L'offensive de Kader Belarbi pour "démystifier" le ballet

L'offensive de Kader Belarbi pour

Le chorégraphe Kader Belarbi, directeur du ballet du Capitole à Toulouse, le 12 avril 2016

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AFP, publié le samedi 17 juin 2017 à 10h23

Comme le "petit Kirikou tout vaillant", l'ex-danseur étoile Kader Belarbi, directeur du ballet du Capitole, veut "démystifier" et rajeunir la danse classique, souvent perçue comme "kitsch et mièvre", à l'occasion de ses cinq ans à la tête du ballet toulousain.

Les 20, 21 et 22 juin, le ballet du Capitole dansera pour la première fois à Paris, un "passage inévitable, capital" mais surtout un "acte important de reconnaissance" de l'ensemble toulousain devenu deuxième ballet de France, souligne son directeur depuis août 2012.

Au Théâtre des Champs-Elysées, Kader Belarbi présentera son "Corsaire", créé en 2013 en "épurant un maximum" les costumes et le décor "pour que la danse soit pleinement existante et évidente" à la manière d'un "sculpteur ou d'un peintre".

"La danse classique dès qu'on lui enlève cette vitrine, cet apparat que sont les couches merveilleuses, on fait apparaître la parole de la danse, on en revient à l'incarnation authentique du geste dansé", explique l'ancienne étoile de l'Opéra de Paris, dans un entretien à l'AFP.

"La ringardise, je n'en veux plus", lance le danseur de 52 ans, retraité à 46 ans et demi. "Autant dire les choses avec facilité et incarnation plutôt que d'être bloqué dans un scaphandre d'antan", dit-il. 

"Quand je refais un Corsaire, un Giselle ou un Don Quichotte, je ne veux pas reprendre des codes archaïques mais au contraire effacer certaines choses auxquelles je ne crois plus, comme la pantomime vieillotte, et le remettre dans l'actualité, au goût du jour".

"Le ballet ne reste pas inscrit dans le 19e siècle", s'insurge l'élève de Rudolf Noureev, qui veut "vraiment travailler sur la perception" du ballet en France. 

"Qu'on enlève tous les préjugés: les velours, la dorure, les filles sont légères, les mecs sont des pédés, le ballet c'est kitsch, le ballet c'est mièvre. Avec toute ma génération, on a essayé de démystifier le ballet mais ça continue encore aujourd'hui", regrette-t-il.

Et "qu'on arrête de dire danse classique", proteste encore le quinquagénaire qui veut rajeunir le public. En France "dès qu'on dit classique, on est un vieux con, ça me révolte", poursuit-il, "le ballet travaille à partir d'un académisme, mais ce n'est pas qu'une image classique, c'est bien autre chose".

- 'grand écart' -

Belarbi a "l'impression d'être le petit Kirikou tout vaillant qui prend tout le monde dans ses bras et qui court très très vite" pour créer "une évolution ou une émulation" chez les 35 danseurs de 14 nationalités que compte le Capitole et leur faire faire "un grand écart" sur la programmation pour empêcher l'"usure du public".

Pour le chorégraphe d'origine algérienne, ces bientôt cinq saisons à la tête du ballet toulousain ne "sont pas une finalité, au contraire, ce n'est qu'une première pierre posée pour ouvrir une autre voie". 

"Je travaille sur un ballet vivant d'aujourd'hui, cela demande une patience absolue, mais c'est ce vers quoi je voudrais aller, je suis un conquérant, Abd-el-Kader, je le connais, c'est moi", sourit Belarbi, en référence à son propre prénom et à l'émir algérien qui résista au colonialisme.

Sa bataille, il entend aussi la mener sur le terrain de la culture, car "comme l'alexandrin de la comédie française, on ne sait plus comprendre la danse classique par manque de culture".

"J'ai l'impression qu'il faut être gourmet aujourd'hui pour pouvoir apprécier la danse classique", renchérit-il, "c'est là mon devoir en tant que chorégraphe et directeur, de ne pas jouer aux Macarons Ladurée et de (...) désacraliser", ajoute l'ex-étoile, dont "la danse est la religion". 

La danse "n'est pas muséale, c'est ma devise". Belarbi espère même un jour ou l'autre, pourquoi pas, "faire un festival de vieux", "chorégraphier des maturités" et remonter lui-même sur scène. Car "on reste danseur jusqu'à la fin de ses jours: c'est un truc qui ronge le bide, le coeur et la tête".

 
4 commentaires - L'offensive de Kader Belarbi pour "démystifier" le ballet
  • "J'ai l'impression qu'il faut être gourmet aujourd'hui pour pouvoir apprécier la danse classique", nous dit Kader Belarbi. Faut-il être simplement gourmand pour apprécier la danse désacralisée dont il nous parle ? Il ne fait ni plus ni moins - et c'est tant mieux - que ses illustres prédécesseurs évoqués ci-dessous, Béjart, Pina Bausch et bien avant ceux-là, Isadora Duncan, une femme qui osa braver dès le tout début du XXème siècle les diktats de la danse classique. Il nous dit aussi que, "En France, dès qu'on dit classique, on est un vieux con" . Peut-être y a-t-il là aussi un grand travail à faire pour se réapproprier les mot dans leur signification originelle. "Classique" n'est ni un gros mot, ni seulement un marqueur d'époque, il est la somme de l'évolution de la pensée et cela dans tous les domaines de l'art. Un grand vent de renouveau souffle sur tous les domaines de la pensée, la réconciliation des Anciens et des Modernes, peut-être, pour nous offrir un nouveau monde ? Nous en avons besoin.

    Exactement, Ayalou. A chaque époque ses codes et ses styles et les créateurs qui innovent ne sont pas forcément compris du grand public. Quel est l'objectif de Kader Belarbi ? S'exprimer en novateur ou donner à un public "jeune" qui ne sait rien du ballet dit "classique" ce qu'il a envie de regarder ? Si c'est cette dernière proposition -démagogisme culturel ?- qui l'anime, son oeuvre ne durera que le temps des modes.
    Au-delà, ce qui intéresse le public, le vrai public, qu'il soit jeune ou vieux, c'est effectivement de lire le "Corsaire" dans toute son histoire, depuis Marius Petipa en passant par Balanchine jusqu'au temps présent, incarné par Kader Belarbi. S'il est véritablement un créateur, ce qu'on ne sait pas encore.

    Jolis textes, merci pour vos commentaires-cadeau !

  • "...
    Nous voulons, tant ce feu nous brûle le cerveau,
    Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu'importe ?
    Au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau !"

    disait Baudelaire dans "Le Voyage" et dans la forme immuable de l'alexandrin.


    Eternel débat autour des passages de témoin ... Eternelle querelle des Anciens et des Modernes, éternelle question autour de la notion d' académisme ...
    Et au centre du débat, encore une fois, l'Art et la création artistique.
    Faut-il jeter le Lac des Cygnes du Bolchoï au profit du Swan Lake de Mathew Bourne ? Et pourquoi ne pas regarder les deux comme complémentaires ?
    Ratocinations d'intello. ? Peut-être ...
    Kader Belarbi connait à son tour, après Béjart, après Pina Bausch et d'autres, l'angoisse du créateur. Comment regarder d'un oeil neuf les oeuvres du passé pour qu'elles restent en vie aujourd'hui, toujours actuelles dans l'expression ? Est-ce que justement la Beauté n'échappe pas au Temps ?
    Tant qu'il ne déguise pas Giselle en go go dancer ...

    Votre réaction, Anji, touche au coeur de l'éternel questionnement ... Pourquoi faudrait-il opposer Classique et Moderne au lieu d'en faire une synthèse harmonieuse, une sobriété heureuse dans les gestes et jusque dans les mots ?

    Exactement, Ayalou. A chaque époque ses codes et ses styles et les créateurs qui innovent ne sont pas forcément compris du grand public. Quel est l'objectif de Kader Belarbi ? S'exprimer en novateur ou donner à un public "jeune" qui ne sait rien du ballet dit "classique" ce qu'il a envie de regarder ? Si c'est cette dernière proposition -démagogisme culturel ?- qui l'anime, son oeuvre ne durera que le temps des modes.
    Au-delà, ce qui intéresse le public, le vrai public, qu'il soit jeune ou vieux, c'est effectivement de lire le "Corsaire" dans toute son histoire, depuis Marius Petipa en passant par Balanchine jusqu'au temps présent, incarné par Kader Belarbi. S'il est véritablement un créateur, ce qu'on ne sait pas encore.

    Une synthèse harmonieuse ... Tout est dit !

  • Il veut "rajeunir la danse classique" mais il veut aussi "faire un festival de vieux" ... pourquoi pas ? mais ce serait bien sinon mieux s'il dansait au lieu de penser !

  • Encore un qui croit avoir inventé l'eau tiède.

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