Macron à Las Vegas: le point sur l'enquête qui fragilise la ministre du Travail

Macron à Las Vegas: le point sur l'enquête qui fragilise la ministre du Travail

La ministre du Travail Muriel Pénicaud, le 28 juin 2017 à Paris

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AFP, publié le vendredi 07 juillet 2017 à 13h54

Muriel Pénicaud, ex-directrice de Business France, était-elle au courant des difficultés comptables liées à l'organisation d'un déplacement d'Emmanuel Macron à Las Vegas en janvier 2016? A-t-elle cherché à étouffer l'affaire? Le point sur l'enquête qui fragilise la ministre du Travail.

- Délit de favoritisme?

Au cœur de l'affaire: l'organisation, dans l'urgence, d'une soirée à Las Vegas lors du Consumer Electronics Show (CES), grand-messe mondiale de l'innovation technologique. L'opération autour d'Emmanuel Macron, ministre de l'Économie qui cache de moins en moins ses ambitions présidentielles, est confiée à Business France (BF), organisme public pour la promotion de l'image économique de la France à l'étranger.

Havas est chargé en décembre 2015, sans appel d'offres, de la quasi-totalité des prestations pour lesquelles il percevra 289.019 euros, après renégociation.

Le géant de la communication a signé avec BF le 23 juin 2015 un contrat-cadre sur "la promotion de l'attractivité économique de la France", notamment aux États-Unis. L'événement pouvait-il entrer dans ce périmètre qui l'aurait dispensé d'une mise en concurrence?

Havas assure avoir cru que c'était le cas. Le 4 décembre 2015, l'agence précise d'ailleurs dans un courriel, envoyé à BF et dont l'AFP a eu connaissance, que l'événement sera organisé "dans le cadre de la campagne Créative France", du nom de ce contrat-cadre. 

Mais BF semble estimer le contraire: trois prestataires sont contactés - Havas, Apco et Publicis - en vue d'un appel d'offres qui n'a finalement pas lieu.

Autre problème soulevé par un audit d'E&Y, révélé par Libération, il n'y a eu "aucun bon de commande, aucun devis réalisé, aucun contrat signé, aucune facture".

Une enquête de l'Inspection générale des finances (IGF), diligentée par Michel Sapin, successeur d'Emmanuel Macron à Bercy, fait le même constat. Un signalement est fait et conduit le 14 mars à l'ouverture d'une enquête du parquet, enquête confiée à des juges d'instruction vendredi.

- La ministre au cœur de l'enquête -

Muriel Pénicaud est soupçonnée d'avoir été informée en amont des difficultés comptables.

Le 11 décembre 2015, la directrice de la communication de BF, Fabienne Bothy-Chesneau, écrit dans un courriel, révélé par le JDD et saisi avec des dizaines d'autres lors d'une perquisition chez Havas et Business France: "Muriel, briefée par nos soins, ne fait rien". Et d'avertir: "Donc elle gérera aussi quand (la Cour des comptes) demandera des comptes à BF, ce ne sera pas faute d'avoir dit et redit."

Fabienne Bothy-Chesneau a été entendue le 21 juin à l'office anticorruption de la police judiciaire.

La ministre aurait aussi validé le remboursement de deux paiements irréguliers en décembre 2015 "d'environ 30.000 euros chacun effectués à partir de cartes bleues personnelles de cadres de Business France pour payer les chambres d'hôtel du cabinet Macron", relève une source proche de l'enquête.

Un devis de 91.500 euros qui dépassait le seuil de délégation autorisé et aurait donc dû être soumis à sa signature a été découpé en deux en décembre 2015. Etait-elle au courant de cet arrangement?

Muriel Pénicaud affirme n'avoir été alertée d'éventuels dysfonctionnements qu'en février 2016 et avoir demandé qu'un audit "soit immédiatement diligenté".

Mais alors que l'audit d'E&Y lui est communiqué en juillet 2016, elle n'en aurait informé son conseil d'administration que six mois plus tard, lui présentant une synthèse "biaisée", d'après Libération. "Les éléments de langage utilisée par la ministre ne reflètent effectivement pas le ton alarmiste d'E&Y", d'après la source proche de l'enquête.

Peut-elle être inquiétée? L'ouverture d'une information judiciaire pour "favoritisme" et "recel" rend envisageable l'option d'une éventuelle mise en examen.

- Le cabinet Macron impliqué? -

Emmanuel Macron et son cabinet "sont totalement hors de cause", a assuré le 8 mars Michel Sapin après les premières révélations du Canard enchaîné.

Pour autant, "l'enquête a montré qu'il y avait pu y avoir des pressions", relève la source proche de l'enquête. "On a pu vouloir s'immiscer dans l'organisation de cette soirée importante pour l'image personnelle du ministre, futur candidat. Mais était-on conscient d'éventuels manquements à la règlementation des marchés publics? A-t-on cherché à favoriser Havas?" ajoute-t-elle.

Plusieurs proches d'Emmanuel Macron à Bercy, étaient d'ex-salariés d'Havas, dont Ismaël Emelien, aujourd'hui conseiller stratégique du président.

sde-nal-bl-aue/mra/pad   

 
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