiblement 10000 sentinelles ne nous l'apportent pas . Donc Trévidic ajoute sa voix, et c'est heureux (car jusqu'ici sa cible était souvent l'avant dernier président ) à celles, nombreuses qui dans le pays disent qu'à situation d'exception ...réponse d'exception .
    Trop lentement surement , le gouvernement s'y résoudra .

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