Meurtres de Montigny-lès-Metz : Francis Heaulme de retour devant les juges

Meurtres de Montigny-lès-Metz : Francis Heaulme de retour devant les juges

Francis Heaulme en décembre 2001 au palais de justice de Metz (photo d'archives).

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Orange avec AFP, publié le lundi 24 avril 2017 à 15h55

Plus de 30 ans après les meurtres de deux garçons de 8 ans, tués à coups de pierre près de Metz en 1986, le tueur en série Francis Heaulme comparaît à partir du mardi 25 avril devant les assises de Moselle. Pas moins de 16 journées d'audience sont prévues pour le cinquième procès de cette affaire dont beaucoup espèrent qu'il sera la dernier.

S'il comparaît seul, le surnommé "routard du crime", 58 ans, déjà condamné pour neuf meurtres, dont deux fois à la perpétuité, n'est pas le premier suspect dans ce dossier, dont les preuves ont été détruites puisqu'un autre homme, Patrick Dils, était en prison.

La cour d'assises va consacrer trois semaines à cette affaire qui a déjà connu de nombreux rebondissements, à commencer par la double condamnation puis l'acquittement de Patrick Dils, accusé à tort d'avoir fracassé le crâne de Cyril Beining et Alexandre Beckrich, retrouvés morts sur le talus d'une voie ferrée de Montigny-lès-Metz le 28 septembre 1986.

TROIS SUSPECTS SUCCESSIVEMENT ÉTÉ MIS EN CAUSE

Des dizaines d'années, des accusés et des suspects finalement blanchis, des centaines d'articles, reportages et commentaires sur cette affaire extrêmement médiatisée "peuvent compliquer" le procès, reconnaît une source judiciaire. "Cela peut provoquer des mélanges dans la procédure orale, de l'auto-persuasion". Mais cela n'empêche pas les familles d'espérer. "On y va sereinement", explique Me Dominique Boh-Petit, avocate de Chantal Beining, la mère de Cyril. "Découragées, un peu désabusées", les parties civiles "ont l'espoir d'arriver enfin à la vérité, mais avec une dose de scepticisme", avance de son côté Me Thierry Moser, avocat de la famille Beckrich. L'avocate de Francis Heaulme, Me Liliane Glock, juge que ce procès ne sera "ni sérieux, ni équitable", alors que les scellés ont été détruits en 1995, lorsque Patrick Dils était encore sous les verrous. Le verdict, quel qu'il soit, "ne convaincra que la moitié du public", assure la pénaliste.



Dans ce dossier, plusieurs pistes ou certitudes ont déjà volé en éclats. D'abord celle de la culpabilité de Patrick Dils, qui n'avait que 16 ans au moment du double meurtre, et 31 lorsqu'il a été innocenté en 2002, après 15 ans en prison. Ensuite la piste Henri Leclaire : ce manutentionnaire, qui en 1986 travaillait non loin du lieu du crime, avait déjà été soupçonné dans les années 1980. En 2014, son nom revient de manière spectaculaire dans la procédure, sur la base d'un témoignage tardif : une femme affirme que Henri Leclaire, en 2012, lui a confié en "criant et gesticulant", qu'il avait "attrapé" les enfants, tout en répétant qu'il ne les avait pas tués. Mais la justice considérera ces éléments insuffisants. Début 2017, Henri Leclaire est définitivement blanchi.

"NI EMPATHIE, NI AFFECT"

Reste la piste Francis Heaulme. Sa présence avérée à Montigny, en 1986, a beaucoup contribué à l'acquittement de Patrick Dils. Mis en examen une première fois en 2006, avant de bénéficier d'un non-lieu, il a finalement été renvoyé devant les assises en 2013. Un premier procès s'ouvre en 2014 à Metz, mais est interrompu après deux jours, à cause des soupçons pesant sur Henri Leclaire. Ce dernier étant blanchi, c'est le retour à la case départ pour le "routard du crime".

Il a reconnu avoir aperçu les deux enfants vivants, puis morts, et a décrit les lieux avec précision. Et les enquêteurs, qui ont relevé de nombreuses similitudes avec certains de ses meurtres, ont conclu que l'affaire de Montigny-lès-Metz portait sa "quasi-signature criminelle". Si son procès est très attendu, la justice "sera tributaire de la parole d'un homme au développement psychique différent du nôtre", prévenait il y a plusieurs mois l'ancien gendarme Jean-François Abgrall, celui qui, le premier, avait fait tomber le tueur en série. Francis Heaulme, qui "n'a ni la notion d'empathie, ni celle d'affect", "ne sera pas dans l'aveu, parce qu'avouer c'est un peu demander pardon", estime l'ancien enquêteur.

 
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