Macron veut aller "plus loin que la loi travail" et modérer les salaires

Macron veut aller "plus loin que la loi travail" et modérer les salaires

"Pour relancer l'industrie française, il faut du temps et il faut privilégier l'investissement productif", estime Emmanuel Macron.

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Orange avec AFP, publié le mardi 24 mai 2016 à 10h43

- Dans une interview publiée ce mardi par "Les Échos", Emmanuel Macron estime qu'il faut aller au-delà de la future loi travail. "Plus on ira vers l'entreprise, plus ce sera efficace (...) La majorité des Français veut travailler, veut des progrès, est lucide".

Pour le ministre, les entreprises doivent privilégier les investissements productifs au détriment des augmentations salariales. -

Emmanuel Macron livre ce mardi sa méthode pour relancer l'industrie française : "Sur la fonction production, nous avons rattrapé une bonne partie de notre retard compétitivité-coût des années 2000 via le pacte de responsabilité, le CICE (Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi) et (grâce à) la fin de la modération (salariale) allemande depuis 2013. Mais il faut tenir et maintenir l'impact de cette dévaluation fiscale. Et la clef, c'est la modération salariale", assure le ministre de l'Économie.

"Je leur dis (aux entreprises) : 'Ayez une préférence pour l'investissement et l'emploi-formation plutôt que pour les dividendes et les salaires !'", a-t-il lancé. "Pour relancer l'industrie française, il faut du temps et il faut privilégier l'investissement productif. Pour les salaires, il faut privilégier des négociations salariales au plus proche de la situation de l'entreprise", a-t-il souligné. Interrogé sur la nécessité d'aller au-delà de la future loi El Khomri, qui se limite essentiellement au temps de travail, Emmanuel Macron répond "oui". "Il faudra élargir le champ de la négociation collective au niveau de l'entreprise à d'autres domaines. Plus on ira vers l'entreprise, plus ce sera efficace. On ne peut pas prétendre aimer l'industrie et refuser les conditions de son succès", argumente-t-il.

Le ministre de l'Économie, qui a fondé dernièrement son propre mouvement "En Marche", veut également "assumer une politique de souveraineté dans les secteurs dans lesquels la place de l'État comme actionnaire se justifie, comme la défense ou l'énergie. Nous devons de même avoir une politique volontariste et défensive pour les filières indispensables à notre économie comme l'acier". Et l'ancien banquier d'ajouter : "Les États-Unis ont imposé des droits de douane de 500% sur certains aciers laminés chinois, l'Europe s'est contentée d'à peine 20%. Nous devons moderniser les règles antidumping en Europe".

PAS DE LOI SUR LE SALAIRE DES PATRONS

Concernant le débat sur la limitation des salaires des patrons, l'occupant de Bercy réitère son opposition au passage par la voie législative. "Évitons la réponse réflexe consistant à dire : 'Il y a un problème, faisons une loi'. Il est hypocrite de déclarer "limitons la rémunération des dirigeants à 100 fois le Smic", alors que suivant la Constitution la loi ne peut pas limiter la rémunération des patrons avec un plafond fixe", a-t-il martelé. "Pourquoi limiter le débat aux patrons par ailleurs ? Que ferait-on pour les artistes ? Pour les sportifs ?", a-t-il ajouté.

"C'est (...) la responsabilité des conseils d'administration de fixer le niveau acceptable. C'est ce que nous avons défendu chez Renault en tant qu'État actionnaire" en votant contre la rémunération du PDG Carlos Ghosn, a relevé le ministre. "Une des faiblesses françaises est que l'on a des conseils d'administration insuffisamment respectueux des actionnaires. On est trop souvent dans la connivence avec des administrateurs parfois trop proches des dirigeants", a-t-il estimé. Plus tôt dans la semaine, des dissonances avaient émergé entre Manuel Valls et son ministre de l'Économie sur une éventuelle législation en matière de rémunération des patrons des grands groupes. "Pas la bonne idée", avait commenté Emmanuel Macron.

Manuel Valls lui-même a tenté vendredi de tourner la page de ces dissonances, assurant à Privas (Ardèche) qu'il n'y a "qu'une seule ligne dans le gouvernement, valoriser le travail, le mérite, mais aussi combattre des rémunérations indécentes. Nous partageons évidemment cette ligne avec Emmanuel Macron". Dans Libération de jeudi, 40 personnalités, dont des responsables politiques - la maire PS de Paris Anne Hidalgo, le premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis, le président de l'Assemblée Claude Bartolone, entre autres - syndicaux et des intellectuels, ont appelé le gouvernement à légiférer afin "que désormais, en France, un patron ne puisse pas être rémunéré plus de 100 Smic".
 
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