Mort du petit Grégory: deux membres de la famille inculpés pour séquestration

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L'avocat de Marcel Jacob, Me Stéphane Giuranna arrive au Palais de Justice de Dijon, le 16 juin 2017

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© AFP, PHILIPPE DESMAZES
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AFP, publié le vendredi 16 juin 2017 à 17h28

Coup de théâtre, 32 ans après la mort du petit Grégory: son grand-oncle et sa grand-tante, Marcel et Jacqueline Jacob, ont été inculpés vendredi pour enlèvement et séquestration suivie de mort, dans l'une des affaires les plus énigmatiques de l'histoire criminelle française.

Marcel Jacob, 71 ans, l'oncle du père de l'enfant retrouvé mort pieds et poings liés dans un cours d'eau en octobre 1984 dans l'est de la France, a été placé en détention provisoire. Et son épouse Jacqueline, 72 ans, a quitté le palais de justice de Dijon (centre-est) sous escorte de plusieurs gendarmes.

Le couple a nié toute implication et ne présente pas en l'état d'alibi qui soit confirmé ou étayé, a affirmé devant la presse le procureur de la République Jean-Jacques Bosc. 

Ils avaient été placés en garde à vue mercredi, après leur interpellation dans les Vosges (nord-est).

C'est un rebondissement majeur dans cette affaire sans coupable ni mobile, qui a tenu en haleine la France pendant trois décennies, fait l'objet de 3.000 articles de presse, une cinquantaine de travaux universitaires, un téléfilm et une quinzaine d'ouvrages.

Le procureur Bosc avait désigné jeudi Jacqueline Jacob comme un des corbeaux de l'affaire. 

Une belle-soeur du père de Grégory, Ginette Villemin, placée en garde à vue en même temps qu'eux, a été remise en liberté jeudi. Et les grands-parents paternels de l'enfant ont eux été entendus comme témoins à leur domicile.

Selon une source proche du dossier, Jacqueline Jacob est restée mutique en garde à vue et son mari s'est contenté d'affirmer qu'il ne se rappelait de rien face aux gendarmes, qui tentent de démêler les haines qui déchiraient la famille.

- Vengeance familiale -

Marcel Jacob et Michel Villemin, frère de Jean-Marie et défunt époux de Ginette, étaient très liés à Bernard Laroche, premier suspect de l'affaire, tué en 1985 par Jean-Marie, son cousin qui le pensait coupable.

Et c'est le "clan Laroche" qui se retrouve de nouveau au centre de l'enquête, relancée par l'analyse graphologique des lettres de menaces et autres courriers anonymes qui foisonnent dans le dossier, à défaut d'analyses ADN probantes.

A ce stade, "les investigations montrent que plusieurs personnes ont concouru à la réalisation du crime", avait affirmé jeudi le procureur Bosc, devant la presse.

De nouvelles expertises d'une lettre de menaces, manuscrite et anonyme, adressée en 1983 au père de Grégory, orientent les soupçons sur Jacqueline Jacob.

Les enquêteurs s'étaient aussi penchés à de nombreuses reprises, dans le passé, sur un mystérieux "corbeau" ayant revendiqué le meurtre de l'enfant, en invoquant une "vengeance" dans une lettre postée apparemment avant la découverte du corps, en 1984.

Marcel Jacob a déjà été soupçonné, durant la procédure, d'avoir endossé le rôle du "corbeau", d'autant que l'incertitude planait sur son emploi du temps au moment du meurtre, mais il n'avait jamais été inquiété jusque-là.

Le logiciel d'analyse criminelle Anacrim, conçu et utilisé par la gendarmerie et fréquemment utilisé pour résoudre les "cold cases", a permis d'avoir "un regard neuf sur la procédure" en reconstituant la chronologie avant et après le crime et en pointant des incohérences "qui avaient jusque-là échappé aux enquêteurs".

L'affaire n'en est pas à son premier rebondissement: en juillet 1985, le juge Jean-Michel Lambert opérait un spectaculaire revirement, portant ses soupçons vers la mère de Grégory, Christine Villemin, finalement innocentée en 1993 au terme d'un non-lieu retentissant.

Les premières investigations sur l'affaire avaient été bâclées: les gendarmes avaient oublié de relever les traces de pneus près de la rivière, les prélèvements sur le terrain avaient été mal collectés, l'autopsie de l'enfant avait été incomplète. La leçon a été tirée de ce fiasco: une véritable police technique et scientifique a depuis été mise sur pied.

 
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