Les agressions sexuelles en maison de retraite, un non-dit qui subsiste

Les agressions sexuelles en maison de retraite, un non-dit qui subsiste©Panoramic
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6Medias, publié le mercredi 16 août 2017 à 11h45

D'après une enquête réalisée par FranceInfo, les agressions sexuelles en maison de retraite, difficiles à chiffrer et très souvent non signalées, font véritablement figure de tabou en France.

Ce type d'affaires est pourtant légion, et la presse en relate régulièrement. Comme le cas de Paulette, une septuagénaire atteinte d'aphasie - et donc incapable de s'exprimer -, violée fin novembre 2010 dans une maison de retraite du Gard.

Si elle est, à l'époque, retrouvée "le visage marqué, très rouge, les lèvres en sang", et que l'aide-soignante de garde au moment des faits racontera qu'elle a été "trouvée en train de se faire agresser physiquement et sexuellement" par un autre résident de l'établissement, il faudra trois ans à la justice pour qu'une audience soit fixée, le 24 octobre 2017, et alors que Paulette est décédée en 2013.

Si la justice a tardé, dans ce dossier comme dans tant d'autres, c'est parce que personne n'a voulu, ou osé, parler. La famille de la septuagénaire n'est ainsi prévenue ni la nuit de son viol, ni le lendemain. Elle le sera plus d'un an après l'agression. "Une personne de l'établissement m'a arrêté dans la rue et m'a dit qu'il était arrivé quelque chose de grave à ma belle-mère. Cette personne avait trop peur pour son travail, mais elle n'en pouvait plus de se taire", raconte à FranceInfo David Leviez, le gendre de Paulette.

Confrontée aux réticences de la maison de retraite, de la direction aux services médicaux, la famille a dû s'employer pour que la justice se saisisse du dossier. Et le cas de Paulette est loin d'être isolé. Mais toutes les victimes n'ont pas droit à la justice. "La sexualité des personnes âgées est taboue, bien que mieux admise depuis quelques années. Voir des gestes intimes entre résidents n'est pas toujours accepté. Il peut y avoir une négligence à analyser les faits", explique à FranceInfo Caroline Lemaître, gérontopsychiatre au Puy-Sainte-Réparade (Bouches-du-Rhône).

D'autres raisons viennent aussi expliquer la quasi-omerta autour du problème, comme le statut des personnes concernées, agresseurs et victimes pouvant être mentalement déficients. "Si un homme atteint d'Alzheimer donne une caresse à une femme qui le rejette, qu'on lui explique qu'il n'a pas le droit, mais qu'il oublie et réitère, est-ce qu'on le poursuit ?", interroge ainsi Caroline Lemaître.

Et puis, comme l'indique Roselyne Vasseur, responsable de la qualité des soins en Ehpad au Centre d'action sociale de Paris, constituer un dossier dans ce type d'affaires n'a rien d'évident. "On ne peut pas signaler tout et n'importe quoi au procureur. On doit faire un rapport très circonstancié, interroger le personnel, recouper les faits, ça n'est pas toujours possible. Quand ça l'est, les familles n'ont pas forcément envie qu'on aille plus loin", dit-elle.

Surtout que l'engorgement des tribunaux, comme dans d'autres types d'affaires, pousse souvent la justice à correctionnaliser, soit à reclasser un crime en délit. En 2014, BFM TV rapportait par exemple le cas d'un aide-soignant de 28 ans accusé du viol d'une femme 92 ans et jugé en correctionnelle sur demande du parquet. Comme le précise FranceInfo, l'homme aurait encouru vingt ans d'emprisonnement aux assises, mais n'a écopé que de cinq ans de prison ferme.

La loi, elle, évolue avec les mœurs, et commence à se saisir du problème. Un texte sur l'adaptation de la société au vieillissement a ainsi été voté en 2016 et stipule que "des enquêtes sont réalisées régulièrement sur les violences et les maltraitances à l'encontre des personnes âgées", sans toutefois mentionner les violences sexuelles. "Il faut que les familles et les soignants s'acharnent pour qu'il y ait un procès, parce que les textes existent pour les défendre", estime l'avocate Florence Fresnel. À l'étranger, certains pays ont d'ailleurs une avance considérable sur la France, comme le Canada. Plus spécifiquement, le Québec tient des statistiques très détailles sur les violences sexuelles faites à divers groupes de la population, comme les personnes âgées. "La police répertorie ces délits et crimes via le programme de déclaration uniforme de la criminalité. Cela permet de recenser et suivre l'évolution des infractions sexuelles au Québec", ont indiqué les autorités à FranceInfo.

 
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