La Guyane, "tiers-monde" scolaire de France

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Des élèves d'une école primaire reçoivent les instructions des enseignants dans une tente à l'un des nombreux blocs routiers créés par les manifestants, le 5 avril 2017 à Cayenne, en Guyane

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AFP, publié le vendredi 14 avril 2017 à 13h41

Guyane: l'éducation nationale connaît ses pires résultats et les professeurs affirment "enseigner dans les écoles du tiers-monde"

Manque de bâtiments et de matériel, échec scolaire massif, programmes inadaptés... en Guyane, où l'Education nationale connaît ses pires résultats, les professeurs affirment "enseigner dans les écoles du tiers-monde", ce que dénonce le mouvement social en cours depuis  trois semaines.

"Ma classe, c'est moi qui l'ai peinte cet été avec mon mari. Je voulais donner aux élèves l'envie de lire". Professeure des écoles depuis 15 ans, Arielle, en poste à Cayenne, dénonce "l'état d'urgence" dans lequel se trouve le système scolaire guyanais.

Dans son école, il y a "trois toilettes pour 300 enfants", "pas d'internet, d'ordinateur, ou de photocopieuse", "pas de sortie scolaire", faute de budget "pour aller au cinéma ou même à la bibliothèque". Dans les "classes surchargées", des élèves trop pauvres arrivent sans fournitures, qu'elle doit leur acheter, raconte-t-elle, tandis qu'elle donne des cours de soutien sur l'un des barrages dressés par les manifestants. Après plus de trois semaines de conflit social, les barrages ont été ouverts jeudi soir.

Dans certaines établissements, explique Martine, une enseignante cayennaise de 45 ans, "c'est la mairie qui achète les cartouches d'encre pour les photocopieuses". Les professeurs se voient attribuer un quota, qui peut être de "1.500 copies pour une année". Passé ce stade, ils y sont de leur poche. Martine dit dépenser "entre 20% et 30% de son salaire" pour ses élèves. 

"Moi, j'enseigne dans l'école du tiers-monde", soupire-t-elle, quand Arielle dit naviguer "dans un système tiers-mondiste", où les classes d'adaptation, destinées aux élèves en difficulté, fondent comme neige au soleil. 

La Guyane, département d'Amérique du sud connaissant une immigration record, avec 35% de sa population d'origine étrangère, voit pourtant chaque année des cohortes d'enfants non francophones intégrer ses classes. Le territoire connaît en outre un taux de fécondité record - 3,5 enfants par femme - qui apporte toujours plus de jeunes écoliers.

En 2014, le département comptait 17.000 élèves de plus que dix ans plus tôt, selon l'Insee. Si le nombre de professeurs avait augmenté de 44% sur la même période, le collectif Pou la Gwiyann dékolé ("Pour que la Guyane décolle"), qui pilote le mouvement social en Guyane, déplore un manque criant d'établissements.

- Echec scolaire -

A Maripasoula (ouest), bourgade de 11.000 habitants au coeur de la forêt amazonienne, les élèves sont déjà handicapés par d'importants problèmes d'apprentissage de la langue. "Ils en parlent une à la maison et en apprennent une autre à l'école", explique Lydine, 28 ans, une enseignante qui y a grandi et y travaille.

Après l'acquisition des bases de l'enseignement, la poursuite des études relève du parcours du combattant. Faute de lycée à Maripasoula, les élèves se retrouvent en internat ou en famille d'accueil à Cayenne, à une heure d'avion. "Et là, ça se passe mal", constate Lydine.

Le cas de Maripasoula illustre des carences générales, qui débouchent sur des résultats catastrophiques: en Guyane, seul un quart des jeunes majeurs ont le bac, contre 77% en moyenne nationale. En 2011, plus de 9.000 jeunes âgés de 18 à 24 ans étaient sortis du système scolaire sans diplôme supérieur au brevet des collèges.

"Le modèle prend très peu en compte les réalités locales, de plurilinguisme, de migration, de rapport à la langue française qui est compliqué et qui ne marche pas du tout", énumère Fanny Cazard, professeur et membre de SUD éducation. Le "moule commun" hexagonal "ne s'adapte pas ici", tonne-t-elle.

Le plan d'urgence adopté la semaine dernière en Conseil des ministres devrait faire avancer les choses: l'Etat doit financer à hauteur de 50 millions d'euros par an pendant cinq ans la construction de collèges et de lycées. Pendant dix ans, il portera aussi de 10 à 15 millions d'euros la dotation aux communes pour construire des écoles.

Cela représente a minima "dix collèges, cinq lycées et 500 classes d'école primaire nouvelles", a évalué la ministre de l'Education nationale Najat Vallaud-Belkacem. Le nombre de postes d'intervenants en "langues maternelles" sera également doublé, pour passer à 80, a-t-elle ajouté.

"Construire des bâtiments, c'est nécessaire, mais pas suffisant", modère Fanny Cazard. "Il faut vraiment repenser l'école, insiste-t-elle, sinon on continuera à générer de l'échec."

 
24 commentaires - La Guyane, "tiers-monde" scolaire de France
  • Quand on prend connaissance de cet article, on se dit que Madame Taubira aurait dû s'occuper de ce territoire où elle aurait certainement été plus efficace que d'apporter son soutien aux voyous de métropole.

  • Que font ils eux mêmes pour améliorer leur sort

    Le gros problème et la grande erreur "les allocations pour tous et le droit du sol" que pouvons nous faire?Si vous osez en parler les associations vous traduisent devant les tribunaux.Celui qui vient du Brésil,de la République d'Haïti de la République Dominicaine,du Pérou ou autre apprendra le Français,mais à la maison jamais cette langue sera parlée,peut-être dans quelques familles mais c'est rare.Pauvres? L'argent est expédié par Western Union,les parents qui travaillent se retrouvent avec une liste de fournitures doublée le surplus sert souvent aux autres "démunis" certains sont très malins que voulez vous le système le permet ils en profitent.

  • On entend pas parler de Christiane là?

  • Leur objectif, c'est la recherche d'allocs, pas besoin de diplômes scolaires pour ça.

  • "pas d'internet, d'ordinateur, ou de photocopieuse", "pas de sortie scolaire", faute de budget "pour aller au cinéma ou même à la bibliothèque"

    Dans mon école n'on plus il n'y avais pas tous ça et c'était seulement les années 80/90. ça ne nous a pas empêcher d'apprendre et de réussir nos vies.

    En Guyane à mon époque peut-être deux jours avant les Grandes Vacances il y avait un pique nique sur la plage chaque élève apportait une boisson,un plat froid.Pas d'échange avec un autre pays il faut dire aussi que l'éducation n'était pas celle d'aujourd'hui les parents soutenaient les enseignants,c'est à partir de 1981 que tout a changé.

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