Grenoble : la fresque "anti-flics" taguée d'un "Stand up for the french police"

Grenoble : la fresque "anti-flics" taguée d'un "Stand up for the french police"

La fresque "l'État matraquant la liberté" réalisée sur un mur de Grenoble crée la polémique. Ici le 27 juin 2016.

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Orange avec AFP, publié le mardi 28 juin 2016 à 13h19

- Une œuvre de street-art représentant une Marianne matraquée par deux policiers, exposée dans le cadre d'un festival organisé par la mairie écologiste de Grenoble, provoque de vives réactions depuis le week-end. Elle a été taguée dans la nuit de lundi à mardi.

On peut notamment y lire "Stand up for the french police" (debout pour la police française). -

L'œuvre de Goin représente une femme à terre, tenant un drapeau bleu-blanc-rouge effiloché, frappée par deux policiers anti-émeute, dont l'un porte un bouclier "49.3". La femme est accoudée sur les livres "1984" de Georges Orwell et "Le Meilleur des Mondes" d'Aldous Huxley. Cette fresque a été réalisée sur un mur, proche de la gare de Grenoble (Isère), qui doit être détruit "dans les jours ou les semaines qui viennent".

Face à l'avalanche de réactions indignées, chez les policiers et les politiques, le ministre de l'Intérieur s'est fendu d'un tweet de soutien aux policiers appelant le maire EELV de Grenoble, Éric Piolle, à exprimer ses "regrets".

Mardi matin, la fresque avait été recouverte de dessins de phallus, le mot "police" sur le dos des agents était noirci ainsi que le titre de l'oeuvre "L'Etat matraquant la liberté". "Stand up for the french police" est un chant de supporters devenu célèbre depuis le début de l'EURO 2016. A l'origine de ce succès : un groupe de fans irlandais qui avait réussi, le 17 juin à la veille de Belgique-Irlande, à faire s'accroupir des policiers avant de les faire se lever et même sauter sur les paroles du chant. Ce dernier est repris depuis par des supporters de différents pays.


GOIN NE VEUT "ENTENDRE LE SON DES BOTTES"

L'artiste s'est expliqué lundi sur le Huffington Post. Goin déclare assumer sa fresque. Il revendique "un art subversif et engagé qui est une arme d'évolution massive pour notre société". "Le son des bottes nous ne voulons plus l'entendre, nous en avons marre, nous sommes fatigués..., explique-t-il au Huff Post. Nous rêvons simplement d'un monde meilleur ou ce que je peins n'existerait plus", explique-t-il.

Goin accable en outre le gouvernement : "Avec l'état d'urgence et le 49-3, la France des Lumières s'obscurcit rapidement, l'esprit Charlie est bien loin déjà... L'État prend en otage notre 'démocratie' au profit du totalitarisme marchand qui définit nos vies avant même que l'on ne les ait vécues", dénonce l'artiste sur le site.


Critiqué depuis que sa fresque est apparue, l'artiste a toutefois reçu ce lundi le soutien du maire de Grenoble Éric Piolle (Europe-Écologie-Les Verts, EELV). "On comprend bien sûr l'émoi de la police. Mais comprendre cet émoi ne veut pas dire s'asseoir sur les textes fondateurs de la République", explique l'élu. "La liberté d'expression fait partie des bases fondamentales de la République. C'est ce que nous défendons tous et ce que la police a défendu après les attentats contre Charlie Hebdo", ajoute-t-il, en refusant de commenter l'œuvre en elle-même.

RÉACTIONS INDIGNÉES

Mais, dans l'opposition grenobloise et chez les policiers, la pilule a du mal à passer. "C'est honteux, la République nous la défendons, nous ne lui tapons pas dessus", avait expliqué dimanche sur France 3 Alpes, Yannick Biancheri, syndiqué SGP-Police FO à Grenoble. "Cette fresque fait mal, surtout en cette période difficile depuis les attentats. C'est scandaleux, notre métier c'est gardien de la paix et quand on voit comme on nous représente... Lors des manifestations, on est là pour protéger les manifestants des casseurs, ne l'oublions pas". Selon la chaîne locale, le syndicat policier pense à porter plainte, comme après l'affaire de l'affiche CGT sur les violences policières.

"Je trouve ceci indigne", a également réagi le directeur départemental de la sécurité publique, Patrick Mairesse, cité par le quotidien régional Le Dauphine libéré. "Fouler aux pieds le symbole de l'État et de l'autorité dont nous avons tant besoin, oui je suis choqué", a ajouté à France Bleu Isère le président Les Républicains du département, Jean-Pierre Barbier. Pour Debout la France, parti dirigé par Nicolas Dupont-Aignan, cette fresque "de la honte" est "abjecte" et doit être retirée immédiatement par la municipalité.

Les syndicats de la police grenobloise réclament au ministre de l'Intérieur de porter plainte pour "outrage" contre une oeuvre d'art urbain jugée "anti-police". Les syndicalistes ont indiqué qu'ils devaient être reçus mercredi par le procureur de Grenoble. "Mais au début de l'affaire, il nous a clairement dit qu'il n'y avait pas d'infraction", a reconnu le secrétaire départemental d'Alliance, Valérie Mourier.


CONDAMNATIONS AU PARTI SOCIALISTE

"Quand la collectivité locale finance, sur l'argent des contribuables grenoblois, une fresque réalisée dans le cadre d'un festival subventionné à hauteur de 25.000 euros, à la vue de tous, dans l'espace public, elle est responsable des messages passés, a quant à elle souligné l'ancienne ministre socialiste Geneviève Fioraso, qui appartient à l'opposition à la municipalité. Par respect pour ceux qui nous protègent, il faut effacer immédiatement cette fresque inacceptable dans le contexte".

L'ancien maire socialiste de Grenoble Michel Destot a également fait connaitre son opposition : "Comment est-il possible de cautionner une telle fresque ?", s'est-il questionné sur Twitter. "Respect pour ceux qui nous protègent".

"L'ART PEUT ÊTRE SUBVERSIF"

"Nous, en tant que politiques, on s'interdit de vouloir gérer la création artistique", a-t-on répliqué au cabinet du maire, où on relève le "grand succès" du Grenoble Street Art Fest, qui se termine ce dimanche 26 juin. "On comprend la réaction de la police et d'autres, mais ça reste une oeuvre d'art et l'art peut être subversif", fait-on valoir. "L'art a vocation à créer du débat, voire de la polémique".

"Ce n'est pas une fresque anti-police, c'est une fresque qui dénonce l'utilisation que fait l'État du 49.3. Si elle crée le débat, elle joue son rôle", a ajouté sur France Bleu Isère, Jérôme Catz, responsable de l'association Space Junk, qui organise le festival et qui a invité l'artiste Goin (http://www.goinart.net/).

Une autre fresque sur les violences survenues en marge des manifestations contre la loi travail avait suscité la polémique. Réalisée le 18 mai dans le Xe arrondissement de Paris, elle avait été effacée à la demande des autorités.


Le mercredi 23 juin, huit organisations (la CGT, la FSU, Solidaires, SAF, l'Unef, la FIDL, l'UNL et la LDH) ont réclamé l'ouverture d'une enquête parlementaire sur les "dysfonctionnements" du maintien de l'ordre et "les choix opérés par le ministère de l'Intérieur" lors des manifestations contre la loi travail. "De nombreux manifestant-tes sont victimes de graves dysfonctionnements : délogés, pourchassés, blessés, interpellés par les forces de police alors même qu'ils n'ont commis aucune infraction !", dénoncent-elles. "Dans le même temps, certains individus responsables de 'casse' sont contenus en tête de cortège sans jamais être neutralisés par les forces de police", ajoutent ces organisations, estimant cette enquête "indispensable".
 
119 commentaires - Grenoble : la fresque "anti-flics" taguée d'un "Stand up for the french police"
  • «Totalitarisme marchand» des «États démocratiques» contre totalitarisme bien-pensant de leurs enfants les plus naturels… Quand ces gens-là – qui n'existent que les uns par les autres – auront fin de s'entre-déchirer, alors les humains seront libérés et les sociétés trouveront à s'épanouir dans la clarté. Vive Dieu et mort aux vaches ! (Avec tout le respect que je dois à l'excellente gente bovine.)

  • Les policiers sont des intervenants qui exécutent les ordres de ceux qui ont obtenus le pouvoir par la voix des urnes, connaissez vous une société ou une nation démocratique sans ordre ni respect de la loi ? En France, nous sommes (encore) libres de contester ce qui n'est pas toujours le cas dans d'autres pays ?

    Libre de contester? C'est une blague, encore heureux que la police française ne se comporte pas comme les milices des régimes dictatoriaux, on sera déjà tous dans la rue pour renverser le pouvoir! Mais au train où vont les choses, on n'en est pas si loin....

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    celou83  (privé) -

    Un maire qui paye un graffeur pour faire un affront a notre compagnie républicaine de sécurité qui dans ce tag met a terre notre symbolique Marianne Seuls les casseurs, extrémistes anarchistes et racistes ont une raison de redouter notre sécurité intérieure et ils ont raison

  • supprimons la police et les lois et l'humanité retournera à la bestialité..... et quand je dis r e t o u r n e r a je devrai dire qu'on voit cette bestialité tous les jours aussi bien dans l'art que dans les tribunaux

    Tumbalele, Je vous remercie bien pour votre compliment et surtout pour vos bons conseils.
    Sachez tout de même que la liberté de parole existe et que tout un chacun est tenu de la respecter et surtout de respecter tout simplement les autres, mais je constate que c'est loin d'être le cas pour tout le monde, à fortiori quand on ose aller jusquà demander à quelqu'un dont on ne partage pas les idées de se taire. Cela en dit long sur le degré de tolérance et de respect de certains internautes.
    Bonne soirée !

  • GOIN NE VEUT "ENTENDRE LE SON DES BOTTES" le seul son qui lui agrée c'est celui qu'on donne aux ânes pour les empêcher de braire

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