Dix ex-ministres chargent les erreurs du quinquennat Hollande

Dix ex-ministres chargent les erreurs du quinquennat Hollande

Pour Aurélie Filippetti, "le gouvernement s'est peu à peu aligné sur une ligne libérale-sécuritaire qui est aux antipodes de ce que François Hollande avait promis en 2012.

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Orange avec AFP, publié le vendredi 20 mai 2016 à 12h00

- Manque de travail avant 2012, manque d'esprit collectif, agenda "catastrophique" des réformes... Plusieurs ex-ministres de François Hollande, comme Aurélie Filippetti, Fleur Pellerin, Marylise Lebranchu, Benoît Hamon ou encore Frédéric Cuviller, se sont confiés dans "Le Monde" sur les erreurs originelles du quinquennat.

Leur bilan est pour le moins amer. -

Ils ont retrouvé leur liberté de parole et c'est un véritable procès en amateurisme que livrent dix ex-ministres de François Hollande dans les colonnes du "Monde". Pour eux, si François Hollande ne semble pas en position de se qualifier au second tour de la présidentielle en 2017, c'est parce qu'il paye, avant toute chose, les erreurs du début de son quinquennat mais aussi les fautes de l'avant 2012 : "Ce qu'on paie aujourd'hui, ce n'est ni plus ni moins quinze ans d'absence de réflexion idéologique au sens noble du terme", explique ainsi Dominique Bertinotti, ancienne ministre déléguée à la famille. "Il y a dix ans, quand Ségolène Royal a essayé de réinventer quelque chose autour de 'l'ordre juste' et de la 'démocratie participative' toute la direction du PS l'a moquée. Après sa défaite, en 2007, on a mis le couvercle sur toutes les idées nouvelles, on est revenu à un discours très traditionnel et au fond très paresseux", ajoute l'actuelle membre du Conseil d'État.

"Nous, socialistes, devons reconnaître que nous n'avons pas assez travaillé avant 2012", abonde l'ancienne ministre de l'Écologie et du Commerce extérieur. "Regardez la déclaration de principes que le PS a publiée en 2008 : pour la première fois, il est dit très clairement que nous assumons l'économie de marché. Or pendant la campagne présidentielle, on n'en a pas tiré toutes les conséquences (...) Si tout avait été clair au moment de l'élection, les fondeurs n'auraient pas existé, et ça nous aurait évité tout un tas de problèmes depuis quatre ans", tranche celle qui est devenue sénatrice de Seine-et-Marne.

PEU ARMÉS POUR L'EXERCICE DU POUVOIR

Certains ministres, comme Benoît Hamon, pointent également le manque de préparation à l'exercice du pouvoir. "En 2012, on me charge de l'économie sociale et solidaire et de la consommation. Or, en tout et pour tout, c'était trois lignes dans le programme de François Hollande. Bref, je me retrouve sans feuille de route précise et avec une besace, au départ, très légère", concède le député des Yvelines. "Sauf dans certains domaines, comme l'éducation nationale, où on avait vraiment bossé sur des idées précises, tout ou presque était à inventer".

L'ancien ministre délégué à la Formation professionnelle et à l'Apprentissage, Thierry Repentin, pointe lui la valse des maroquins qui a empêché de nombreux ministres de réformer en profondeur. "J'avais travaillé pendant des mois sur la politique du logement, et je me retrouve du jour au lendemain chargé d'un autre dossier d'une très grande complexité. Forcément, dans ce genre de situation, même en bossant nuit et jour, il vous faut au moins deux ou trois mois pour commencer à maîtriser le sujet".

"AUCUN SENS DE LA COLLÉGIALITÉ"

D'autres critiquent les rivalités et le manque de cohérence observés pendant des mois entre Arnaud Montebourg et Pierre Moscovici à Bercy. "Les acteurs économiques ont besoin de clarté et de visibilité, ce qui est difficilement compatible avec le fait d'avoir à Bercy des gens qui ont une vision totalement opposée de l'économie", tacle l'ancienne ministre de la Culture, Fleur Pellerin. "On ne peut pas avoir un social-libéral aux finances comme Moscovici et un colbertiste opposé à la mondialisation de l'économie (comme Arnaud Montebourg, ndlr)".

"Dès le début, ce qui m'a frappé, c'est l'absence de ciment politique dans l'équipe", ajoute Benoît Hamon. "Chacun y allait avec ses notes, on parlait les uns après les autres, on ne s'interpellait pas, on ne discutait pas. Chacun était dans son couloir de nage, sans aucun sens de la collégialité". Marylise Lebranchu, elle, se souvient des réunions du samedi matin sur la stratégie de dépense publique : "c'était des réunions comptables, on n'était que dans l'obsession de dépenser moins. Du coup, chacun se faisait tout petit en se disant : 'Pourvu qu'on ne me sucre pas 1 milliard par-ci ou 2 milliards par-là'. Ce genre de situation ne peut pas créer du collectif".

ERREURS DE "STORYTELLING"

Comme d'autres depuis 2012, Marylise Lebranchu met en avant l'absence de pédagogie lors des premiers mois. Selon eux, le président aurait du dire la "vérité" sur la situation économique du pays et "s'appuyer sur le rapport extrêmement sombre publié à l'époque par la Cour des Comptes". "Il ne s'agissait pas de dramatiser, car la situation était en soi dramatique. Il suffisait de dire la vérité de façon quelque peu solennelle, à savoir que, vu l'état des comptes publics, on ne pouvait rien faire sans augmenter les impôts. Si on avait joué cartes sur table, les Français auraient accepté les hausses d'impôts", affirme l'ancienne ministre de la Décentralisation, de la fonction publique et de la réforme de l'État.

"Les Français n'aiment pas qu'on leur raconte des histoires, mais ils veulent qu'on leur raconte une histoire", poursuit Nicole Bricq. "Or, ce récit du quinquennat, qui aurait dû partir de la situation de la France telle que nous l'avons trouvée, n'a été fait ni par François Hollande, qui n'est pas un théoricien, ni par Jean-Marc Ayrault, qui n'est pas un communicant. Du coup qu'avons nous retenu du premier été ? L'image d'un président se voulant ordinaire et partant en vacances avec sa valise à roulettes".

"ON A OUBLIÉ DE LES HIÉRARCHISER"

D'autres ministres pointent un agenda des réformes "catastrophique". Pour l'ancienne ministre déléguée aux personnes âgées, "il aurait fallu prendre, au tout début, quatre ou cinq décisions à la fois ambitieuses et simples à comprendre". "En réalité, on a fait énormément de choses, mais on a oublié de les hiérarchiser et de montrer l'impact qu'elles allaient avoir dans la vie quotidienne de nos concitoyens", ajoute l'ancien ministre délégué aux Transports, Frédéric Cuvillier.

L'obsession pour les questions économiques et budgétaires est également blâmée : "En conseil des ministres, on ne parlait que d'économie et un peu de politique étrangère", explique Dominique Bertinotti chargée aux côtés de Christiane Taubira de la mise en œuvre du "mariage pour tous". Jamais nous n'avons abordé en profondeur les questions de société comme celle de la famille. J'ai très vite ressenti que, à l'Élysée et à Matignon, le 'mariage pour tous' était un simple marqueur politique, qu'il fallait le faire parce que cela montrait qu'on cochait en quelque sorte une case de notre programme, mais il n'y avait pas, derrière tout cela, de réflexion approfondie". "On a fait des choses, notamment dans le domaine de la santé et de l'éducation", explique Benoît Hamon. "Mais pour le reste, on a renoncé aux transformations essentielles qui auraient pu nous faire basculer dans un autre monde. L'histoire de ce quinquennat, au fond, est celle d'une impuissance volontaire".

 
410 commentaires - Dix ex-ministres chargent les erreurs du quinquennat Hollande
  • Ils ne vont pas chercher longtemps les dix erreurs...il y en a tant d'énormes que même un enfant pourrait en trouver plus.

    845ème-le 23-6 -7h31

  • c'est une honte pour eux qui ont été ministres de venir cracher dans la soupe qui leur a été servie s'ils étaient contre les mesures prises par le gouvernement il fallait démissionner, lamentable peu de courage

    Ils peuvent cracher dans la soupe, ils ont leurs retraites à vie.........

  • Pas assez travaillé ? Oui , sans doute . Mais le seul ciment de la gauche avant 2012 c'était l'antisarkozysme ( souvent mérité d'ailleurs ) . Sarkozy parti , le ciment s'est vite fissuré car il n'y avait rien derrière . Et quand ça va mal , chacun reprend ses billes . Classique .
    Avis à ceux qui se contentent , pour être élus , de faire de l'anti-hollandisme . Le résultat sera le même .

  • Basse vengeance. ces 10 ex-ministres trouvaient que la soupe était bonne et maintenant ils critiquent quand on est pas pour on s'en va point final pour moi, ce sont des judas

  • C’est bien triste, cette gauche qui se sera disloquée tout au long de ce quinquennat, chacun jouant perso. Un projet ne peut jamais être réalisé complètement tel que prévu et gouverner, c’est la confrontation avec les réalités. La gauche est une grande famille très diverse et pour réussir, il fallait unir les forces et ne pas trop penser à sa carrière. Se critiquer les uns les autres continuellement dès le lendemain d’avoir quitté le gouvernement, c’est se desservir soi-même et empêcher toute avancée, c’est se faire pipi dessus.
    La droite a un boulevard devant elle….

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