Les confessions d'un repenti du jihad : "J'ai été aveuglé, manipulé"

Les confessions d'un repenti du jihad : "J'ai été aveuglé, manipulé"

Damas le 4 janvier 2016 (Photo d'illustration)

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Orange avec AFP, publié le dimanche 04 décembre 2016 à 22h31

À la veille de l'ouverture de son procès à Paris pour être allé faire le jihad en Syrie, un jeune Lillois de 26 ans s'est confié au Journal du Dimanche. Deux ans après son retour en France, il assure avoir "compris ses erreurs".

Converti à l'islam dans son adolescence, Michel (son prénom a été modifié) est parti faire le jihad en Syrie de juin 2013 à février 2014.

Il est parti dans un "but humanitaire", pour "aider les Syriens persécutés par Bachar Al-Assad, participer à la création d'un royaume en terre d'Islam...", raconte ce dimanche 4 décembre le jeune Lillois de 26 ans dans les colonnes du Journal du Dimanche.



Il est parti le 14 juin 2013 grâce à l'aide d'un réseau de Roubaix. Rien de plus simple. Parti avec 300 euros en poche, il est passé par la Turquie avant de rejoindre l'État islamique (EI). "Au début, j'avais surtout une activité spirituelle. Je lisais le Coran et je priais toute la journée. J'avais aussi des missions de garde. Je surveillais le QG de l'émir, je recevais les visiteurs. Je réceptionnais de la nourriture, j'allais chercher des étrangers à la frontière syrienne. J'étais armé d'une kalachnikov mais je me sortais jamais seul. les étrangers comme moi risqué d'être enlevés pour être envoyé au combat", détaille-t-il. Ce qui ne l'empêche pas de faire venir sa femme et ses trois jeunes enfants, avec lesquels il vivait dans "une belle maison avec un jardin dans une résidence assez calme". "Je n'avais jamais eu un tel luxe en France. C'était le paradis pour les enfants", assure-t-il.

"ON A COMPRIS QU'ON AVAIT FAIT UNE ÉNORME BÊTISE"

Mais le rêve a fini par virer au cauchemar. "Je me suis retrouvé à devoir combattre des musulmans, des groupes rivaux pour des luttes de territoires". Il se rend compte de la cruauté de Daesh. "Leurs hommes frappaient ceux qu'ils apercevaient en train de fumer, ils rouaient de coups des pauvres types qui avaient enfreint une loi religieuse... Une fois, ils ont abattu de sang-froid un handicapé mental car il avait soit-disant insulté le prophète. Pour un musulman, ces personnes sont normalement intouchables". Blessé en janvier 2014 lors d'un combat, il est soigné dans un hôpital appartenant à l'Armée Syrienne Libre (ASL), qui le place ensuite en prison avant de le libérer avec la promesse d'un retour en France. "J'ai fini par retrouver ma femme, qui me croyait mort, se rappelle-t-il très ému. On a compris qu'on avait fait une énorme bêtise et nous n'avions plus qu'une idée : rentrer en France".

À son retour en France, il reprend le cours de sa vie. "C'est lorsque j'ai demandé un nouveau passeport que j'ai compris que j'étais sous surveillance", raconte-t-il. Depuis il a été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire. Le 23 juillet, le juge antiterroriste Christophe Teissier a décidé de le renvoyer en correctionnelle. Il lui reproche d'avoir préparé "depuis la France, grâce à la constitution d'un groupe de volontaires jihadistes, le projet de rejoindre un groupe terroriste en Syrie en se rendant clandestinement dans le pays (...), en effectuant des surveillances armées, en participant à des combats entre factions terroristes et en aidant des volontaires étrangers à franchir la frontière en vue d'intégrer un groupe terroriste...". Son procès s'ouvre lundi 5 décembre à Paris.

Durant deux jours, il devra convaincre que ce passage en Syrie était "une erreur". Il va apporter au tribunal les preuves de son retour à la vie normale : les bulletins de notes de ses enfants, les siennes dans son centre de formation. Il a aujourd'hui en effet un projet professionnel en rapport avec les chevaux. Il sait qu'il risque gros. Jusque-là considéré comme un délit passible de dix ans de prison, le fait d'avoir rejoint les rangs de l'EI est désormais un crime, passible de vingt à trente ans de réclusion. Les attentats de 2015 et de Nice sont passés par là. Pourtant, il refuse la comparaison avec ces terroristes,. "Je ne suis pas un terroriste. J'ai été aveuglé, manipulé (...) Il y a une différence entre les gens comme moi et les meurtriers du Bataclan, entre l'islam et le terrorisme. Aujourd'hui la justice met tout le monde dans le même sac. Je me suis trompé sur toute la ligne. J'espère ne pas le payer toute ma vie
 
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