Port du voile à l'université : le "Hijab Day" fait débat à Sciences-Po Paris

Port du voile à l'université : le "Hijab Day" fait débat à Sciences-Po Paris

Sciences Po

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Orange avec AFP, publié le mercredi 20 avril 2016 à 13h06

Afin de "démystifier le tissu", des étudiants de Sciences-Po Paris invitent ce mercredi ceux et celles qui le souhaitent à porter le voile.

"Il y a autant de voiles que de femmes.

C'est la personne qui le porte qui donne une signification à son vêtement, et elle est la seule légitime à le faire", expliquaient sur Facebook les organisateurs du "Hijab Day", qui se tient ce mercredi 20 avril à Sciences-Po Paris. Un message depuis effacé, l'événement ayant été supprimé par Facebook assurent-ils. Ainsi foulards et pashmina étaient distribués à l'entrée de la prestigieuse école. "La France a 99 problèmes, mais le hijab n'en est pas un", affiche un panneau en anglais.

Laetitia, l'une des organisatrices du mouvement, qui porte le voile quotidiennement, assure qu'il s'agit "de sensibiliser les gens, d'ouvrir le débat et de redonner la parole aux femmes voilées qui sont souvent dans le débat public mais qu'on n'entend pas". Le but de cette journée est double : "mieux comprendre [...] l'expérience de la stigmatisation" vécue par les femmes voilées en France et "montrer que nous disposons de nos corps comme nous l'entendons, nous vêtons comme nous l'entendons, et n'admettons pas l'idée d'un diktat quant à la façon dont nous choisissons de nous présenter, de nous vêtir."

- "Tourner en ridicule le débat sur le voile" -

Fatima El-Ouasdi, étudiante de 4e année de Sciences-Po et présidente de l'association Politiqu'elles, ne porte pas le voile et ne le portera pas aujourd'hui. "C'est inconcevable que je le porte, même par solidarité" explique la jeune femme qui a été élevée par une mère qui lui répétait "Je suis en France, je ne mets pas le voile". Mais il est inconcevable qu'on empêche de le porter. Elle soutient pourtant ce "Hijab Day".

C'est un ami à elle qui a eu l'idée de cet événement explique-t-il au micro de RMC "pour répondre de manière inclusive et avec humour sur la question et les polémiques qui ont eu lieu ces dernières semaines", notamment après les sorties de Manuel Valls, qui estimait la semaine dernière qu'il "faudrait" une loi pour l'interdire à l'université, et de la ministre du Droit des Femmes Laurence Rossignol, qui avait comparé le port du voile aux "nègres américains qui étaient pour l'esclavage".

Il s'agit de tourner "en ridicule le débat sur le voile" explique la jeune femme. Elle s'oppose par ailleurs à l'expression "démystifier" utilisée pour décrire l'initiative, car le voile "reste un symbole". "Ce n'est pas anodin de le porter" selon elle.



- Prosélytisme -

Tout le monde n'adhère pas à cette initiative. Laurence Rossignol y voit "une forme de provocation dans cette initiative", tout en soulignant qu'il n'y a qu'"une poignée d'étudiants" à son origine, lors de l'émission "Questions d'info" LCP-France Info-Le Monde-AFP."Si cette journée à Sciences-Po était une journée de solidarité avec les femmes qui luttent dans les pays qui sont sous influence intégriste, qu'il s'agisse des Pays du Golfe, du Salvador, des pays dans lesquels les traditions martyrisent les femmes aujourd'hui (...), je serais prête à l'accepter. Mais je ne suis pas sûre que ce soit ça", a-t-elle ironisé.

"Comme enseignant à @sciencespo, je veux dire ma désapprobation face au #HijabDay. En France, les femmes sont visibles. Non au prosélytisme!", a tweeté le candidat à la primaire à droite Bruno Le Maire. Lui aussi député Les Républicains, Éric Ciotti a dénoncé sur iTÉLÉ une manifestation "scandaleuse", rappelant être pour l'interdiction du voile à l'université. Le président de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan, a dénoncé dans un communiqué un "acte de prosélytisme religieux sans précédent". C'est également ce que dénonce Carla Sasiela, responsable du syndicat de droite UNI de Sciences-Po, qui y voit "un acte politico-religieux".



Plusieurs membres du collectif se défendent de tout prosélytisme. "On ne force personne", s'exclame Imen, "c'est politique et social, pas religieux". Pour elle, le port d'une voile était une première : "Je l'ai mis ce matin, dans le métro, il y avait des regards, je me sentais autre, pas forcément méprisée mais autre". Dans un communiqué, la direction de l'Institut d'études politiques de Paris a estimé "légitime" de porter ce débat au sein de l'établissement mais que sa tenue "dans les murs de Sciences-Po ne saurait être interprétée comme un quelconque soutien de l'école".
 
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