Grenoble : la fresque "l'État matraquant la liberté" crée la polémique

Grenoble : la fresque

En trois mois, près de 50 enquêtes judiciaires ont été ouvertes par l'IGPN pour des accusations de violences policières. Photo prise aux Invalides, le 14 juin 2016.

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Orange avec AFP, publié le dimanche 26 juin 2016 à 19h29

- Une fresque représentant une "Marianne" matraquée par deux policiers suscite une polémique à Grenoble (Isère). Un débat d'autant plus vif que l'oeuvre a été réalisée dans le cadre d'un festival de street art subventionné par la mairie ELLV.

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L'oeuvre, réalisée par l'artiste Goin, représente une femme à terre, tenant un drapeau bleu-blanc-rouge effiloché, frappée par deux policiers anti-émeute, dont l'un porte un bouclier "49.3". Elle a été réalisée sur un mur proche de la gare qui doit être détruit "dans les jours ou les semaines qui viennent".


"C'est honteux, la République nous la défendons, nous ne lui tapons pas dessus", a expliqué sur France 3 Alpes, Yannick Biancheri, syndiqué SGP-Police FO à Grenoble. "Cette fresque fait mal, surtout en cette période difficile depuis les attentats. C'est scandaleux, notre métier c'est gardien de la paix et quand on voit comme on nous représente... Lors des manifestations, on est là pour protéger les manifestants des casseurs, ne l'oublions pas". Selon la chaîne locale, le syndicat policier pense à porter plainte, comme après l'affaire de l'affiche CGT sur les violences policières.

"Je trouve ceci indigne", a réagi le directeur départemental de la sécurité publique, Patrick Mairesse, cité par le quotidien régional Le Dauphine Libéré. "Fouler aux pieds le symbole de l'État et de l'autorité dont nous avons tant besoin, oui je suis choqué", a ajouté à France Bleu Isère le président Les Républicains du département, Jean-Pierre Barbier. Pour Debout la France, parti dirigé par Nicolas Dupont-Aignan, cette fresque "de la honte" est "abjecte" et doit être retirée immédiatement par la municipalité.

CONDAMNATIONS AU PARTI SOCIALISTE

"Quand la collectivité locale finance, sur l'argent des contribuables grenoblois, une fresque réalisée dans le cadre d'un festival subventionné à hauteur de 25.000 euros, à la vue de tous, dans l'espace public, elle est responsable des messages passés", a quant à elle souligné l'ancienne ministre socialiste Geneviève Fioraso, qui appartient à l'opposition à la municipalité menée par Eric Piolle (EELV). Par respect pour ceux qui nous protègent, il faut effacer immédiatement cette fresque inacceptable dans le contexte".

L'ancien maire socialiste de Grenoble, Michel Destot, a également fait connaitre son opposition : "Comment est-il possible de cautionner une telle fresque ?", s'est-il questionné sur Twitter. "Respect pour ceux qui nous protègent".

"L'ART PEUT ÊTRE SUBVERSIF"

"Nous, en tant que politiques, on s'interdit de vouloir gérer la création artistique", a-t-on répliqué au cabinet du maire, où on relève le "grand succès" du Grenoble Street Art Fest qui se termine ce dimanche 26 juin. "On comprend la réaction de la police et d'autres, mais ça reste une oeuvre d'art et l'art peut être subversif", fait-on valoir. "L'art a vocation à créer du débat, voire de la polémique".

"Ce n'est pas une fresque anti-police, c'est une fresque qui dénonce l'utilisation que fait l'État du 49.3. Si elle crée le débat, elle joue son rôle", a ajouté à France Bleu Isère, Jérôme Catz, responsable de l'association Space Junk qui organise le festival et qui a invité l'artiste Goin (http://www.goinart.net/).

Une autre fresque sur les violences survenues en marge des manifestations à la loi travail avait suscité la polémique. Réalisée le 18 mai dans le Xe arrondissement de Paris, elle avaient été effacée à la demande des autorités.


Le mercredi 23 juin, huit organisations (la CGT, la FSU, Solidaires, SAF, l'UNEF, la FIDL, l'UNL et la LDH) ont réclamé l'ouverture d'une enquête parlementaire sur les "dysfonctionnements" du maintien de l'ordre et "les choix opérés par le ministère de l'Intérieur" lors des manifestations contre la loi travail.

"De nombreux manifestant-tes sont victimes de graves dysfonctionnements: délogés, pourchassés, blessés, interpellés par les forces de police alors même qu'ils n'ont commis aucune infraction!", dénoncent-elles. "Dans le même temps, certains individus responsables de +casse+ sont contenus en tête de cortège sans jamais être neutralisés par les forces de police", ajoutent ces organisations, estimant cette enquête "indispensable".

 
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