Crash de Phuket: 10 ans après, la justice française tente de relancer l'enquête

Crash de Phuket: 10 ans après, la justice française tente de relancer l'enquête

Des légistes travaillent à l'identification de victimes du crash de l'avion MD-82 à Phuket le 19 septembre 2007

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AFP, publié le mardi 19 septembre 2017 à 13h02

Des pilotes surmenés, des règles de sécurité bafouées: dix ans après l'accident d'avion à Phuket, en Thaïlande, qui avait fait 90 morts dont 9 Français, la justice française tente de relancer les investigations en délivrant un mandat d'arrêt international visant l'ex-président de la compagnie aérienne.

Le 16 septembre 2007, sous une pluie battante, l'avion MD-82 de la compagnie thaïlandaise à bas coûts One-Two-Go en provenance de Bangkok s'écrasait à l'atterrissage, avec à son bord 130 passagers et membres d'équipage.

Cinq ans plus tard, le ministère de la Justice thaïlandais concluait à une faute imputable aux deux pilotes, ajoutant que leur décès dans l'accident mettait fin à la procédure.

Quant à l'enquête ouverte en France depuis juillet 2008 pour homicides et blessures involontaires, "elle est bloquée par Bangkok qui ignore les commissions rogatoires formulées par les magistrats français", a déploré à l'AFP Gérard Bembaron, président de l'association des familles de victimes.

Pour tenter de relancer les investigations, les juges d'instruction ont délivré mi-juillet un mandat d'arrêt international visant Udom Tantiprasongchai, ancien PDG de One-Two-Go et de sa maison-mère Orient Thai Airlines, a-t-on appris mardi de source judiciaire, confirmant une information du Parisien.

Convoqué à plusieurs reprises par les magistrats français, l'homme d'affaires ne s'est jamais présenté à ces rendez-vous.

Pour Gérard Bembaron, qui a perdu son frère dans le crash, "il est incompréhensible qu'il ne soit pas poursuivi ainsi que la compagnie au vu du rapport extrêmement sévère", rendu en 2010 par la Thaïlande.

D'après ce document, dont l'AFP a eu connaissance, les temps de vol et de repos réglementaires des pilotes n'étaient pas respectés. 

"L'équipage a accumulé du stress, souffrait d'un manque de repos et de fatigue. Lorsqu'ils se sont retrouvés dans une situation critique en conditions météorologiques dégradées, ils n'ont su réagir efficacement", relèvent les enquêteurs thaïlandais.

- Faux documents -

Après l'accident, afin de produire des temps de vol en conformité avec la règlementation, One-Two-Go a soumis aux autorités de faux documents, d'après une source proche du dossier.

"L'assureur peut demander des copies du journal de bord. Y a-t-il quelqu'un à qui nous pourrions faire confiance pour nous aider à refaire le journal de bord?", s'interrogeait ainsi dans un mail du 13 octobre 2007 l'un des collaborateurs, un courriel adressé notamment à Udom Tantiprasonghai.

L'enquête a aussi montré que la formation et les tests d'évaluation des personnels naviguant de la compagnie ne respectaient pas le manuel de formation des équipages.

Un ancien pilote de One-Two-Go, entendu en mai 2010 par les juges français, a expliqué avoir été embauché à l'issue d'"une entrevue très informelle au café de l'aéroport de Bangkok", n'avoir reçu aucune formation après cette embauche, la compagnie lui faisant effectuer une simple session sur simulateur pendant quatre heures, d'après la source proche du dossier.

Il a aussi raconté avoir reçu 150 dollars en liquide "pour accepter de dépasser les heures limites de vol", une pratique courante selon lui chez le transporteur.

Enfin, l'ex-pilote a pointé du doigt des manquements dans la maintenance des appareils. En cas de problème, "on disait qu'on avait fait la réparation, ce qui était faux (...) L'appareil que je pilotais était à bien des égards continuellement, je dis bien continuellement, illégal", a-t-il assuré aux magistrats français.

One-Two-Go a été inscrit sur la liste noire des compagnies aériennes de l'Union européenne en avril 2009 et a cessé d'opérer depuis 2010.

Début septembre, douze compagnies aériennes enregistrées en Thaïlande, dont Orient Thai Airlines, ont dû suspendre leurs vols internationaux pour non-respect des normes de sécurité dans l'attente d'une nouvelle inspection de l'Organisation de l'aviation civile internationale.

 
1 commentaire - Crash de Phuket: 10 ans après, la justice française tente de relancer l'enquête
  • Après Ryanair, la Thaïlande... Le low-cost se rappelle à nous, et toujours pour les mêmes raisons: négligence, non-respect du passager, insécurité.
    Je préfère payer un billet un peu plus cher, et savoir que la sécurité est meilleure.
    Le prix le plus bas pour tout est en train de ruiner notre économie et ses salariés.
    Et vous qui voyagez sur ces compagnies, vous êtes complices.

    Votre comparaison est erronée. Je n'en suis pas fan, mais Ryanair est la compagnie qui transporte le plus de passagers dans le monde : à ce jour zéro mort.
    Les conclusion de l'enquête sur le dernier accident d'Air France (AF442) confirme que les pilotes les plus payés au monde ne sont pas pour autant les meilleurs.
    Donc le lien low-cost et sécurité n'est pas établi.

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