Loi travail : semaine mouvementée en perspective

Loi travail : semaine mouvementée en perspective

De nouvelles manifestations sont prévues en France le jeudi 26 mai et le mardi 14 juin. Ici à Lille le 19 mai (archives).

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Orange avec AFP, publié le dimanche 22 mai 2016 à 16h50

- Blocages des ports et des raffineries, nouvelle journée de manifestations, tentative de "généraliser la grève" : pour faire plier le gouvernement, les opposants à la loi travail promettent de durcir encore leur mouvement. Le point sur les actions prévues cette semaine.

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François Hollande et Manuel Valls le martèlent : ils ne cèderont pas, "la loi travail ira jusqu'au bout" car "elle est "utile aux entreprises et aux salariés". Mais face à la fermeté de l'exécutif, les opposants à la loi El Khomri comptent maintenir la pression. Adopté en première lecture après un recours à l'article 49-3 de la Constitution, le projet de loi instaure la primauté des accords d'entreprises sur les accords de branche, casus belli pour ces syndicats. Il ouvre aussi la possibilité de référendums d'entreprise, d'accords "offensifs", crée le compte personnel d'activité et étend la garantie jeunes.

HUITIÈME JOURNÉE NATIONALE LE 26 MAI

Les opposants au projet de loi battront le pavé jeudi, lors d'une huitième journée nationale de grèves et de manifestations à l'appel de l'intersyndicale (CGT, FO, Solidaires, FSU, Unef, Fidl, UNL). Une neuvième journée est déjà déjà programmée pour le 14 juin, avec ce jour-là, un rassemblement uniquement à Paris. La date "correspond à l'ouverture des débats au Sénat et nous souhaitons montrer la détermination des organisations syndicales à obtenir le retrait total du texte. C'est une affirmation encore plus forte de l'ampleur du mouvement social, pas du tout un baroud d'honneur", affirme Eric Beynel (Solidaires).

Alors que le mouvement semblait s'essouffler depuis le 31 mars (entre 390.000 et 1,2 millions de manifestants), il a repris de l'ampleur jeudi, avec entre 128.000 et 400.000 manifestants. "Contrairement à ce que disaient les Cassandre, le mouvement continue", constate Fabrice Angéi, membre du bureau confédéral CGT. Le passage en force du gouvernement à l'Assemblée avec le 49-3 "loin de créer un fatalisme a ajouté une colère aux raisons de fond" du mécontentement, estime-t-il. Mais pour Dominique Andolfatto, professeur de science politique à l'université de Bourgogne et spécialiste du syndicalisme, "on ne peut parler de relance du mouvement". Sans être "insignifiant", il peine "à faire masse", ajoute-t-il en rappelant que "la CGT revendique près de 700.000 adhérents" et que "la France compte près de 24 millions de salariés".


Mais l'enjeu, pour les syndicats, est désormais de propager la mobilisation de la rue aux entreprises, en multipliant les arrêts de travail. Le leader cégétiste Philippe Martinez a appelé mardi à "généraliser les grèves". Jeudi, l'objectif sera de "s'appuyer sur les secteurs en grève reconductible - raffineries, cheminots - pour faire la jonction avec ceux qui vont entrer dans le mouvement", expliquait vendredi Fabrice Angéi, membre de la direction de la CGT.


BLOCAGE DES RAFFINERIES

C'est désormais l'épicentre de la contestation. Quatre des huits raffineries de pétrole implantées dans l'Hexagone - qui représentent près de 50% de la capacité de raffinage française - sont affectées par la grève : certaines unités de Gonfreville-l'Orcher (Seine-Maritime), Donges (Loire-Atlantique) et Feyzin (Lyon) sont à l'arrêt, tandis que Grandpuits (Seine-et-Marne) tourne au ralenti. Tout le weekend, par crainte de pénurie, les automobilistes ont pris d'assaut les pompes à essence du nord-ouest. Résultat : 1.500 stations en rupture partielle ou totale, sur 12.000 en France, selon les chiffres délivrés par le secrétaire d'État aux Transports Alain Vidalies. Plusieurs départements ont pris des arrêtés limitant la distribution de carburant.

"Nous sommes très déterminés à ce qu'il n'y ait aucune pénurie en France", a prévenu dimanche Manuel Valls. "Nous maîtrisons pleinement la situation", a-t-il assuré, "je pense qu'un certain nombre de raffineries ou de dépôts qui étaient bloqués sont débloqués ou vont l'être dans les heures ou dans les jours qui viennent. Nous sommes très déterminés à ce qu'il n'y ait aucune pénurie en France". Vendredi et dimanche, les forces de l'ordre ont débloqué plusieurs importants dépôts de carburants, permettant de réalimenter certaines stations, mais en courant le risque de mettre de l'huile sur le feu. "J'ai été très étonné aussi d'un certain nombre de messages, notamment de la CGT et Force ouvrière, alors même que nous avons apporté des garanties encore ces dernières heures et jours sur le paiement des heures supplémentaires. Il n'y a aucune raison aujourd'hui de bloquer des dépôts ou des raffineries et de gêner nos compatriotes", a ajouté le Premier ministre.


"Hollande et Valls utilisent les mêmes méthodes que Nicolas Sarkozy en 2010. Face à la lutte des salariés, ils envoient les forces de l'ordre pour casser les grèves", a dénoncé samedi Philippe Martinez, promettant "une réaction à la hauteur de ce que le gouvernement fait". "Des discussions et des assemblées générales sont engagées pour amplifier le mouvement" dans le secteur, a-t-il prévenu. Pour le professeur Dominique Andolfatto, ces actions "coup de poing" entravant l'approvisionnement en carburant "semblent fonctionner" mais "ce choix tactique paraît plutôt traduire les difficultés du syndicat à construire un mouvement plus global". "Déjà, cette semaine, la CGT avait appelé à des cessations de travail dans divers secteurs. Elle a été peu suivie" et la base des manifestants restent "les salariés d'entreprises publiques ou semi-publiques et les fonctionnaires".


ACTIONS DANS LES PORTS

La CGT appelle les dockers à suivre les appels à la grève des 26 mai et 14 juin. "L'activité sera à zéro dans la plupart des ports", a prévenu Tony Hautbois, secrétaire général de la fédération des ports et docks. En dehors des deux journées nationales, "on appelle nos camarades à être solidaires des initiatives territoriales", après les actions dans les ports de Nantes-Saint-Nazaire, du Havre ou encore de Lorient la semaine dernière. A Nantes-Saint-Nazaire, quatrième port français, le personnel a reconduit jusqu'à lundi sa grève, qui empêche tout mouvement de bateau. Une nouvelle assemblée générale se tiendra à 8h pour décider des suites du mouvement.

LE MOUVEMENT DES ROUTIERS DÉSAMORCÉ ?

Le gouvernement espère avoir désamorcé le mouvement des routiers, en leur promettant que le projet de loi n'aura pas d'effet sur leur régime "dérogatoire" sur les heures supplémentaires, qui ne pourront donc pas être majorées de moins de 25%. Si la réforme défendue par la ministre du Travail Myriam El Khomri entre en vigueur, les branches professionnelles ne pourront plus empêcher les entreprises d'abaisser, par accord majoritaire, le taux de majoration des heures supplémentaires de 25% à 10%. Cette mesure faisait redouter aux routiers une "baisse drastique" de leur rémunération.

"Le gouvernement lâche sur les heures supplémentaires", se sont félicitées la CGT et FO, saluant une "très bonne nouvelle pour la profession qui souffre". Les deux syndicats ont toutefois appelé à poursuivre les opérations escargots, blocages de zones logistiques et autres barrages filtrants. Mais pas sûr que l'appel soit entendu, selon une source syndicale: "On appelle à poursuivre jusqu'au retrait du projet de loi, mais on sait que la réaction des salariés ne sera pas tout à fait la même. Les heures supplémentaires, c'est vraiment ce qui crispait la base."

 
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