De plus en plus de mentions au bac: un motif de fierté, rarement une nécessité

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 Des lycéens apprennent leurs résultats au baccalauréat le 5 juillet 2016 au lycée Louis-le-Grand à Paris

Des lycéens apprennent leurs résultats au baccalauréat le 5 juillet 2016 au lycée Louis-le-Grand à Paris

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© AFP, DOMINIQUE FAGET
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AFP, publié le mardi 04 juillet 2017 à 09h11

Le bac, oui, mais avec mention ! Les lycéens sont de plus en plus nombreux à en décrocher une, un motif de fierté mais pas une nécessité pour la suite de leurs études, sauf pour quelques filières sélectives.

En terminale ES au lycée Jean-de-La-Fontaine à Paris, Taeho, 18 ans, est sorti plutôt confiant de la première épreuve de baccalauréat, celle de philo. Il vise "la mention bien, de préférence" (soit une moyenne supérieure ou égale à 14/20), une récompense qui serait la bienvenue "pour l'estime de soi et pour l'honneur".

Au fil des années, le nombre de mentions n'a cessé d'augmenter. L'an dernier, les admis étaient 60,5% à en obtenir une au bac général, 46,6% au bac technologique et 54,4% au bac professionnel, selon les chiffres du ministère de l'Education.

En 2000, ils n'étaient que 25,9% à décrocher une mention au bac général et 19% dix ans plus tôt.

La proportion de mentions "très bien" (qui récompense une moyenne supérieure ou égale à 16/20), rarissime en 1990, puisqu'elle ne concernait que 0,6% des admis, a également explosé: 13,9% des candidats reçus l'an dernier ont arraché ce Graal.

Comment expliquer une telle inflation ? "Il faut distinguer deux types de mentions", explique Claude Lelièvre, historien de l'éducation: "les mentions +assez bien+ (moyenne supérieure ou égale à 12/20) et +bien+ ont augmenté mécaniquement, en même temps que le nombre de reçus au bac progressait".

"La hausse des mentions +très bien+ est un phénomène relativement récent", poursuit-il. Elle s'explique par la prise de conscience que les filières littéraires risquaient une perte de vitesse si on ne relevait pas les barèmes.

Parallèlement, la multiplication des options, assorties d'un coefficient particulièrement avantageux, a permis de faire grimper les notes d'année en année. Ainsi, les points obtenus grâce au latin et au grec comptent désormais triple si ces langues anciennes sont choisies en première option.

"Il y a un contrat tacite avec les enseignants qui veut que les options soient bien notées", souligne Claude Lelièvre.

Seuls les points au-dessus de la moyenne étant pris en compte, quelques candidats obtiennent même chaque année des moyennes supérieures à... 20.

- Reconnaissance du travail -

François Martin, professeur de français-latin-grec dans un collège d'éducation prioritaire de Seine-Saint-Denis, ne lit pas dans ces résultats une baisse du niveau d'exigence, mais "une reconnaissance du travail de l'élève". "Oui, les options, ça rapporte des points, mais ce sont des élèves qui prennent des cours en plus, donc c'est une manière de récompenser leur investissement", juge-t-il.

C'est d'ailleurs la "reconnaissance" que cherchent avant tout les lycéens avides de mention. "Je sais que mes parents préfèreraient que j'en aie une", glisse Camille, 18 ans, qui passe un bac ES. "Et ça me rendrait fière, même si je n'en ai pas vraiment besoin puisque je suis prise en licence d'économie à la Sorbonne l'an prochain".

Grâce à la procédure d'admission post-bac (APB), la plupart des décisions d'admissions dans les filières supérieures sont en effet bouclées avant les résultats du baccalauréat.

Recherchées, mais inutiles les mentions ? Pas totalement, car elles facilitent l'entrée dans certaines filières sélectives (BTS ou DUT, quelques IEP en province...). Et elles peuvent être déterminantes pour partir à l'étranger, dans des établissements prestigieux en Angleterre, en Suisse ou au Canada par exemple.

Le dispositif "meilleur bachelier" mis en place par l'ancienne ministre Najat Vallaud-Belkacem permet aussi de récompenser les 10% de bacheliers ayant obtenu les meilleurs résultats en leur permettant d'accéder à des filières sélectives (classes prépa, IUT, formation d'ingénieurs post-bac...), s'ils n'ont pas eu leur premier vœu sur APB.

Eloïse, qui passe un bac L, n'a pas trop de questions à se poser: elle est déjà acceptée en prépa littéraire à Fénelon (Paris, VIe). Des études un peu angoissantes, alors "avoir une mention, ça boosterait ma confiance", pressent-elle.

 
32 commentaires - De plus en plus de mentions au bac: un motif de fierté, rarement une nécessité
  • Le niveau du bac étant nivelé par le bas, rien d'étonnant. C'est devenu comme chez Jacques Martin à l'école des fans, tout le monde a 10.
    On leur donne le bac, ce qui leur permet de continuer les études aux frais des parents même s'ils sont nuls et évite d'inonder le marché du travail.

  • Rdv dans 3 ans, pour la plantade en licence.

  • Le pourcentage des mentions accordées au bac correspond grosso modo à celui du pourcentage des candidats reçus au bac il y une trentaine d'années.

  • La nécessité d'obtenir la mention européenne pour la certification en langues, exigée par certaines écoles.

  • bac en 1964 : à l'époque un bac entier en 1ere taux de réussite 60% et en terminale même taux et avoir une mention même AB difficile mais avec le bac on trouvait du travail .
    Quand mon usine a fermé et que je me suis inscrit en fac à 55 ans j'ai pu constater ma différence avec les jeunes bacheliers un gouffre , au bout de 3 mois plu d'un tiers avait abandonné car ne pouvant pas suivre les cours et dans le reste travailler avec eux en TD posait souvent des problémes .

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