Le procès du "monstre de Colombes" s'ouvre à Nanterre

Le procès du "monstre de Colombes" s'ouvre à Nanterre

Le 7 août 2013, le multirécidiviste en semi-liberté a violemment agressé deux femmes, les laissant pour mortes (photo d'illustration).

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Orange avec AFP, publié le lundi 23 mai 2016 à 14h00

- Le procès de Sofiane Rasmouk s'ouvre lundi devant les assises de Nanterre (Hauts-de-Seine). Surnommé le "monstre de Colombes" et déjà condamné, l'homme est accusé de vol, viol et tentative de meurtre à Colombes alors qu'il était en semi-liberté en 2013.

Les questions de la récidive et des "manquements manifestes de la Justice" seront au cœur des échanges. -

Le procès est prévu jusqu'au 31 mai. Sofiane Rasmouk encourt la réclusion criminelle à perpétuité. La soirée du 7 août 2013, Sandra Grolez ne s'en souvient que trop bien. Priscillia Atzori, elle, n'en a gardé aucun souvenir. Ce soir-là, cette responsable marketing rentre chez elle à Nanterre, portable à l'oreille, quand un homme la surprend au pied de son immeuble. Son ami avec lequel elle est au téléphone donne l'alerte, puis ne l'entend plus. La trentenaire est retrouvée agonisante par les secours, la tête fracassée. Son sac à main et son téléphone ont disparu.

Quelques minutes plus tard, à 600 mètres de là, Sandra Grolez est à son tour agressée. Depuis la gare SNCF de La Garenne-Colombes qu'elle vient de quitter pour se rendre chez son compagnon à Nanterre, la jeune femme de 19 ans se sent suivie. Il ne faut que quelques secondes à son poursuivant pour la saisir par les cheveux, la frapper et la violer entre deux voitures sans cesser de cogner sa tête contre le sol. Sous la contrainte, elle lui remet sa carte bleue et son code. L'agresseur la laisse partir, la menaçant de mort si elle ose le regarder. Si elle n'a pas vu son visage, Sandra se souvient de sa voix. Mais les caméras de surveillance SNCF "parlent" : Sofiane Rasmouk, déjà condamné en 2010 pour agression sexuelle et qui bénéficie d'un régime de semi-liberté après trois condamnations pour divers délits, est formellement identifié par des policiers de Colombes qui l'avaient contrôlé quelques jours plus tôt. Il est interpellé le 12 août.


Devant les enquêteurs, cet adepte de boxe thaï à la carrure d'athlète, aujourd'hui âgé de 28 ans, n'a cessé de varier dans ses explications, reconnaissant les vols et les coups portés, mais pas les agressions sexuelles. Sa version des faits : Priscillia était une "nourrice" (une personne qui garde de la drogue chez elle) avec laquelle il s'était disputé ; Sandra se serait "jetée sur lui" en disant avoir été agressée, alors qu'il était venu chercher de la drogue cachée dans le quartier. Pour les enquêteurs, rien ne tient debout.

Au premier jour du procès, l'accusé s'est montré très véhément, réfutant toute agression sexuelle. Il a cependant reconnu les violences. Tantôt laconique, parfois violent, souvent incohérent, l'accusé aux 24 condamnations depuis 2002, notamment pour agression sexuelle, a nié devant la cour d'assises des Hauts-de-Seine certains des faits qui lui sont reprochés, malgré sa longue "carrière de détention". "Ce dossier a été monté de toutes pièces" et "l'instruction a été foirée", a-t-il dit, désinvolte. Physique imposant, muscles saillants sous un T-shirt moulant, Sofiane Rasmouk a souvent toisé souvent ses deux victimes, assises côte à côte. Sandra Grolez, 22 ans, ne cesse de le fixer. Quant à Priscillia Atzori, 34 ans, la démarche mal assurée, elle avoue, hors tribunal, "ne pas pouvoir le regarder".

Un oncle, entendu comme témoin, l'a décrit comme "fragile" " et "dangereux". "Pour moi, a dit cet homme aux fines lunettes, c'est un cas psychologique" qui "doit être soigné". Il a aussi dit avoir "toujours eu un pressentiment qu'il avait un problème, cet enfant", dont on apprendra qu'il a été placé à 11 ans et demi. A sa sortie de la salle d'audience, l'accusé l'insulte. Vient le tour de sa soeur aînée. Celle-ci reconnaît qu'il est "sanguin, très nerveux". Mais il n'est, selon elle, "pas capable" de viol. Depuis son box, Sofiane Rasmouk l'applaudit bruyamment. "Merci ma soeur", lui lance-t-il.

Une jeune femme avec laquelle il a entretenu une longue relation amicale, puis amoureuse, est, elle sans appel sur le caractère de l'accusé. "Est-il violent?", l'interroge la présidente. "Oui". Est-il bagarreur? "Oui". Et "manipulateur" aussi. Mais "de là à violer une femme... je pense pas", souffle-t-elle. Sofiane Rasmouk applaudit de nouveau, comme au spectacle, entouré de ses trois gardiens.

LES SÉQUELLES SONT IMMENSES

"Ma cliente a été massacrée par cet homme", tonne Me Frank Berton, l'avocat de Sandra Grolez. "Elle n'arrive pas à se reconstruire, ne sort plus jamais seule", ajoute-il. Quant à Priscillia Atzori, 34 ans aujourd'hui, "c'est une miraculée", témoigne son conseil, Me Gilles-Jean Portejoie. Elle a été opérée six fois et porte une prothèse sur la moitié du crâne. "Mais si physiquement elle donne l'impression d'avoir récupéré, en réalité, les séquelles sont immenses", dit son avocat.

Dans un témoignage livré au Parisien, la jeune femme confie qu'elle "a de la chance d'être en vie". Les médecins ont en effet souligné la violence inouïe des coups que Sofiane Rasmouk lui a porté : ils ont fracturé les os du crâne et commotionné son cerveau. Sur une photographie prise après les faits, Priscilla "n'a plus de visage", selon le quotidien. Au traumatisme physique et aux séquelles s'ajoutent le traumatisme psychologique. "J'ai peur, je ne peux pas sortir seule de mon appartement, c'est impossible", explique-t-elle. Cependant, elle assure vouloir assister au procès. "Je veux qu'il paye pour ce qu'il m'a fait. C'est une ordure. [...] Je n'appréhende pas de le voir en face. J'espère juste q'il y aura une peine de sûreté, mais la question centrale, c'est : que faisait-il dehors ?"

Me Frank Berton ne décolère pas, pointant les "carences" et les "manquements" des services chargés de l'application des peines : "Voilà quand même un homme, dont on connaît la dangerosité et les antécédents, qui réintègre tranquillement sa cellule avec deux heures et demie de retard ce soir du 7 août 2013, la chemise tachée du sang de ses victimes...!" Une plainte contre X pour "mise en danger de la vie d'autrui" est en cours d'instruction, dépaysée à Lyon. "La justice n'a pas la culture de ses erreurs et de ses errements", déplore encore Me Berton. Me Portejoie, lui, "souhaite que le procès qui s'ouvre lundi soit celui de l'accusé et que l'éventuel procès de la Justice se fasse dans un autre temps".
 
4 commentaires - Le procès du "monstre de Colombes" s'ouvre à Nanterre
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