Inondations : des premières défaillances pointées du doigt

Inondations : des premières défaillances pointées du doigt

Une habitante de Longjumeau (Essonne) évacuée le 2 juin. La maire de la ville affirme n'avoir pas été suffisamment prévenue de l'ampleur de la crue.

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Orange avec AFP, publié le dimanche 05 juin 2016 à 13h07

- Niveau de la Seine mal calculé, mises en garde jugées insuffisantes, bassins de rétention en trop petit nombre ou mal placés... Des premières défaillances sont pointées du doigt dans la gestion et la prévention des inondations qui touchent la région Centre-Val de Loire et l'Île-de-France depuis 5 jours.

La ministre de l'Environnement, Ségolène Royal, a annoncé des premières mesures et un nouvel exercice de simulation d'ici la fin du mois". -

Ségolène Royal l'a annoncé samedi : les pouvoirs publics mèneront "d'ici la fin du mois" un nouvel exercice de simulation d'une crue majeure, de l'ampleur de celle de 1910. Un premier exercice de ce type, baptisé Sequana, avait été réalisé en mars 2016 et a permis, selon la ministre, "d'améliorer la coordination des services de l'État et des collectivités locales". Le dispositif prévoyait une hausse quotidienne de 50 centimètres maximum, mais l'eau est montée bien plus vite à Paris et en amont entre jeudi et vendredi midi, gagnant un mètre par endroit.

"Le scénario de l'exercice Sequana portait sur une crue centennale de type 1910 (pic à 8 mètres 62, Ndlr), beaucoup plus grave que celle-ci, entraînant de très nombreuses évacuations dans Paris", explique le préfet de police de Paris, Michel Cadot au "Journal du Dimanche (JDD)". "Mais la montée d'eau était plus lente, sur cinq jours. Or cette semaine, des pluies très abondantes et denses sur 48 heures ont conduit à une montée plus rapide".

UN PROBLÈME DE CAPTEURS

"J'ai décidé qu'une fois les crues passées, d'ici 3 semaines un mois, nous tirerons les conséquences de ce qui vient de se passer, car avec le réchauffement climatique les phénomènes d'accentuation des précipitations ne peuvent qu'aller en s'aggravant", a précisé samedi Ségolène Royal. La ministre a ajouté qu'elle avait décidé de doubler le nombre de capteurs au pont d'Austerlitz (où se trouve l'unique station de mesure de la Seine à Paris), qui vont passer de deux à quatre. Ces capteurs ont été défaillant jeudi, obligeant les services à faire des mesures manuelles.

L'erreur n'est pas humaine mais liée à un incident technique. "Ce qui s'est passé c'est qu'il y avait des déchets qui étaient véhiculés par l'eau qui ont interrompu momentanément ces capteurs", a détaillé la ministre. Même s'ils sont placés dans des puits pour être protégés de l'impact des matériaux charriés par les eaux, ce sont probablement des débris qui les ont obstrués. Le ministère de l'Environnement est donc resté jusqu'à vendredi midi sur une prévision de pic de 5,30 à 5,90 mètres. L'erreur ne sera détectée que vendredi matin, et l'estimation de pic relevée à 6,30 m - 6,50 m à la mi-journée par le ministère.


"Nous avons dans toute la France 1500 de ces boîtiers, gros comme des compteurs EDF, équipés d'un capteur et d'un petit ordinateur qui envoient régulièrement les données", précise le chef du pôle de modélisation de Vigicrues, Bruno Janet. Mais ils sont soumis à rude épreuve, car ils se trouvent dans le lit de cours d'eau en crues violentes, avec aussi de grosses variations de températures". "Nous devrons analyser cela, mais une prévision ne peut jamais être certaine", explique-t-il au JDD. "Il y a aussi de très nombreux petits cours d'eau sans capteurs, sur lesquels nous n'avons pas de mesures et peu d'informations".

"L'ÉTAT DÉFAILLANT DANS CERTAINS ENDROITS"

Les prévisions posent également question en banlieues. La maire LR de Longjumeau (Essonne), Sandrine Gelot-Rateau, n'avait jamais vu une telle montée des eaux de l'Yvette (affluent de l'Orge). "L'eau atteignait parfois le 1er étage", raconte-t-elle au JDD. Et l'élue n'a rien vu venir : "J'ai été prévenue mardi soir que l'Yvette risquait de sortir de son lit et j'ai demandé aux services municipaux de passer en bord de rivière pour demander aux gens de rehausser leurs affaires". Mais le niveau de l'eau est monté très rapidement. "Si nous avions été prévenus de l'ampleur de la crue, on aurait pu enlever plus de véhicules".

Le préfet, Michel Cadot, n'a pas eu ce type de "retours". "A ma connaissance, les maires de Seine-et-Marne, de l'Essonne et du Val-de-Marne ont pu anticiper très correctement l'évacuation des habitations". "C'est un événement exceptionnel, donc c'est normal qu'il y ait un peu de désorganisation", a expliqué samedi soir sur "Europe 1", la présidente LR de la région Île-de-France, Valérie Pécresse. "En revanche il y a plusieurs choses à apprendre de cette crise. La première c'est qu'il faut des bassins de rétention d'eau plus importants pour les affluents de la Seine. Il faut aussi aider les agriculteurs, les parcs naturels régionaux, tous ceux qui entretiennent les zones humides à avoir plus de pouvoir pour faire cet entretien. Aujourd'hui c'est de la responsabilité de l'État, hors l'État a été défaillant dans un certain nombres d'endroits", a jugé l'ancienne ministre.


LES LACS-RÉSERVOIRS EN QUESTION

Les quatre lacs-réservoirs censés protéger la capitale et son agglomération n'ont pas pu empêcher les inondations. Et pour cause, ils étaient déjà proches de la saturation jeudi. "Ces ouvrages ont deux fonctions : prévenir des inondations de la Seine et assurer un débit suffisant des cours d'eau durant la période estivale", expliqué alors à l'AFP Marc Vincent, directeur général des services techniques de Seine Grands Lacs, l'établissement public chargé de la gestion de ces bassins. "En vue de ce dernier objectif, nous faisons en sorte qu'ils soient pleins pour fin juin. Les crues de printemps tardives sont donc les plus compliquées à gérer car nos ouvrages n'ont plus trop de capacité de stockage".

"Cette crue est atypique", ajoute la directrice du service de l'hydrologie à l'EPTB Seine Grands lacs, Claudine Jost, au JDD. "Elle s'est formée sur l'Île-de-France et sur des secteurs du bassin en aval de nos ouvrages, où l'on ne contrôle pas les débits". D'autres dispositifs sont-ils prévus pour limiter le débordement de la Seine ? "Un nouveau projet d'aménagement est à l'étude sur la Bassée, un tronçon de la vallée de la Seine situé à la confluence Seine-Yonne", avait précisé jeudi Marc Vincent à l'AFP. "L'idée serait d'aménager une zone de rétention d'eau entourée de digues. Elle serait uniquement utilisée à l'occasion des phénomènes de crue. Des études viennent d'être lancées et les travaux devraient débuter d'ici 2020. Si ce site avait déjà été aménagé, nous l'aurions probablement rempli dans la configuration actuelle. Cela aurait été très utile". D'autres voix se font, elles, entendre pour critiquer l'urbanisation galopante, la canalisation des petits cours d'eau, l'assèchement de plusieurs zones humides et la multiplication des espaces bétonnés.

 
19 commentaires - Inondations : des premières défaillances pointées du doigt
  • Construire un bassin ? vous n'y pensez pas. Les écolos vont nous trouver une espèce de batraciens en danger et faire une manif. pendant 20 ans comme à notre Dame des Landes.

  • Au siècle dernier, il n'y avait pas de capteurs électronuiques pour défaillir d'un trop plein d'eau, mais n'importe quel péquin savait lire le niveau de la crue sur les échelles de tirants d'eau toujours en place sur les berges au niveau des ponts et des écluses. Il eut peut être suffit de mettre le nez dehors pour connaître l'état de la crue, qui l'eût cru ma bonne dame.

  • Une petite question à la lecture de cet article ; combien y a-t-il de directeurs à l'EPTB Seine Grands lacs ?

  • Les défaillances ne datent pas d'hier, cela fait des dizaines d'années, sinon des siècles, que les mêmes problèmes se succedent. Ne me dîtes pas que gouvernement après gouvernement il n'y a pas une personne qui pense, allez quoi... juste une bon tant pis...

  • Plus il y'a de fou plus on rit jadis à l'époque de nos rois il y avais pas de technologie pas de 3d etc etc et surtout de très très bon architecte on préfère construire n'importe comment pourvus que l'argent rentre

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